La comparaison est ici un procédé d’écriture, un instrument de connaissance et un ressort critique : Zilia ne cesse de rapporter ce qu’elle voit à ce qu’elle a perdu. Le sujet demande si ce parallèle organise l'œuvre ou s’il s’efface au profit d’une analyse autonome de la France.
La France de Zilia n’est-elle lisible que par différence avec le Pérou, ou finit-elle par être jugée pour elle-même ?
Le plan en trois parties
Le Pérou comme origine et comme étalon
- Le premier terme de la comparaison est posé avant tout autre : la voix qui s’adresse à Aza suppose un monde commun, désormais absent.« Aza ! mon cher Aza ! », Lettre I
- Le Temple du Soleil fournit la mesure du sacré, à laquelle tout culte français sera implicitement rapporté.« l’image du Soleil foulée aux pieds », Lettre I
- La condition première de Zilia, promise au trône, donne l’échelle sociale dont elle mesurera les écarts en France.« les honneurs du Trône que je devois partager avec toi », Lettre I
La France décrite par écart
- Le vaisseau n’est décrit que par rapport à une maison péruvienne, ce qui inaugure le régime comparatif de tout le récit.« cette maison comme suspendue », Lettre III
- Les pratiques religieuses françaises sont mesurées à l’absence d’adoration du Soleil, et jugées d’après ce manque.« Je n’ai encore vu faire aucune adoration au Soleil », Lettre V
- Le miroir provoque une erreur de comparaison, où l’inconnu est aussitôt ramené au familier : une Vierge du Soleil.« habillée comme une Vierge du Soleil », Lettre X
Une France finalement analysée pour elle-même
- Dans les lettres ajoutées en 1752, Zilia décrit le système français sans référence au Pérou : la richesse y est définie par le superflu.« qui n’a qu’une fortune honnête est pauvre », Lettre XXIX
- Le rapprochement de l’indigence et du faste est une observation interne à la société française, qui n’a plus besoin d’un point de comparaison extérieur.« séparés que par un appartement », Lettre XXIX
- La critique des égards rendus aux femmes porte sur une contradiction française, saisie dans ses propres termes.« je n’en vois point de plus déshonorante pour leur esprit », Lettre XXXIII
Quand le regard étranger cesse d’être étranger, la satire perd-elle sa force, ou gagne-t-elle enfin en précision ?