Le progrès suppose que les connaissances s’accumulent et que l’avenir en sait plus que le passé ; l’éloge implique une adhésion enthousiaste. Fontenelle croit au perfectionnement, mais il rappelle aussi la lenteur des esprits et la fragilité de nos conclusions.
Les Entretiens célèbrent-ils un progrès assuré des sciences, ou en montrent-ils surtout les conditions incertaines ?
Le plan en trois parties
Une foi affirmée dans le perfectionnement
- L’art de voler, encore naissant, est donné comme promis à un développement qui abolira nos limites actuelles.« L’art de voler ne fait encore que de naître », Second soir
- La généalogie des sciences montre que des savoirs sont nés de circonstances humbles : rien n’interdit qu’il en naisse d’autres.« l’astronomie est fille de l’oisiveté, la géométrie est fille de l’intérêt », Premier soir
- Le récit du geste copernicien donne une image héroïque de la rupture par laquelle le savoir avance.« Saisi d’une noble fureur d’astronome, il prend la Terre et l’envoie bien loin du centre de l’univers », Premier soir
Mais un progrès contrarié par nos limites
- L’apologue de la rose montre que la brièveté des vies humaines empêche de percevoir les changements les plus lents.« de mémoire de rose on n’a vu que lui », Cinquième soir
- La satire du Journal des Savants de Jupiter rappelle que les découvertes circulent mal et suscitent d’abord le rire.« le peuple de Jupiter […] n’en fait que rire », Quatrième soir
- La théorie des tourbillons, présentée comme l’état du savoir, est elle-même une hypothèse qu’un progrès ultérieur pourra renverser.« un amas de matière dont les parties sont détachées les unes des autres », Quatrième soir
Un progrès qui consiste à déplacer le regard
- Sortir de sa ville pour aller jusqu’à Saint-Denis est une image du progrès comme franchissement d’un horizon habituel.« Notre Saint-Denis c’est la lune », Second soir
- L’effroi de la Marquise, puis son apaisement, montrent que le vrai progrès est intérieur : c’est une conversion du regard.« Cela me confond, me trouble, m’épouvante », Cinquième soir
- Traiter la philosophie autrement est en soi un progrès, car cela étend le nombre de ceux qui peuvent y accéder.« J’ai voulu traiter la Philosophie d’une manière qui ne fût point philosophique », Préface
Le progrès des sciences vaut-il par ses résultats ou par le nombre d’esprits qu’il transforme ?