Les « différentes politiques » sont les interventions des pouvoirs publics (État, Banque centrale européenne, partenaires sociaux) : soutien de la demande globale, allègement du coût du travail, formation et flexibilisation. « Lutter contre le chômage », c'est réduire le nombre de chômeurs au sens du BIT, mais aussi le halo et le sous-emploi ; le sujet porte sur les pays développés, en particulier la France depuis les années 1980.
Puisque le chômage a plusieurs causes, comment les pouvoirs publics adaptent-ils leurs instruments à chacune d'elles, et à quelles conditions ces politiques sont-elles efficaces ?
Le plan en trois parties
Soutenir la demande globale pour réduire le chômage keynésien
- Le chômage keynésien naît d'une insuffisance de la demande effective : les entreprises n'embauchent pas faute de débouchés anticipés.Keynes, Théorie générale (1936) ; récession de 2009 : taux de chômage d'environ 7,4 % en 2008 et 9,1 % en 2009 (Insee).
- La politique budgétaire soutient la demande par l'effet multiplicateur et les stabilisateurs automatiques ; elle peut aussi préserver l'emploi en crise.Printemps 2020 : plus de 8 millions de salariés en activité partielle ; chômage de 8,4 % en 2019 et 8,0 % en 2020 malgré un PIB en recul de plus de 7 % (Insee).
- La politique monétaire baisse le coût du crédit et stimule l'investissement ; mais la relance bute sur la contrainte extérieure et la dette.Taux de refinancement de la BCE à 0 % en mars 2016 ; relance de 1981-1982 suivie du tournant de la rigueur de mars 1983.
Alléger le coût du travail pour réduire le chômage classique
- Le chômage classique apparaît quand le coût du travail dépasse la productivité, surtout pour les moins qualifiés.Malinvaud (1977) ; SMIC de l'ordre de 60 % du salaire médian au début des années 2020 (OCDE), un niveau élevé parmi les pays membres.
- Les allègements de cotisations patronales sur les bas salaires rendent rentables des emplois peu qualifiés sans baisser le salaire net.Ristourne Juppé (1995), réduction Fillon (2003), CICE (2013) : de l'ordre de 100 000 emplois selon le comité de suivi de France Stratégie (2020).
- Leur efficacité est limitée par les effets d'aubaine, la trappe à bas salaires et leur coût budgétaire.Transformation du CICE en baisse pérenne de cotisations en 2019 : un coût de plusieurs dizaines de milliards d'euros par an.
Former et flexibiliser pour réduire le chômage structurel
- La formation améliore l'appariement en réduisant les inadéquations de qualifications.Nouveaux contrats d'apprentissage : environ 370 000 en 2019 et 850 000 en 2023 (Dares) ; 61 % de projets de recrutement jugés difficiles en 2023 (enquête BMO).
- La flexibilisation réduit les rigidités qui freinent l'embauche et le dualisme insiders/outsiders.Lindbeck et Snower (1988) ; rupture conventionnelle (2008), ordonnances du 22 septembre 2017 ; lois Hartz (2003-2005) et chômage allemand d'environ 3 % en 2023 (Eurostat).
- La flexibilité n'est efficace que compensée par la sécurité ; sinon, elle nourrit la précarité et le sous-emploi.Flexicurité danoise ; à l'inverse, en Espagne, chômage des 15-24 ans d'environ 29 % en 2023 dans un marché très dual (Eurostat).
La baisse du taux de chômage ne dit pas tout de la qualité des emplois créés : la question se prolonge dans celle du pouvoir intégrateur du travail, fragilisé par la précarité et le sous-emploi.