Être savant suppose la possession réglée d’un savoir et la capacité de le fonder ; le lecteur des Entretiens reçoit un système complet sans jamais faire d’observation ni de calcul. Le mot final de la Marquise pose lui-même la question, non sans ironie.
Le savoir acquis en six soirées est-il une science, ou seulement l’agréable impression d’en posséder une ?
Le plan en trois parties
Un savoir réellement transmis
- L’œuvre annonce une transmission complète à qui ne savait rien, et elle tient cette promesse soir après soir.« une femme que l’on instruit, et qui n’a jamais ouï parler de ces choses-là », Préface
- L’effort demandé, comparable à celui d’un roman, n’empêche pas que le contenu exposé soit ordonné et cumulatif.« la même application qu’il faut donner à la Princesse de Cleves », Préface
- Même les digressions plaisantes, comme celle de la folie dans la lune, servent à fixer une idée : la pluralité des mondes.« de quelle sorte de chose on ne trouve point dans la lune ? de la folie », Second soir
Un savoir pourtant fragile
- L’enthousiasme pour un art de voler à venir montre un lecteur prêt à tenir pour acquis ce qui n’est qu’espéré.« L’art de voler ne fait encore que de naître », Second soir
- Le système des tourbillons est admis sur parole, sans que le lecteur puisse en vérifier un seul élément.« un amas de matière dont les parties sont détachées les unes des autres », Quatrième soir
- L’apologue de la rose se retourne contre le lecteur : ce qu’il croit définitif n’est que l’état d’un instant.« de mémoire de rose on n’a vu que lui », Cinquième soir
Un lecteur moins savant que transformé
- Ce que le lecteur emporte, c’est la conscience de porter des lunettes, c’est-à-dire une attitude critique et non un contenu.« certaines lunettes, au travers desquelles on voit tout », Troisième soir (réplique de la Marquise)
- Il apprend surtout à ne plus croire que la nature est faite pour lui, ce qui est une conversion plus qu’une science.« toute la nature, sans exception, est destinée à nos usages », Premier soir
- Le vertige éprouvé devant l’infini est une expérience intime, qui ne se confond pas avec la maîtrise d’un savoir.« Cela me confond, me trouble, m’épouvante », Cinquième soir
Vaut-il mieux savoir beaucoup, ou avoir appris à douter de ce que l’on croit voir ?