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1ʳᵉ · Français · Lettres d’une Péruvienne, Graffigny

Peut-on dire que Zilia apprend à voir ?

Sujet de dissertation — Lettres d’une Péruvienne, Graffigny, 1ère

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Analyse des termes

« Voir » se dit ici de la perception immédiate, mais aussi de la compréhension et enfin du jugement moral. Le sujet suppose que la vue soit quelque chose qui s’apprend, ce qui engage tout le rapport de l'œuvre entre langue et perception.

Problématique

La vue est-elle, dans les Lettres d’une Péruvienne, un don des sens ou le résultat d’une éducation ?

Le plan en trois parties

I

D’abord voir sans comprendre

  1. Les premières lettres accumulent des descriptions exactes et incompréhensibles : Zilia voit parfaitement, mais ne peut rapporter ce qu’elle voit à aucune cause.« cette maison comme suspendue », Lettre III
  2. Faute de catégories, elle emprunte celles de sa religion et prend les gestes français pour des cultes : l’hypothèse de l’idolâtrie naît d’un manque de mots.« Je n’ai encore vu faire aucune adoration au Soleil », Lettre V
  3. Le miroir prouve que voir n’est pas savoir : l’image la plus fidèle qui soit demeure illisible tant qu’on ignore ce qu’est un reflet.« Quelle s[urprise] », Lettre X
TransitionPour que le spectacle devienne intelligible, il faut que Zilia reçoive la langue qui lui permet de le découper et de le nommer.
II

Nommer pour voir

  1. L’écriture alphabétique apprend à Zilia qu’un objet peut représenter autre chose que lui-même, et cette leçon vaut pour tout ce qu’elle regarde.« des petites figures que l’on appelle Lettres », Lettre XVI
  2. La lettre XVIII formule le principe : ce n’est pas le monde qui a changé, ce sont les objets qui prennent une autre forme dès qu’on dispose de la langue pour les penser.« Les objets ont pris une autre forme », Lettre XVIII
  3. Instruite, Zilia voit désormais sous les apparences : la dorure des meubles ne la trompe plus, et le regard devient dévoilement.« Les meubles que je croiois d’or, n’en ont que la superficie », Lettre XX
TransitionUne fois les apparences percées, le regard ne se contente plus de décrire : il mesure, il compare, il condamne.
III

Voir, c’est finalement juger

  1. Le regard exercé saisit des rapports invisibles à l'œil nu : dans une même maison, Zilia voit coexister l’indigence et le superflu.« l’indigence et le superflu ne sont séparés que par un appartement », Lettre XXIX
  2. Les remarques de Zilia se muent en lois de la société française, preuve que la perception est devenue analyse.« l’inconséquence est le caractère de la nation », Lettre XXXII
  3. Le point de vue le plus haut n’est plus descriptif mais normatif : Zilia voit ce qui manque à la France en nommant ce qui ferait son bonheur.« Heureuse la nation qui n’a que la nature pour guide », Lettre XXXII
Ouverture

Si voir s’apprend, la satire ne suppose-t-elle pas toujours un lecteur qu’il faut, lui aussi, rééduquer ?

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