Le mot comédie renvoie à un genre, avec ses codes, et à un effet, le rire. Il faut donc examiner ce que la pièce emprunte à la comédie, ce qu’elle en détourne, et ce que ce rire particulier nous fait voir.
Le rire que provoque la pièce relève-t-il de la comédie, ou d’un malaise que le genre comique ne suffit pas à nommer ?
Le plan en trois parties
Des ressorts franchement comiques
- La disproportion entre la cause et ses effets est un mécanisme comique classique.le mouvement 3, où la formule proverbiale sert à qualifier la brouille
- L’entrée des voisins relève de la scène de comédie : des personnages secondaires appelés à trancher un litige absurde.le couple des voisins, mouvement 6 : leur accord affiché et leur incompréhension
- Le rejeu d’une intonation, refait plusieurs fois, produit un effet de répétition mécanique.le passage du mouvement 4 où la relation ancienne est rejouée devant le spectateur
Mais le rire se retourne vite en malaise
- Le ridicule des personnages est le nôtre : nous reconnaissons nos propres brouilles.l’expression qui donne son titre à la pièce, reprise au mouvement 3
- La menace d’exclure l’autre du monde des gens normaux fait basculer la scène dans la cruauté.l’accusation de susceptibilité portée au mouvement 7
- La pièce ne corrige aucun vice et ne répare rien : la fin est une rupture, non un mariage.les toutes dernières répliques, mouvement 9 : le texte s’arrête net, sans retour au calme
Une comédie déplacée, qui fait du langage son personnage
- Le comique naît de la langue elle-même, de ses ratés et de ses blancs, non des caractères.la défense de H.1 au mouvement 2, fondée sur la lettre de l’énoncé
- La pièce hérite du théâtre de l’absurde tout en s’en distinguant : la conversation reste parfaitement sensée.l’objection de H.1, mouvement 2 : il reprend l’énoncé mot à mot et en montre l’innocuité
- Ce rire a une fonction de connaissance : il découvre ce que la politesse recouvre.le lexique de la blessure, mouvement 7 : le vocabulaire du coup et de la mort
Rire de ce qui nous ressemble n’est-il pas la forme la plus exigeante du comique ?