Le monde perdu est celui de l’empire inca détruit, que les premières lettres et l’Introduction historique ne cessent de rappeler ; la conscience qui naît est celle d’une femme qui apprend à parler, à lire et à juger. Le sujet demande lequel de ces deux mouvements commande l’autre.
Les Lettres d’une Péruvienne racontent-elles la fin d’un monde ou le commencement d’un sujet ?
Le plan en trois parties
Le roman d’un monde perdu
- La première lettre est un chant de deuil avant d’être un récit : la voix de Zilia se dissipe comme une vapeur et n’atteint plus personne.« tels qu’une vapeur du matin, s’exhalent et sont dissipés », Lettre I
- Le sac du Temple montre la destruction d’un monde religieux entier, dont les images et les rites disparaissent avec les personnes.« Les pavés du Temple ensanglantés », Lettre I
- La perte se mesure à la place que Zilia n’occupera jamais : le trône promis se change en prison.« enfermée dans une obscure p[rison] », Lettre I
Le roman d’une conscience qui se forme
- L’acquisition de la langue est présentée comme un renouvellement du monde perçu, ce qui déplace l’intérêt du pays vers celle qui le regarde.« un nouvel univers s’est offert à mes yeux », Lettre XVIII
- Les livres donnent à cette conscience une mémoire qui n’est plus la sienne, et lui permettent de penser au-delà de sa propre expérience.« ce que les hommes ont fait, et […] ce qu’ils ont pensé », Lettre XX
- La conscience se manifeste surtout par la capacité de dire non : Zilia oppose aux raisons d’autrui une conviction qu’elle reconnaît comme sienne.« la véritable décence est dans mon cœur », Lettre XL
Une conscience née de la perte, et qui en garde la mesure
- Si Zilia juge la France, c’est parce qu’elle vient d’ailleurs : son autorité de moraliste tient à sa dépossession.« l’inconséquence est le caractère de la nation », Lettre XXXII
- La leçon finale propose une économie de l’âme, c’est-à-dire l’art de vivre de peu qu’enseigne l’expérience de tout perdre.« économiser les ressources de notre âme », Lettre XLI
- Le plaisir d’être se définit contre le monde perdu comme contre le monde trouvé : il ne demande ni empire ni fortune.« ce bonheur si pur », Lettre XLI
Faut-il avoir perdu son monde pour être capable de regarder celui des autres sans complaisance ?