L’étonnement suspend le jugement et décrit, l’indignation le prononce et accuse ; l'œuvre use des deux, mais dans des proportions qui varient selon les lettres et selon les éditions. Le sujet demande lequel de ces deux régimes porte la critique.
Est-ce la naïveté de Zilia ou sa colère qui rend la satire efficace ?
Le plan en trois parties
La force de l’étonnement
- L’interrogation sur l’idolâtrie ne conclut rien : elle expose une observation et laisse au lecteur le soin d’en tirer les conséquences.« Cette Nation ne seroit-elle point idolâtre ? », Lettre V
- L’Avertissement justifie ce régime : puisque nous jugeons les autres à notre mesure, seul un regard désarmé peut nous surprendre.« Mais toujours prévenus en notre faveur », Avertissement, éd. 1752
- L’étonnement devant la propriété du sol rend absurde une institution que personne, en France, ne songe à discuter.« Sans avoir de l’or, il est impossible d’acquérir une portion de cette terre », Lettre XX
La nécessité de l’indignation
- Sur la conquête, l'œuvre ne s’étonne pas : elle accuse, et le vocabulaire est celui du crime.« Tous les droits de l’humanité violés », Introduction historique, éd. 1752
- La cupidité des conquérants est jugée sans détour comme un oubli de l’humanité de leurs victimes.« en donnant un libre cours à leurs cruautés », Introduction historique, éd. 1752
- Face au religieux qui exige son reniement, Zilia ne s’étonne plus : elle oppose une résistance argumentée à une morale de contrainte.« je ne possède que ma tendresse », Lettre XXII
Un étonnement qui se convertit en jugement
- L’observation de la politesse commence par la surprise et s’achève par une condamnation du vide qu’elle recouvre.« leur tient lieu de sentiment », Lettre XXIX
- Dans le salon, la naïveté de Zilia se change instantanément en indignation quand l’inconvenance devient agression.« avec une surprise et une indigna[tion] », Lettre XIV
- Même les remarques les plus légères, comme celle sur le prix du repos, portent un jugement moral sous une forme descriptive.« non-seulement on fait payer la nourriture aux voyageurs », Lettre XXVI
Une satire qui laisse au lecteur le soin de s’indigner ne lui donne-t-elle pas, en retour, la responsabilité de la conclusion ?