La norme désigne ici ce que le plus grand nombre tient pour évident : la juste mesure des réactions, le partage du sérieux et du dérisoire. La pièce met en scène le moment où quelqu’un est déclaré en dehors de cette mesure, et c’est ce mécanisme qu’il faut décrire.
Comment une conversation privée en vient-elle à produire un partage entre les gens normaux et ceux qui ne le sont pas ?
Le plan en trois parties
Une norme d’abord implicite
- Le visiteur parle au nom de l’évidence partagée et ne songe même pas à la justifier.le mouvement 2, où la lettre de la phrase est opposée au ton
- Sa vie sociale réussie lui sert de preuve tacite.la comparaison des existences, mouvement 5 : chacun caractérise la vie de l’autre
- Le soupçon d’un classement entre les deux vies circule sans que le mot d’échec soit jamais prononcé : la norme n’a pas besoin de se dire.l’accusation qui n’ose pas se dire, mouvement 5
Une norme qui se donne un tribunal
- Les voisins incarnent le sens commun et sont convoqués pour le dire.l’appel aux voisins, mouvement 6
- Leur incompréhension fonctionne comme un verdict.le verdict des témoins, mouvement 6 : ils n’ont rien perçu d’anormal dans la phrase
- La sanction ultime est la mise à l’écart : celui qui sent trop devient un cas.l’accusation de susceptibilité portée au mouvement 7
Une norme que la pièce retourne contre elle-même
- Le spectateur a entendu ce que les voisins n’ont pas perçu : la majorité peut être aveugle.la reconstitution manquée du mouvement 4
- L’expérience intime que l’un tente de dire est traitée avec sérieux par le texte, non par les personnages.le mouvement 5, où H.2 évoque un instant d’accord ancien aussitôt discuté
- La fin refuse d’entériner le verdict en rouvrant le conflit.le partage final entre le oui et le non, mouvement 9
À quelles conditions une société peut-elle accueillir ceux dont la sensibilité excède la mesure commune ?