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1ʳᵉ · Français · Lettres d’une Péruvienne, Graffigny

« Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » : cette phrase de Zilia vous paraît-elle définir l’ensemble des Lettres d’une Péruvienne ?

Sujet de dissertation — Lettres d’une Péruvienne, Graffigny, 1ère

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Analyse des termes

« Univers » désigne à la fois le pays découvert et l’ordre de significations que Zilia se construit, tandis que « s’offrir » suppose un don alors que la découverte lui est imposée par un enlèvement. Toute la tension du sujet tient à ce qu’une captivité soit dite comme une révélation.

Problématique

La formule du parcours nomme-t-elle le gain d’un monde, ou recouvre-t-elle la perte d’un autre ?

Le plan en trois parties

I

Le nouvel univers commence par la destruction de l’ancien

  1. L'œuvre ne s’ouvre pas sur une découverte mais sur une voix qui se perd : avant de voir un monde neuf, Zilia constate que sa parole n’atteint plus personne.« les cris de ta tendre Zilia, tels qu’une vapeur du matin, s’exhalent et sont dissipés », Lettre I
  2. Le sac du Temple du Soleil donne à l’univers perdu la forme d’un sacrilège : ce n’est pas un décor exotique qui s’efface, c’est un ordre religieux et politique entier.« Les pavés du Temple ensanglantés, l’image du Soleil foulée aux pieds », Lettre I
  3. Le nouvel univers se définit d’abord négativement, par la place que Zilia y occupe : l’héritière promise au trône y devient captive sans nom.« esclave sous les loix de la tyrannie », Lettre I
TransitionSi le nouvel univers naît d’abord d’un arrachement, reste à comprendre par quel moyen l’étrangère cesse de subir ce monde pour commencer à le comprendre.
II

Le monde ne s’ouvre qu’avec la langue

  1. Tant qu’elle ignore ce qu’est une lettre, Zilia ne voit que des choses : l’apprentissage de l’écriture transforme un spectacle opaque en monde lisible.« en traçant avec une plume, des petites figures que l’on appelle Lettres », Lettre XVI
  2. La phrase du parcours est placée après cet apprentissage et non avant : c’est l’intelligence de la langue, non le voyage, qui fait surgir l’univers.« À mesure que j’en ai acquis l’intelligence, un nouvel univers s’est offert à mes yeux », Lettre XVIII
  3. Les livres achèvent l’ouverture en donnant à Zilia une profondeur historique que le regard seul ne pouvait atteindre : elle accède aux actes et aux pensées des hommes.« Quelques-uns de ces Livres apprennent ce que les hommes ont fait, et d’autres ce qu’ils ont pensé », Lettre XX
TransitionComprendre une langue et lire des livres ne suffit pourtant pas à habiter un monde ; il faut encore décider ce qu’on en fait.
III

Un univers que Zilia finit par juger, puis par quitter

  1. Voir devient juger : Zilia énonce sur la France des lois générales, signe qu’elle n’est plus spectatrice étonnée mais moraliste.« La censure est le goût dominant des François, comme l’inconséquence est le caractère de la nation », Lettre XXXII
  2. Le nouvel univers est mesuré à une norme explicite — la nature, la vérité, la vertu — qui transforme la description en réquisitoire.« Heureuse la nation qui n’a que la nature pour guide, la vérité pour principe et la vertu pour mobile », Lettre XXXII
  3. Le dernier mot n’appartient pourtant pas au monde découvert mais à un bonheur intérieur que la France ignore : l’univers le plus neuf est celui du sentiment de l’existence.« Le plaisir d’être ; ce plaisir oublié, ignoré même de tant d’aveugles humains », Lettre XLI
Ouverture

Si le nouvel univers est finalement celui de l’esprit, l'œuvre ne raconte-t-elle pas la naissance d’une philosophe plutôt que l’arrivée d’une étrangère ?

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