Le quiproquo de l’étrangère produit des effets comiques, mais l'œuvre s’ouvre sur un massacre et se poursuit par des analyses sévères. Le sujet demande quel régime affectif la satire installe chez son lecteur.
Le comique du regard naïf sert-il l’indignation, ou en atténue-t-il la portée ?
Le plan en trois parties
Le comique du regard naïf
- L’hypothèse de l’idolâtrie fait rire parce qu’elle applique sérieusement une catégorie exotique à des gestes ordinaires.« Cette Nation ne seroit-elle point idolâtre ? », Lettre V
- La scène du miroir est une scène de comédie, où l’élan de Zilia se heurte à sa propre image.« j’ai couru à elle les bras ouverts », Lettre X
- Le récit de la représentation théâtrale joue du décalage entre la solennité des spectateurs et l’incompréhension de l’observatrice.« je crois qu’ici on ne célèbre que les insensés », Lettre XVI
Une matière qui interdit le rire
- L’Introduction historique impose d’emblée un ton qui n’a rien de plaisant : un peuple entier passé au fil de l’épée.« fut passé au fil de l’épée », Introduction historique, éd. 1752
- Le récit de la cupidité des conquérants appelle l’indignation morale et non le sourire.« en donnant un libre cours à leurs cruautés », Introduction historique, éd. 1752
- La pression exercée sur Zilia pour qu’elle renonce à Aza met en jeu sa conscience et sa liberté, non un malentendu comique.« Dépourvue de tout, dépendante de tout », Lettre XXII
Un rire qui conduit à l’indignation
- Le comique des observations prépare des formules qui, elles, sont des condamnations : l’inconséquence définit une nation entière.« l’inconséquence est le caractère de la nation », Lettre XXXII
- Ce qui commence en étonnement amusé sur les égards rendus aux femmes s’achève en accusation de déshonneur.« de plus déshonorante pour leur esprit », Lettre XXXIII
- La scène du salon fait basculer le lecteur du sourire à la colère, puisque la méprise de Zilia recouvre une agression réelle.« ce Sauvage téméraire », Lettre XIV
Une satire qui fait rire avant d’accuser ne compte-t-elle pas sur la complicité du lecteur pour rendre l’accusation supportable ?