Le témoin suppose que le litige soit constatable, et donc qu’il existe une vérité extérieure aux deux parties. L’intérêt du sujet est que la pièce organise ce recours pour en montrer l’échec, et que cet échec est instructif.
L’appel à des témoins résout-il quelque chose, ou déplace-t-il le conflit vers une question plus grave, celle de la norme ?
Le plan en trois parties
Un dispositif judiciaire monté sur scène
- Les deux hommes, faute de s’entendre, se remettent à un jugement extérieur.l’appel aux voisins, mouvement 6
- La pièce emprunte alors la forme du procès : accusation, défense, déposition, verdict.le mouvement 3, où le lexique de l’établissement des faits entre dans la conversation privée
- Devant le tiers, la parole change de registre : l’affrontement se déguise en exposé raisonnable, exactement comme on plaide à la barre.le changement de registre devant les voisins, mouvement 6
Un dispositif qui échoue, parce que l’offense n’est pas visible
- Les témoins n’ont rien vu et ne peuvent rien attester : l’objet du litige leur est invisible.l’expertise manquée des témoins, mouvement 6
- Le rejeu de la scène devant eux ne produit aucune preuve.le mouvement 4, où chacun prononce l’inflexion à son tour sans convaincre l’autre
- Les témoins ramènent la querelle à leurs propres préoccupations, ce qui souligne l’incommunicabilité.le mouvement 6, où les témoins jugent le litige sans objet
Un échec qui donne son sens à la pièce
- Le verdict implicite est une exclusion : celui qui sent trop devient anormal.le diagnostic porté par H.1, mouvement 7 : le grief requalifié en symptôme
- L’échec démontre que le lieu du conflit est au-dessous du constatable.l’exigence de preuve formulée au mouvement 3
- Le spectateur hérite du rôle que les voisins n’ont pas su tenir, et devient le seul témoin possible.le mouvement 9, où la pièce se referme sans que le litige soit réglé
Que devient une société où les blessures les plus réelles sont précisément celles qu’aucun témoin ne peut attester ?