L’élève reçoit un savoir qu’elle ne possède pas et dont elle mesure mal les enjeux ; la figure du lecteur, elle, oriente la lecture, pose les questions que l’on se pose et impose son rythme. Le sujet engage donc le statut du dialogue, entre leçon et miroir.
La Marquise est-elle le destinataire du savoir ou l’instrument par lequel Fontenelle règle la réception de son livre ?
Le plan en trois parties
Une élève, construite comme telle par la Préface
- Fontenelle revendique une interlocutrice entièrement neuve en astronomie, choix qui justifie que l’on reprenne tout depuis le commencement.« une femme que l’on instruit, et qui n’a jamais ouï parler de ces choses-là », Préface
- L’effort exigé est calibré sur celui d’un roman : la Marquise est une élève dont on ménage l’attention, non une savante en formation.« la même application qu’il faut donner à la Princesse de Cleves », Préface
- Le narrateur la corrige lorsqu’elle va trop vite en besogne, ce qui est la posture même du maître qui modère son élève.« ne donner que la moitié de son esprit aux choses de cette espèce », Troisième soir
Une interlocutrice qui pense, objecte et invente
- La plus belle formulation de la thèse du décentrement lui appartient : les lunettes de l’imagination sont son image, non celle du narrateur.« certaines lunettes, au travers desquelles on voit tout », Troisième soir (réplique de la Marquise)
- Son effroi devant l’infini n’est pas une faiblesse d’écolière mais une réaction philosophique que le narrateur doit prendre au sérieux et discuter.« Cela me confond, me trouble, m’épouvante », Cinquième soir
- Elle relance le dialogue sur les voyages lunaires et oblige à penser le progrès technique, sujet que le narrateur n’avait pas programmé.« L’art de voler ne fait encore que de naître », Second soir
Une place laissée au lecteur
- Son exclamation finale est adressée autant à elle-même qu’au lecteur, invité à mesurer le chemin parcouru en cinq soirs.« j’ai dans la tête tout le système de l’univers ! Je suis savante ! », fin du Cinquième soir
- Les comparaisons familières que le narrateur lui destine, comme le bourgeois de Paris, visent en réalité tout lecteur enfermé dans son point de vue.« Notre Saint-Denis c’est la lune », Second soir
- Le « nous » du mauvais point de vue englobe la Marquise, le narrateur et le lecteur : la leçon ne vise pas une élève, elle vise le genre humain.« nous sommes toujours dans un mauvais point de vue », Second soir
Cette délégation de la parole à une femme du monde donne-t-elle à Fontenelle une liberté que le discours savant ne lui aurait pas permise ?