La littérature apporte des images, un rythme, des personnages et une voix, choses dont un traité prétend se passer ; la science vise des énoncés vérifiables indépendants de leur formulation. Les Entretiens font le pari inverse : la forme littéraire y est constitutive du savoir transmis.
La littérature est-elle pour la science un simple relais de diffusion, ou lui fournit-elle des moyens de penser qu’elle n’a pas ?
Le plan en trois parties
La littérature donne à la science des images qu’elle n’a pas
- La comparaison avec l’opéra fournit d’un coup la distinction entre phénomène et mécanisme, que le vocabulaire savant peine à rendre sensible.« la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’opéra », Premier soir
- La fiction des poissons enfermés dans leur élément permet de penser la relativité des milieux sans aucun appareil technique.« L’eau est l’air des poissons », Troisième soir
- Le trait sur Vénus condense en une phrase une leçon d’optique et de désillusion que des pages de physique n’imposeraient pas.« ce qui rend Vénus si jolie de loin ? C’est qu’elle est fort affreuse de près », Quatrième soir
Mais la littérature expose la science à ses propres séductions
- La satire du Journal des Savants jovien amuse, mais elle ne prouve rien sur les habitants de Jupiter.« le peuple de Jupiter […] n’en fait que rire », Quatrième soir
- L’héroïsation de Copernic transforme une hypothèse en geste épique, au risque de confondre la grandeur et la vérité.« Saisi d’une noble fureur d’astronome, il prend la Terre et l’envoie bien loin du centre de l’univers », Premier soir
- Le portrait antithétique du genre humain est un morceau de style dont la beauté peut faire oublier qu’il repose sur une pure conjecture.« des passions si folles, et des réflexions si sages », Second soir
Une littérature qui pense, et non qui orne
- Le monde dans une feuille d’arbre est une invention littéraire qui engage une hypothèse biologique et cosmologique sérieuse.« Une feuille d’arbre est un petit monde habité par des vermisseaux invisibles », Troisième soir
- La montre n’est pas une image accessoire : elle formule la thèse mécaniste elle-même, et la littérature devient ici langage théorique.« l’univers ne soit en grand, que ce qu’une montre est en petit », Premier soir
- La formule sur le mauvais point de vue est un énoncé épistémologique accompli, et c’est sa brièveté littéraire qui le rend efficace.« nous sommes toujours dans un mauvais point de vue », Second soir
Les métaphores dont use la science d’aujourd’hui sont-elles d’une autre nature que celles de Fontenelle ?