Le savoir se donne sous forme de système, ici le monde cartésien des tourbillons ; le doute, lui, suspend l’adhésion et mesure ce que l’on ignore. L’œuvre affirme beaucoup et retient beaucoup, ce qui fait toute sa singularité dans la littérature d’idées.
Fontenelle enseigne-t-il un système ou une manière prudente de le tenir ?
Le plan en trois parties
Une œuvre qui expose un savoir constitué
- Le modèle de la montre fournit le principe général d’explication et donne au lecteur la clé d’un univers entièrement mécanique.« l’univers ne soit en grand, que ce qu’une montre est en petit », Premier soir
- La définition du tourbillon donne au système sa pièce maîtresse et permet de rendre compte du mouvement des planètes.« un amas de matière dont les parties sont détachées les unes des autres », Quatrième soir
- L’argument sur la lumière des étoiles fixe une conclusion ferme : elles brillent d’elles-mêmes, donc ce sont des soleils.« une lumière, qui auroit essuyé une réflexion », Cinquième soir
Une œuvre qui ne cesse de retenir son assentiment
- La consigne de ne donner que la moitié de son esprit institue un régime de croyance mesurée, propre aux objets conjecturaux.« ne donner que la moitié de son esprit aux choses de cette espèce », Troisième soir
- La lenteur recommandée devant les découvertes nouvelles fait de la suspension du jugement une vertu savante.« il ne se faut pas trop presser de raisonner », Sixième soir
- L’aveu que la raison arrive après l’impression reconnaît une faiblesse constitutive du sujet connaissant.« la raison vient trop tard », Sixième soir
Le doute comme condition du goût de la science
- En réduisant l’objection religieuse à une querelle de mots, Fontenelle montre que douter n’est pas nier, mais délimiter ce dont on parle.« L’objection roule donc tout entière sur les hommes de la Lune », Préface
- Savoir que nous portons des lunettes est déjà un doute méthodique appliqué à notre perception.« certaines lunettes, au travers desquelles on voit tout », Troisième soir (réplique de la Marquise)
- L’idée que l’art de voler se perfectionnera montre un doute ouvert sur l’avenir : ce que nous ignorons est ce qui reste à faire.« L’art de voler ne fait encore que de naître », Second soir
Une science qui affiche ses incertitudes est-elle plus crédible ou plus vulnérable ?