L’apprentissage suppose un gain progressif — une langue, des usages, un savoir — quand la désillusion suppose la perte d’une croyance, ici l’amour d’Aza et la confiance faite aux Français. Le sujet demande si ces deux mouvements s’opposent ou se conditionnent.
Zilia apprend-elle malgré ses déceptions, ou n’apprend-elle qu’en se déprenant de ce qu’elle croyait ?
Le plan en trois parties
Un roman d’apprentissage : de l’opacité au savoir
- Les premières descriptions traduisent un monde que Zilia n’a pas les mots pour nommer : le vaisseau devient une maison sans fondement, preuve que voir sans savoir ne donne rien.« cette maison comme suspendue », Lettre III
- Les leçons de Déterville font passer Zilia des quipos aux caractères : elle découvre qu’un signe peut se détacher de la main qui le noue et parler à distance.« des petites figures que l’on appelle Lettres », Lettre XVI
- L’acquisition de la langue est présentée comme une seconde naissance des objets eux-mêmes, qui changent de forme à mesure qu’ils deviennent nommables.« un nouvel univers s’est offert à mes yeux », Lettre XVIII
Un roman de la désillusion : tout ce que Zilia croyait cède
- La trahison d’Aza ruine le seul lien qui donnait un sens à l’exil : la lettre de rupture est écrite dans une syntaxe hachée qui mime l’effondrement.« c’est la bonne foi violée, c’est l’amour méprisé qui déchire mon ame. Aza est infidèle », Lettre XXXVIII
- La société française déçoit à son tour : Zilia découvre qu’on y est pauvre avec une fortune honnête, c’est-à-dire que la richesse y est un rapport et non une quantité.« qui n’a qu’une fortune honnête est pauvre », Lettre XXIX
- Même les plaisirs cultivés déçoivent : le théâtre, qui devrait célébrer les sages, ne consacre selon elle que des insensés.« on ne célèbre que les insensés », Lettre XVI
La désillusion comme dernière leçon de l’apprentissage
- Déçue, Zilia ne renonce pas à juger : elle oppose aux convenances une règle intérieure qui devient son critère de conduite.« la véritable décence est dans mon cœur », Lettre XL
- Le dénouement invente un bien que ni l’amour ni la fortune ne donnent, et que seule la perte des illusions rendait visible.« Le plaisir d’être ; ce plaisir oublié », Lettre XLI
- Zilia finit par enseigner à son tour : l’élève devient maîtresse et propose à Déterville une sagesse tirée de ses propres pertes.« Venez, Déterville, venez apprendre de moi à économiser les ressources de notre âme », Lettre XLI
Si apprendre consiste surtout à perdre ses illusions, le roman de formation ne se confond-il pas toujours avec un roman de la désillusion ?