La phrase du parcours lie explicitement l’apparition du monde à l’intelligence de la langue, ce qui semble donner aux mots la priorité sur les choses. Le sujet demande si cette priorité vaut pour l’ensemble de l'œuvre.
Le monde se donne-t-il à Zilia par la langue, ou la langue ne fait-elle qu’ordonner ce que l’expérience lui avait déjà imposé ?
Le plan en trois parties
Des choses éprouvées avant d’être nommées
- Le vaisseau est perçu, décrit et redouté bien avant d’être nommé : l’expérience précède ici le vocabulaire.« cette maison comme suspendue », Lettre III
- La rencontre du miroir est une expérience sensible pure, qui apprend à Zilia quelque chose qu’aucun mot ne lui avait dit.« j’ai couru à elle les bras ouverts », Lettre X
- La découverte du faux or passe par le toucher et l’examen des matières, non par une leçon de langue.« leur véritable substance est de bois », Lettre XX
Des mots qui font apparaître le monde
- La lettre XVIII établit une causalité explicite entre la langue acquise et la transformation des objets perçus.« À mesure que j’en ai acquis l’intelligence », Lettre XVIII
- L’Avertissement rappelle que nos jugements sur les autres peuples viennent de nos propres catégories : les mots précèdent et déforment la vision.« nous n’accordons du mérite aux autres nations », Avertissement, éd. 1752
- Le théâtre montre une société qui se donne en spectacle par des paroles, et dont les valeurs se lisent dans ce qu’elle consacre publiquement.« on ne célèbre que les insensés », Lettre XVI
Sous les mots, des réalités que les mots ne changent pas
- L’usage des auberges apprend à Zilia une loi économique que nul discours ne rend acceptable : tout se paie, jusqu’au repos.« mais encore le repos », Lettre XXVI
- La propriété de la terre est un rapport de force que les mots recouvrent : sans or, aucun accès à ce que la nature a donné à tous.« Sans avoir de l’or, il est impossible d’acquérir une portion de cette terre », Lettre XX
- En amour, Zilia refuse que les mots tiennent lieu de réalité : l’amour se définit par une réciprocité effective, non par un aveu.« parce qu’il en a pour moi, et que nous devions être unis », Lettre XXIII
Si les mots peuvent autant révéler que dissimuler, la tâche de la littérature d’idées n’est-elle pas d’abord d’en surveiller l’usage ?