L’or est à la fois la cause historique de la conquête, le matériau sacré du Temple et le signe de la richesse française ; il circule donc de l’Introduction historique jusqu’aux lettres sur le superflu. Le sujet demande si l'œuvre condamne l’or lui-même ou l’usage qu’une société en fait.
Graffigny fait-elle le procès du métal, ou celui du rapport social que l’argent institue entre les hommes ?
Le plan en trois parties
L’or, cause de la destruction d’un monde
- L’Introduction historique fait de la soif de l’or le ressort de la conquête et de son extrême violence.« Tous les droits de l’humanité violés », Introduction historique, éd. 1752
- Les jardins d’or du Temple éblouissent les conquérants au point de leur faire oublier l’humanité de ceux qu’ils pillent.« éblouirent les Conquérans de ce Peuple infortuné », Introduction historique, éd. 1752
- La lettre I donne à voir ce que le métal coûte : l’image du Soleil foulée aux pieds mesure la profanation par la valeur qu’on lui préfère.« l’image du Soleil foulée aux pieds », Lettre I
L’or, fausse valeur dans la société française
- Zilia découvre que l’or conditionne l’accès à la terre, c’est-à-dire qu’une convention humaine s’est interposée entre les hommes et un don commun.« cette terre que la nature a donnée à tous les hommes », Lettre XX
- Le faux or des meubles révèle que la société française ne recherche même plus le métal mais son apparence, ce qui aggrave le diagnostic.« n’en ont que la superficie », Lettre XX
- L’argent s’est étendu à ce qui ne devrait rien coûter : on paie en France jusqu’au repos du voyageur.« mais encore le repos », Lettre XXVI
Au-delà de l’or, le superflu
- La critique se déplace du métal vers le besoin qu’il crée : est pauvre non celui qui manque, mais celui qui n’a pas le superflu.« qui n’a qu’une fortune honnête est pauvre », Lettre XXIX
- Le superflu produit une société où la misère et le faste cohabitent sans se voir, scandale moral plus que scandale économique.« l’indigence et le superflu ne sont séparés que par un appartement », Lettre XXIX
- À cette logique Zilia oppose une norme qui ne doit rien à la possession : une nation heureuse est réglée par la nature et la vertu.« la vertu pour mobile », Lettre XXXII
En faisant d’une Péruvienne dépouillée la juge du luxe français, l'œuvre ne suggère-t-elle pas que seule la privation rend le superflu visible ?