L’image de l’arme suppose une intention, une cible et une blessure : il faut vérifier laquelle des trois conditions la pièce remplit réellement. Le sujet engage le parcours, puisque la dispute au théâtre se fait toujours avec des mots, mais rarement avec cette conscience du dommage.
La parole, dans la pièce, blesse-t-elle comme une arme que l’on manie, ou comme un milieu dans lequel on se blesse sans le vouloir ?
Le plan en trois parties
Tout indique une agression
- L’entrée en matière a la forme d’une mise en accusation, et l’hôte se trouve d’emblée sommé de se justifier.le mouvement 1, où H.1 fait de l’explication une obligation
- Les coups les plus durs sont portés au nom du bon sens : disqualifier la souffrance de l’autre est la violence la plus efficace.le mouvement 2, où la lettre de la phrase est opposée au ton
- La menace ultime consiste à exclure l’autre de la communauté des gens normaux.le mouvement 7, où la plainte de H.2 devient la preuve d’une anomalie
Mais l’arme n’a pas de tireur : personne n’a visé
- La formule offensante a été prononcée sans intention de nuire, et son auteur ne s’en souvient même pas comme d’un acte.le mouvement 2, où H.2 nomme enfin la circonstance et l’énoncé en cause
- L’offense ne tient pas dans le contenu : elle naît d’un écart minuscule que rien ne permet d’imputer.la reconstitution manquée du mouvement 4
- Les témoins extérieurs ne voient aucune arme, ce qui rend le dommage invérifiable.le mouvement 6, où la déposition renvoie les deux hommes à eux-mêmes
La parole est moins une arme qu’un terrain où l’on se heurte
- Sarraute déplace la question de l’intention vers celle du contact : ce qui blesse, c’est la rencontre de deux mouvements intérieurs.la description de l’instant blessé, mouvement 7 : images et comparaisons pour un mouvement intérieur
- Le silence blesse autant que la phrase, ce qui interdit de penser la parole comme un simple instrument.le mouvement 1, où H.2 juge la cause trop insignifiante pour être dite
- Le dénouement montre que la blessure ne cesse pas avec l’explication : elle est constitutive de l’échange.le mouvement 9, où l’échange se réduit au oui et au non
Si l’on peut blesser sans arme et sans intention, que reste-t-il de la notion de responsabilité dans nos conversations ?