La retraite de Zilia dans la maison offerte par Déterville peut se lire comme un retrait hors de la société ou comme l’installation d’une vie autonome. Le sujet oppose une lecture négative, celle du renoncement, à une lecture positive, celle de la liberté conquise.
En se retirant, Zilia se soustrait-elle au monde, ou prend-elle enfin la place qu’aucune des positions offertes ne lui laissait ?
Le plan en trois parties
Une solitude que les circonstances imposent
- La retraite suit immédiatement la trahison : elle est d’abord la conséquence d’un deuil et non d’une délibération.« c’est la bonne foi violée […] qui déchire mon ame », Lettre XXXVIII
- Zilia s’est elle-même fermé l’issue du mariage avec Déterville en définissant l’amour comme un lien réciproque qu’elle ne peut feindre.« Il n’y a là-dedans nul rapport avec vous », Lettre XXIII
- Rien dans la vie mondaine ne pouvait la retenir, puisqu’elle y a vu une célébration publique de ce qui ne mérite pas d’être admiré.« on ne célèbre que les insensés », Lettre XVI
Une solitude pourtant choisie et argumentée
- Zilia oppose aux raisons qu’on lui donne une décence intérieure : son retrait est justifié par une règle morale et non par le chagrin.« la véritable décence est dans mon cœur », Lettre XL
- La dernière lettre décrit un bien positif et non un manque : le sentiment d’exister devient l’objet d’une expérience et d’une description précises.« ce bonheur si pur », Lettre XLI
- Cette solitude n’est pas une clôture : elle s’ouvre par une invitation adressée à Déterville, qui maintient l’amitié tout en refusant le mariage.« Venez, Déterville, venez apprendre de moi », Lettre XLI
Une solitude qui vaut comme leçon adressée à la société
- Zilia oppose à la France un modèle explicite, celui d’une nation guidée par la nature : sa vie retirée en est l’application privée.« Heureuse la nation qui n’a que la nature pour guide », Lettre XXXII
- Se retirer, c’est sortir d’une économie où tout se paie, jusqu’au repos : la retraite est une critique en acte du monde marchand décrit en chemin.« on fait payer […] encore le repos », Lettre XXVI
- En consacrant son temps à l’étude, Zilia réalise ce que la lettre XXXIV juge possible pour les Françaises : elle prouve par son existence ce que l'œuvre affirme en thèse.« les femmes naissent ici bien plus communément que chez nous », Lettre XXXIV
Une héroïne qui se retire de la société peut-elle encore la changer, ou le roman avoue-t-il là les limites de sa propre critique ?