Le roman sentimental suit une passion et ses péripéties, l’essai expose des idées ordonnées sur des mœurs ; l'œuvre emprunte visiblement aux deux, et son édition de 1752 accentue le second versant. Le sujet porte donc sur l’unité générique de l’ensemble.
L’histoire d’amour de Zilia n’est-elle que le prétexte d’une enquête sur la France, ou en reste-t-elle le ressort véritable ?
Le plan en trois parties
Une intrigue sentimentale complète
- L'œuvre s’ouvre sur une adresse amoureuse et non sur une description : la première phrase est un appel, qui fixe le destinataire de toutes les lettres.« Aza ! mon cher Aza ! », Lettre I
- Le roman ménage un second prétendant et une scène de déclaration, où Zilia oppose à Déterville une distinction rigoureuse entre l’amour et l’amitié.« Il n’y a là-dedans nul rapport avec vous », Lettre XXIII
- Le coup de théâtre de l’infidélité produit la crise pathétique attendue du genre, avec exclamations, reprises et rupture de la syntaxe.« Aza est infidèle ! Que ces funestes mots ont[…] », Lettre XXXVIII
Un essai continu sur les mœurs françaises
- Les lettres ajoutées en 1752 abandonnent l’intrigue pour analyser l’économie des fortunes et la tyrannie du superflu.« qui n’a qu’une fortune honnête est pauvre », Lettre XXIX
- Zilia procède par formules générales, comme un moraliste : l’observation d’une maison devient un diagnostic sur toute une société.« l’indigence et le superflu ne sont séparés que par un appartement », Lettre XXIX
- L’analyse de la politesse relève du traité des mœurs : elle isole un usage, en décrit le mécanisme et en montre l’effet corrupteur.« ce qu’ils appellent politesse leur tient lieu de sentiment », Lettre XXIX
Le sentiment comme instrument de connaissance
- C’est parce qu’elle aime que Zilia refuse les convenances, et son refus n’est pas sentimental mais critique : il oppose une règle intérieure à une règle sociale.« la véritable décence est dans mon cœur », Lettre XL
- Le dénouement remplace le mariage romanesque par une réflexion sur le bonheur, ce qui fait basculer l’intrigue dans la philosophie morale.« cette pensée si douce, ce bonheur si pur », Lettre XLI
- L'œuvre lie d’emblée savoir et affection : c’est l’amour d’Aza qui a tiré Zilia de l’ignorance réservée à son sexe, donc le sentiment qui rend la pensée possible.« je serois restée dans l’ignorance à laquelle mon sexe est condamné », Lettre II
La forme épistolaire n’est-elle pas précisément ce qui permet à une pensée de rester attachée à une voix et à une histoire singulières ?