L’édition de 1752 ajoute une Introduction historique, un Avertissement, plusieurs lettres dont celles sur le superflu et sur l’éducation des femmes, et un dernier paragraphe à la lettre finale. Le sujet demande si ces ajouts prolongent le roman de 1747 ou en déplacent le centre.
Les additions de 1752 achèvent-elles le roman de Graffigny, ou en font-elles un autre livre ?
Le plan en trois parties
Un cadre nouveau qui change la lecture du récit
- L’Avertissement installe le lecteur dans une position critique avant même la première lettre, en lui désignant son propre préjugé.« toujours prévenus en notre faveur », Avertissement, éd. 1752
- L’Introduction historique donne au roman un socle documentaire : le malheur de Zilia n’est plus une intrigue, il est un épisode d’une histoire réelle.« Ils oublièrent que les Péruvie[ns] », Introduction historique, éd. 1752
- Relue après cette introduction, la scène du Temple cesse d’être un décor romanesque pour devenir le rappel d’un pillage historique.« Les pavés du Temple ensanglantés », Lettre I
Une critique sociale considérablement durcie
- Les lettres ajoutées portent l’analyse du superflu à un degré de netteté que le roman de 1747 n’atteignait pas.« l’indigence et le superflu ne sont séparés que par un appartement », Lettre XXIX
- Dans le texte de 1752, la pression morale exercée sur Zilia prend tout son relief : on lui demande une vertu qui exige l’ingratitude.« il faut être ingrate pour a[voir de la vertu] », Lettre XXII
- La question de l’instruction des femmes, déjà posée au début du livre, devient dans cette édition un fil directeur explicite.« Si tu étois un homme ordinaire », Lettre II
Une question féminine devenue centrale
- La lettre XXXIV, absente en 1747, installe au cœur de l'œuvre une argumentation suivie sur l’éducation des femmes.« On voudroit, comme ailleurs, qu’elles eussent du mérite et de la vertu », Lettre XXXIV
- Elle affirme une égalité de dispositions qui transforme la critique des mœurs en revendication.« avec toutes les dispositions nécessaire[s] », Lettre XXXIV
- Le texte de 1752 aiguise aussi la dénonciation des égards mondains, où le respect affiché déshonore ceux qui le rendent.« de plus déshonorante pour leur esprit », Lettre XXXIII
Lorsqu’un auteur augmente son livre cinq ans après, faut-il lire le second état comme un achèvement ou comme une réponse à ses lecteurs ?