L’analogie rapproche deux ordres de réalité pour faire comprendre le moins connu par le plus familier ; l’ornement, lui, embellit sans rien ajouter au sens. Or chez Fontenelle l’image fait souvent office de preuve, ce qui pose la question de sa valeur de connaissance.
Les comparaisons des Entretiens agrémentent-elles un raisonnement déjà constitué, ou constituent-elles le raisonnement lui-même ?
Le plan en trois parties
Des images qui charment et soutiennent l’attention
- L’opéra est une image de société, empruntée aux plaisirs du destinataire, qui fait entrer l’astronomie dans un univers de référence déjà aimé.« la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’opéra », Premier soir
- La devinette des abeilles est un jeu : l’image est retardée, savourée, et la connaissance y prend la forme d’un plaisir de salon.« mes Arabes ne sont que des abeilles », fin du Troisième soir
- Le tourbillon lui-même est nommé par une image de mouvement avant d’être défini, ce qui rend séduisant un concept cartésien austère.« un amas de matière dont les parties sont détachées les unes des autres », Quatrième soir
Mais des analogies qui tiennent lieu d’argument
- La montre n’illustre pas le mécanisme, elle l’énonce : l’univers est intelligible parce qu’il est de même nature qu’un ouvrage d’horlogerie.« l’univers ne soit en grand, que ce qu’une montre est en petit », Premier soir
- L’air comme eau des oiseaux permet d’inférer qu’un habitant d’un autre monde peut vivre dans un milieu que nous jugerions invivable.« L’eau est l’air des poissons », Troisième soir
- La feuille peuplée d’êtres invisibles étaye par le bas la pluralité des mondes : si l’infiniment petit est habité, l’infiniment grand peut l’être.« Une feuille d’arbre est un petit monde habité par des vermisseaux invisibles », Troisième soir
Une méthode qui connaît ses propres limites
- Le mot sur Vénus avertit que la ressemblance peut être un effet de distance : l’analogie du beau ciel trompe sur la réalité des astres.« ce qui rend Vénus si jolie de loin ? C’est qu’elle est fort affreuse de près », Quatrième soir
- L’héroïsation de Copernic montre l’image en train de déborder la science : le geste raconté est plus grand que l’hypothèse qu’il figure.« Saisi d’une noble fureur d’astronome, il prend la Terre et l’envoie bien loin du centre de l’univers », Premier soir
- L’ironie du Journal des Savants de Jupiter transpose nos institutions dans un autre monde : l’analogie devient satire et cesse d’être preuve.« le peuple de Jupiter […] n’en fait que rire », Quatrième soir
Une science qui renonce à l’analogie se prive-t-elle du seul moyen de faire penser ce qu’elle ne peut montrer ?