La lettre naît ici d’un besoin amoureux, celui de maintenir un lien avec Aza, mais elle devient peu à peu le lieu d’une analyse de la France. Le sujet demande comment une même forme peut porter ces deux usages.
L’écriture épistolaire de Zilia reste-t-elle commandée par son destinataire, ou s’en émancipe-t-elle ?
Le plan en trois parties
Écrire pour ne pas perdre l’autre
- La première lettre est un cri adressé, et l’angoisse qu’elle exprime est celle d’une parole qui n’atteint plus son destinataire.« les cris de ta tendre Zilia […] sont dissipés », Lettre I
- La lettre définit et défend un lien : face à Déterville, Zilia formule la logique de réciprocité qui fonde son amour.« j’ai de l’amour pour Aza, parce qu’il en a pour moi », Lettre XXIII
- Quand ce lien se rompt, la lettre enregistre la rupture dans sa forme même, par l’exclamation et la reprise.« Aza est infidèle. Aza infidèle ! », Lettre XXXVIII
Écrire pour comprendre un pays
- Les lettres de voyage accumulent des observations économiques précises, jusqu’à l’usage des auberges où l’on paie le repos.« on fait payer la nourriture aux voyageurs », Lettre XXVI
- Les lettres ajoutées en 1752 analysent la condition des femmes comme le ferait un mémoire, en relevant une contradiction sociale.« je n’en vois point de plus déshonorante pour leur esprit », Lettre XXXIII
- La lettre XXXIV argumente en forme, oppose la nature à l’éducation et conclut : la lettre y devient discours.« qu’elles eussent du mérite et de la vertu », Lettre XXXIV
Une écriture qui survit à son destinataire
- Même sous la contrainte du religieux, Zilia continue d’écrire : la lettre est le seul bien qu’on ne peut lui retirer.« je ne possède que ma tendresse », Lettre XXII
- Après la trahison, les lettres changent d’adresse et s’orientent vers Déterville : l’écriture se réinvente un interlocuteur.« la véritable décence est dans mon cœur », Lettre XL
- Le moraliste a pris le pas sur l’amante : Zilia écrit désormais des maximes sur un peuple, non des messages à un fiancé.« La censure est le goût dominant des François », Lettre XXXII
Une correspondance qui perd son destinataire ne devient-elle pas, par nécessité, une œuvre destinée au public ?