Le tragique suppose une nécessité, une grandeur et une perte irréparable, choses que la banalité paraît exclure. Le sujet consiste à vérifier si la pièce transfère à une brouille ordinaire les propriétés de la situation tragique.
Une querelle sans importance peut-elle acquérir la dignité et la nécessité du tragique ?
Le plan en trois parties
Une banalité revendiquée
- Le titre annonce une brouille sans motif, du genre de celles que l’on oublie.la locution du titre, mouvement 3, dans la bouche de celui qui conteste le grief
- La situation est domestique : une visite, une conversation, des voisins.le début du mouvement 1, où la conversation commence déjà engagée, sans décor ni circonstances
- Les voisins, couple ordinaire et satisfait de lui-même, installent au milieu de la pièce la mesure commune des choses.le couple des voisins, mouvement 6 : leur accord affiché et leur incompréhension
Mais la pièce lui confère les traits du tragique
- L’enchaînement est implacable : chaque réplique rend le retour en arrière plus difficile.la ramification des reproches, mouvement 5 : la phrase initiale en appelle une série d’autres
- La perte est irréparable : l’amitié ne sera pas rétablie.la réconciliation tentée puis défaite, mouvement 8
- Une force supérieure aux personnages les emporte, comme un destin sans dieux.le mouvement 5, où la conversation dérive vers des souvenirs et des griefs accumulés
Un tragique sans grandeur, et c’est là sa modernité
- Les héros sont anonymes et ne sacrifient rien de grand : le tragique s’est démocratisé.la distribution réduite à des sigles, sans nom, ni âge, ni profession
- Le comique ne cesse de côtoyer la catastrophe, ce qui interdit toute solennité.l’objection de H.1, mouvement 2 : il reprend l’énoncé mot à mot et en montre l’innocuité
- Le dénouement ne purge aucune passion : il relance, et laisse le spectateur sans catharsis.la clôture sans résolution, mouvement 9
Le tragique moderne ne consiste-t-il pas à découvrir que l’irréparable se joue dans des conversations de tous les jours ?