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1ʳᵉ · Français · Lettres d’une Péruvienne, Graffigny

Les Lettres d’une Péruvienne sont-elles le roman d’un apprentissage ou celui d’une désillusion ?

Sujet de dissertation — Lettres d’une Péruvienne, Graffigny, 1ère

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Analyse des termes

L’apprentissage suppose un gain progressif — une langue, des usages, un savoir — quand la désillusion suppose la perte d’une croyance, ici l’amour d’Aza et la confiance faite aux Français. Le sujet demande si ces deux mouvements s’opposent ou se conditionnent.

Problématique

Zilia apprend-elle malgré ses déceptions, ou n’apprend-elle qu’en se déprenant de ce qu’elle croyait ?

Le plan en trois parties

I

Un roman d’apprentissage : de l’opacité au savoir

  1. Les premières descriptions traduisent un monde que Zilia n’a pas les mots pour nommer : le vaisseau devient une maison sans fondement, preuve que voir sans savoir ne donne rien.« cette maison comme suspendue », Lettre III
  2. Les leçons de Déterville font passer Zilia des quipos aux caractères : elle découvre qu’un signe peut se détacher de la main qui le noue et parler à distance.« des petites figures que l’on appelle Lettres », Lettre XVI
  3. L’acquisition de la langue est présentée comme une seconde naissance des objets eux-mêmes, qui changent de forme à mesure qu’ils deviennent nommables.« un nouvel univers s’est offert à mes yeux », Lettre XVIII
TransitionCe savoir patiemment acquis n’assure pourtant aucun bonheur, et le roman se charge de ruiner l’une après l’autre les attentes de son héroïne.
II

Un roman de la désillusion : tout ce que Zilia croyait cède

  1. La trahison d’Aza ruine le seul lien qui donnait un sens à l’exil : la lettre de rupture est écrite dans une syntaxe hachée qui mime l’effondrement.« c’est la bonne foi violée, c’est l’amour méprisé qui déchire mon ame. Aza est infidèle », Lettre XXXVIII
  2. La société française déçoit à son tour : Zilia découvre qu’on y est pauvre avec une fortune honnête, c’est-à-dire que la richesse y est un rapport et non une quantité.« qui n’a qu’une fortune honnête est pauvre », Lettre XXIX
  3. Même les plaisirs cultivés déçoivent : le théâtre, qui devrait célébrer les sages, ne consacre selon elle que des insensés.« on ne célèbre que les insensés », Lettre XVI
TransitionPlutôt que d’opposer les deux lectures, il faut voir dans la déception elle-même la forme la plus haute que prend ici l’apprentissage.
III

La désillusion comme dernière leçon de l’apprentissage

  1. Déçue, Zilia ne renonce pas à juger : elle oppose aux convenances une règle intérieure qui devient son critère de conduite.« la véritable décence est dans mon cœur », Lettre XL
  2. Le dénouement invente un bien que ni l’amour ni la fortune ne donnent, et que seule la perte des illusions rendait visible.« Le plaisir d’être ; ce plaisir oublié », Lettre XLI
  3. Zilia finit par enseigner à son tour : l’élève devient maîtresse et propose à Déterville une sagesse tirée de ses propres pertes.« Venez, Déterville, venez apprendre de moi à économiser les ressources de notre âme », Lettre XLI
Ouverture

Si apprendre consiste surtout à perdre ses illusions, le roman de formation ne se confond-il pas toujours avec un roman de la désillusion ?

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