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1ʳᵉ · Français · Lettres d’une Péruvienne, Graffigny

Dans quelle mesure le regard étranger de Zilia est-il une arme critique ?

Sujet de dissertation — Lettres d’une Péruvienne, Graffigny, 1ère

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Analyse des termes

Le regard étranger est un procédé de la littérature d’idées : il suppose un observateur qui décrit sans comprendre et laisse au lecteur le soin de reconnaître ses propres usages. Il faut mesurer ce que ce détour permet de dire, et ce qu’il empêche.

Problématique

L’ignorance de Zilia est-elle seulement un dispositif comique, ou la condition d’un jugement que les Français ne peuvent plus porter sur eux-mêmes ?

Le plan en trois parties

I

Un dispositif explicitement revendiqué

  1. L’Avertissement de 1752 pose la règle du jeu : nous ne reconnaissons de mérite aux autres nations qu’à proportion de leur ressemblance avec nous, préjugé que la fiction va retourner.« Mais toujours prévenus en notre faveur », Avertissement, éd. 1752
  2. Zilia applique aux Français les catégories de sa propre religion et les interroge comme un ethnographe : l’incompréhension devient une hypothèse sur les mœurs.« Cette Nation ne seroit-elle point idolâtre ? », Lettre V
  3. La scène du miroir montre que le regard étranger se trompe d’abord sur lui-même : Zilia court vers une Vierge du Soleil et n’embrasse que son reflet.« j’ai couru à elle les bras ouverts », Lettre X
TransitionUne fois le dispositif installé, l’étonnement cesse d’être un effet de style pour devenir une méthode d’examen des usages français.
II

De l’étonnement à la satire des mœurs

  1. Appliqué au théâtre, le regard naïf inverse la hiérarchie des valeurs : la mémoire collective n’honore pas les sages mais les fous.« on ne célèbre que les insensés », Lettre XVI
  2. Appliqué à la politesse, il révèle un langage qui a cessé de signifier et tient lieu de sentiment au lieu de l’exprimer.« ce qu’ils appellent politesse leur tient lieu de sentiment », Lettre XXIX
  3. Le regard étranger finit par produire des maximes : Zilia ne décrit plus, elle définit le caractère d’une nation par sa contradiction même.« La censure est le goût dominant des François, comme l’inconséquence est le caractère de la nation », Lettre XXXII
TransitionEncore faut-il, pour que la satire porte, qu’elle s’appuie sur une mesure ; et cette mesure engage le passé colonial que l'œuvre n’a pas oublié.
III

Une arme qui suppose une norme, et qui a ses limites

  1. La critique ne tire sa force que d’un étalon positif nommé à la fin de la lettre XXXII : sans cette norme de nature, l’étonnement resterait une plaisanterie.« Heureuse la nation qui n’a que la nature pour guide », Lettre XXXII
  2. L’arme est d’autant plus efficace qu’elle vise l’apparence : Zilia démonte les meubles dorés et découvre que le vernis tient lieu de substance.« leur véritable substance est de bois », Lettre XX
  3. Mais ce regard n’est jamais innocent : il vient d’un peuple massacré, et l’Introduction historique rappelle que l’Europe a d’abord parlé aux Péruviens par les armes.« Un Peuple entier, soumis et demandant grâce, fut passé au fil de l’épée », Introduction historique, éd. 1752
Ouverture

Le regard étranger, fiction construite par une Française pour des Français, peut-il vraiment restituer la parole de ceux qu’il prétend faire parler ?

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