Le décor est ce qui entoure l’action sans la déterminer ; or le jardin nocturne fournit à la fois l’objet observé, l’éclairage, le rythme des six soirs et la sociabilité qui rend la conversation possible. Le sujet interroge donc la valeur heuristique d’un cadre apparemment ornemental.
Le cadre nocturne des Entretiens est-il l’habillage galant d’un exposé, ou le lieu qui rend cet exposé pensable ?
Le plan en trois parties
Un cadre de sociabilité galante
- La dédicace inscrit le livre dans les loisirs d’un homme du monde, dont la promenade nocturne est un divertissement ordinaire.« vous aurez des planètes, des mondes, des tourbillons », lettre dédicatoire « À Monsieur L… »
- La comparaison avec la lecture d’un roman confirme que le parc est un lieu de plaisir avant d’être un observatoire.« la même application qu’il faut donner à la Princesse de Cleves », Préface
- Le ciel est d’emblée traité comme une salle de spectacle, avec sa scène éclairée et son public installé.« la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’opéra », Premier soir
Mais un véritable lieu d’observation
- La nuit rend manifeste la faiblesse de nos yeux, qui fonde la philosophie selon le Premier soir.« l’esprit curieux et les yeux mauvais », Premier soir
- Le raisonnement sur la lumière des étoiles ne peut se tenir que devant un ciel effectivement contemplé.« une lumière, qui auroit essuyé une réflexion », Cinquième soir
- L’explication des tourbillons s’appuie sur les mouvements observables des astres au-dessus du parc.« un amas de matière dont les parties sont détachées les unes des autres », Quatrième soir
Un lieu de conversion du regard
- C’est dans ce décor familier que survient le vertige : l’émotion naît du contraste entre le jardin paisible et l’immensité.« Cela me confond, me trouble, m’épouvante », Cinquième soir
- Le jardin fournit ses propres objets d’analogie, feuilles et insectes, qui servent à penser d’autres mondes.« Une feuille d’arbre est un petit monde habité par des vermisseaux invisibles », Troisième soir
- C’est là que la Marquise formule l’image des lunettes, née de l’expérience d’un regard qui apprend à se corriger.« certaines lunettes, au travers desquelles on voit tout », Troisième soir (réplique de la Marquise)
Le lieu d’où l’on regarde le monde détermine-t-il ce que l’on est capable d’en penser ?