Le langage désigne ici les quipos, la langue française parlée, puis l’écriture alphabétique, trois états successifs du rapport de Zilia au réel. Le sujet demande si la découverte du monde passe d’abord par les mots ou par les yeux et le corps.
Zilia découvre-t-elle la France parce qu’elle en apprend la langue, ou apprend-elle la langue parce qu’elle a d’abord été frappée par ce qu’elle voyait ?
Le plan en trois parties
Le langage fait apparaître le monde
- La découverte de l’écriture alphabétique est racontée comme une révélation technique : de petites figures tracées sur une matière mince remplacent les nœuds des quipos.« des petites figures que l’on appelle Lettres », Lettre XVI
- La lettre XVIII fait du progrès linguistique la cause explicite du changement de monde, et non l’inverse : l’intelligence de la langue précède la vision.« À mesure que j’en ai acquis l’intelligence, un nouvel univers s’est offert à mes yeux », Lettre XVIII
- Les livres élargissent encore ce monde en donnant accès à des expériences que Zilia ne pourra jamais faire elle-même.« ce que les hommes ont fait, et […] ce qu’ils ont pensé », Lettre XX
Mais la découverte commence avant les mots
- Les descriptions muettes du début ont déjà une valeur de connaissance : faute de nom, Zilia invente une image qui saisit l’essentiel du vaisseau.« cette maison comme suspendue », Lettre III
- L’épisode du miroir est une expérience purement visuelle et corporelle, et c’est pourtant l’une des découvertes les plus décisives du roman.« j’ai couru à elle les bras ouverts », Lettre X
- Les hypothèses religieuses de Zilia naissent de gestes observés et non de discours entendus : c’est le spectacle des mœurs qui la fait penser.« Cette Nation ne seroit-elle point idolâtre ? », Lettre V
Le langage révèle surtout ce qu’il dissimule
- La langue française apprend à Zilia qu’un mot peut remplacer un sentiment au lieu de l’exprimer : la politesse est un langage vide.« une infinité de paroles sans sig[nification] », Lettre XXIX
- La conversation devient l’objet même de l’analyse : parler, chez les Français, est un art de censurer, et cet usage définit la nation.« Leurs Livres sont la critique », Lettre XXXII
- Le spectacle prouve que les mots des Français les trompent sur leurs propres valeurs, puisqu’ils consacrent publiquement ce qu’ils devraient blâmer.« on ne célèbre que les insensés », Lettre XVI
Si la langue d’un peuple trahit ses mœurs, la satire ne consiste-t-elle pas d’abord à faire entendre les mots dont une société se paie ?