Zilia se retire, décline le mariage et condamne l’usage français de la richesse, mais elle garde la langue, les livres et l’amitié de Déterville. Le sujet demande si son geste final est un rejet ou une manière d’habiter autrement ce monde.
La retraite de Zilia est-elle un refus de la France, ou le choix d’y occuper une place que personne ne lui proposait ?
Le plan en trois parties
Un refus qui dure tout le livre
- Zilia n’a jamais consenti à son déplacement : son écriture est depuis la première lettre un acte de fidélité à ce qu’on lui a pris.« Aza ! mon cher Aza ! », Lettre I
- Elle refuse la place qu’on lui assigne, celle de la captive exhibée, et ne cesse de rappeler celle qui lui revenait.« esclave sous les loix de la tyrannie », Lettre I
- Elle refuse enfin le dénouement social que tout le monde attend, en maintenant une distinction stricte entre amour et amitié.« Il n’y a là-dedans nul rapport avec vous », Lettre XXIII
Un refus qui vise la société, non le pays
- Ce que Zilia rejette, c’est un ordre où l’argent s’interpose entre les hommes et la terre qu’ils habitent.« Sans avoir de l’or », Lettre XX
- C’est aussi un régime d’égards contradictoires, qui prétend honorer les femmes tout en les tenant pour incapables.« je n’en vois point de plus déshonorante pour leur esprit », Lettre XXXIII
- C’est enfin une civilité qui autorise en pratique ce qu’elle condamne en paroles, comme le montre la scène du salon.« ce Sauvage téméraire », Lettre XIV
Non un refus, mais une place inventée
- Zilia garde ce que la France lui a donné de meilleur, l’instruction, dont elle a mesuré dès le début le prix pour une femme.« l’ignorance à laquelle mon sexe est condamné », Lettre II
- En vivant de son jugement et de ses lectures, elle réfute par son exemple l’argument qui refuse aux femmes le mérite faute d’éducation.« il faudroit que la nature les fît ainsi », Lettre XXXIV
- Elle occupe ainsi la place que la lettre XXXIV juge possible pour toutes : celle d’une femme dont les dispositions ont été cultivées.« En général il me semble que les femmes naissent ici », Lettre XXXIV
Inventer sa place au lieu de choisir parmi celles qu’on lui propose, n’est-ce pas la définition même de la liberté que le siècle réclame ?