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1ʳᵉ · Français · Lettres d’une Péruvienne, Graffigny

La découverte d’un nouvel univers est-elle, dans les Lettres d’une Péruvienne, une conquête ou une perte ?

Sujet de dissertation — Lettres d’une Péruvienne, Graffigny, 1ère

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Analyse des termes

Le mot « conquête » renvoie littéralement à l’histoire du Pérou et figurément à ce que Zilia gagne, tandis que « perte » nomme l’arrachement initial. Le sujet oblige à confronter le sens historique et le sens intime d’un même mouvement.

Problématique

Ce que Zilia gagne en France peut-il compenser ce que la conquête espagnole lui a pris ?

Le plan en trois parties

I

Une découverte née d’une conquête, donc d’une perte

  1. L’Introduction historique installe le roman dans un massacre et non dans un voyage : la rencontre des mondes commence par l’extermination d’un peuple qui demandait grâce.« fut passé au fil de l’épée », Introduction historique, éd. 1752
  2. L’or du Temple explique la cruauté : ébloui par les jardins d’or, le conquérant cesse de reconnaître des hommes dans ceux qu’il dépouille.« en donnant un libre cours à leurs cruautés », Introduction historique, éd. 1752
  3. La première lettre transpose cette histoire collective en expérience vécue : la profanation du Temple est vue depuis l’intérieur, par celle qui en était la Vierge.« l’image du Soleil foulée aux pieds », Lettre I
TransitionLa violence historique se prolonge dans l’expérience individuelle, où rien de ce que Zilia découvre n’a été voulu par elle.
II

Une découverte subie, jamais choisie

  1. Le changement de monde est d’abord un changement de statut : Zilia passe du trône promis à la condition de captive, et son univers se mesure à cette chute.« au lieu des honneurs du Trône que je devois partager avec toi », Lettre I
  2. Le vaisseau, objet sans équivalent péruvien, figure cette découverte imposée : une demeure sans sol, qui emporte Zilia sans qu’elle puisse en descendre.« cette maison comme suspendue », Lettre III
  3. L’épisode du miroir dit la violence d’un monde qui renvoie l’étrangère à sa propre image au moment où elle croyait retrouver une sœur.« une jeune personne habillée comme une Vierge du Soleil », Lettre X
TransitionD’un savoir imposé Zilia fait pourtant un bien propre, et la fin du roman retourne le vocabulaire même de la conquête.
III

Une conquête retournée : Zilia s’approprie ce qu’on lui a imposé

  1. L’acquisition de la langue renverse le rapport de force : ce qui avait été imposé devient un instrument que Zilia tourne vers l’examen de ses maîtres.« un nouvel univers s’est offert à mes yeux », Lettre XVIII
  2. À la fin, Zilia possède une maison, des livres et un temps à elle : elle conquiert une autonomie que ni le Pérou ni le mariage français ne lui offraient.« ce plaisir oublié, ignoré même de tant d’aveugles humains », Lettre XLI
  3. Le geste final inverse l’ordre colonial : c’est la Péruvienne qui invite le Français à venir apprendre d’elle.« venez apprendre de moi à économiser les ressources de notre âme », Lettre XLI
Ouverture

Une conquête intérieure peut-elle jamais réparer une conquête historique, ou le roman se contente-t-il d’en consoler ?

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