La question est celle des moyens : le théâtre ne dispose que de corps, de voix et de temps, or ce qui se passe sous les mots est par définition non formulé. Le pari de Sarraute consiste à faire de cette impossibilité son sujet.
La scène peut-elle donner à voir ce qui, par nature, précède et déborde la parole ?
Le plan en trois parties
Une entreprise apparemment impossible
- Le théâtre ne peut montrer que ce qui se dit et se fait ; l’infra-verbal lui échappe.le mouvement 1, où H.2 juge la cause trop insignifiante pour être dite
- La preuve manque toujours : ce qui est en cause n’apparaît pas.le passage au registre judiciaire, mouvement 3 : H.1 pose ses conditions de preuve
- Les indications scéniques, réduites à quelques mots, ne disent rien de ce qui se passe en eux : le texte refuse le secours du commentaire.les rares indications scéniques, réduites à quelques mots sur le ton ou l’attitude
Mais le théâtre dispose de moyens que le récit n’a pas
- Une intonation peut être reproduite sur scène, alors qu’un texte narratif ne peut que la décrire.la tentative de reproduire le ton, mouvement 4, et la contestation de sa justesse
- Le silence et le rythme deviennent des moyens d’expression à part entière.la quasi-absence de didascalies, d’un bout à l’autre du texte
- La présence de deux corps rend sensible ce qui circule entre eux.les images de la blessure employées au mouvement 7
La représentation passe par le détour de la dispute
- Seul le conflit fournit l’énergie nécessaire pour que l’infime remonte à la surface.la description de l’instant blessé, mouvement 7 : images et comparaisons pour un mouvement intérieur
- L’échec du témoignage extérieur fait du spectateur le lieu de la perception.l’expertise manquée des témoins, mouvement 6
- La pièce ne représente pas le tropisme : elle le fait éprouver, ce qui est autre chose.les toutes dernières répliques, mouvement 9 : le texte s’arrête net, sans retour au calme
Un théâtre qui renonce à montrer pour faire éprouver reste-t-il un art de la représentation ?