La scène de dispute est un morceau de bravoure du répertoire, avec ses règles : un enjeu identifié, des arguments, une progression réglée, souvent un arbitre. Le sujet demande de mesurer ce que Sarraute conserve de cet héritage et ce qu’elle en déplace.
Que reste-t-il de la scène de dispute traditionnelle lorsque l’enjeu, les caractères et la résolution ont disparu ?
Le plan en trois parties
Un héritage assumé
- La structure reste celle d’un affrontement réglé : sommation, défense, escalade.le mouvement 1, où H.1 fait de l’explication une obligation
- La présence d’un arbitre appartient à la tradition comique du litige.la convocation des témoins, mouvement 6 : des voisins sont appelés sur le plateau
- Le vocabulaire du procès entre dans la conversation privée : on exige des faits établis, comme dans toute scène de litige héritée du répertoire.le passage au registre judiciaire, mouvement 3 : H.1 pose ses conditions de preuve
Des déplacements décisifs
- L’enjeu s’évanouit : il n’y a ni héritage, ni mariage, ni pouvoir à gagner.les esquives de H.2 au mouvement 1, avant que le grief ne soit formulé
- Les caractères disparaissent au profit de voix anonymes.l’attribution des répliques à de simples initiales, tout au long de la pièce
- L’arbitrage échoue, alors qu’il concluait traditionnellement la scène.l’expertise manquée des témoins, mouvement 6
Une dispute devenue instrument de connaissance
- L’objet du débat n’est plus un intérêt mais une perception, ce qui change la nature de l’argumentation.l’inflexion étirée et le blanc décrits au mouvement 2
- La dispute sert à descendre sous la conversation, non à l’emporter.l’enchaînement des reproches au mouvement 5
- Le dénouement, qui relance au lieu de résoudre, rompt avec la clôture classique.le mouvement 9, où la pièce se referme sans que le litige soit réglé
Les formes anciennes ne survivent-elles pas mieux lorsqu’un écrivain les détourne que lorsqu’il les respecte ?