Le roman refuse les deux dénouements attendus, le mariage avec Aza et le mariage avec Déterville, et s’achève sur une retraite studieuse. Le sujet demande si ce refus est un échec de l’héroïne ou une conquête que le genre romanesque ne savait pas encore nommer.
La fin du roman consacre-t-elle la perte de tout ce que Zilia voulait, ou la découverte de ce qu’elle voulait vraiment ?
Le plan en trois parties
Tout ce qui portait Zilia lui est retiré
- L’infidélité d’Aza détruit le destinataire de toutes les lettres : la fin ruine rétrospectivement le sens de l’écriture entière.« Aza est infidèle », Lettre XXXVIII
- Zilia ne peut pas davantage se rabattre sur Déterville, puisqu’elle a défini l’amour par une réciprocité qui n’existe pas entre eux.« j’ai de l’amour pour Aza, parce qu’il en a pour moi », Lettre XXIII
- Le retour au Pérou est impossible : le trône et le culte que la première lettre évoquait ont été détruits avec l’empire.« au lieu des honneurs du Trône », Lettre I
Un refus lucide des solutions offertes par la société
- Zilia a compris qu’en France la richesse est relative et qu’aucune fortune honnête n’y protège de la dépendance : se marier ne la sauverait pas.« le superflu domine si souverainement en France », Lettre XXIX
- Elle a vu de près le partage des conditions et refuse d’entrer dans un monde où l’on vit à côté de la misère sans la voir.« l’indigence et le superflu ne sont séparés que par un appartement », Lettre XXIX
- Aux convenances qu’on lui oppose, elle substitue une décence intérieure, ce qui fait de sa retraite un choix argumenté et non une fuite.« la véritable décence est dans mon cœur », Lettre XL
Une fin qui invente un autre bien
- La dernière lettre nomme un bonheur que le roman sentimental ignore, le simple sentiment d’exister, et en fait la découverte majeure du livre.« Le plaisir d’être », Lettre XLI
- Le paragraphe ajouté en 1752 transforme la retraite en proposition : Zilia n’abandonne pas Déterville, elle lui offre une autre manière de vivre.« Renoncez aux[…] », Lettre XLI
- Cette vie suppose une ressource que Zilia possède désormais, la lecture, qui remplace la société sans l’exclure.« Quelques-uns de ces Livres apprennent ce que les hommes ont fait », Lettre XX
Un roman qui refuse le mariage à son héroïne ne propose-t-il pas, en 1747 comme en 1752, une fin plus audacieuse qu’un mariage heureux ?