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Quelles politiques pour l'emploi dans les économies contemporaines ?
Chômage, marché du travail et politiques de l'emploi — programme de Spécialité SES Terminale
À propos de cette page
Mesurer et analyser le chômage
Le chômage désigne la situation des personnes sans emploi, disponibles pour travailler et en recherche active d'emploi. La mesure officielle est réalisée par le Bureau International du Travail (BIT).
Le taux de chômage est le rapport entre le nombre de chômeurs et la population active (actifs occupés + chômeurs) :
$$\text{Taux de chômage} = \frac{\text{Chômeurs}}{\text{Population active}} \times 100$$
On distingue plusieurs types de chômage :
- Chômage frictionnel : chômage temporaire lié aux délais de transition entre deux emplois.
- Chômage conjoncturel (ou keynésien) : dû à un déficit de demande globale lors d'un ralentissement économique.
- Chômage structurel : résulte de déséquilibres durables (inadéquation des compétences, rigidités du marché du travail).
Source : INSEE. Le taux de chômage en France reste structurellement supérieur à la moyenne de certains pays nordiques.
Les causes du chômage : approches théoriques
Les économistes s'opposent sur les causes du chômage, ce qui détermine les politiques préconisées.
L'approche néoclassique
Sur un marché du travail concurrentiel, le salaire réel équilibre l'offre et la demande de travail. Si le salaire est supérieur au salaire d'équilibre (par ex. à cause du SMIC ou des syndicats), il apparaît un chômage volontaire : les entreprises demandent moins de travail qu'il n'est offert.
L'approche keynésienne
Pour Keynes, le chômage est involontaire : les travailleurs accepteraient un emploi au salaire courant, mais la demande effective (consommation + investissement) est insuffisante. Les entreprises n'ont pas intérêt à embaucher si elles n'ont pas de débouchés.
Le marché du travail : flexibilité et rigidités
Le débat sur les politiques de l'emploi oppose partisans de la flexibilité et défenseurs de la protection de l'emploi.
- Flexibilité quantitative externe : facilité d'embauche et de licenciement.
- Flexibilité quantitative interne : modulation du temps de travail.
- Flexibilité fonctionnelle : polyvalence des salariés.
- Flexibilité salariale : adaptation des salaires aux conditions du marché.
Les rigidités du marché du travail comprennent notamment :
- Le salaire minimum (SMIC en France) qui fixe un plancher de rémunération.
- La réglementation du licenciement (procédures, indemnités, délais).
- Les droits conventionnels (conventions collectives).
- Les allocations chômage généreuses qui peuvent réduire l'incitation à reprendre un emploi.
Les défenseurs des protections salariales répondent que la demande effective dépend du pouvoir d'achat des ménages : une baisse des salaires réduirait la consommation et aggraverait la récession (paradoxe de l'épargne).
| Argument pour la flexibilité | Argument pour la protection |
|---|---|
| Baisse du coût du travail → hausse de l'emploi | Salaires hauts → demande et consommation maintenues |
| Facilité de licenciement → incitation à embaucher | Sécurité → productivité et investissement en capital humain |
| Adaptation rapide aux chocs économiques | Réduit la précarité et les inégalités |
La théorie insider-outsider et le chômage d'équilibre
La théorie insider-outsider (Lindbeck et Snower, 1988) propose une explication des rigidités salariales fondée sur les comportements des acteurs.
Conséquence : le salaire se fixe au-dessus du niveau qui permettrait l'embauche des outsiders → chômage d'équilibre persistant.
La théorie de l'hystérèse du chômage prolonge l'analyse : un chômage conjoncturel prolongé peut devenir structurel car les chômeurs de longue durée perdent leurs compétences et leur employabilité, les excluant durablement du marché du travail.
Le schéma illustre la chaîne causale de la théorie insider-outsider menant au chômage d'équilibre.
Les politiques keynésiennes de soutien à l'emploi
Face au chômage conjoncturel, les politiques keynésiennes visent à relancer la demande globale pour inciter les entreprises à embaucher.
La politique budgétaire expansionniste
L'État augmente ses dépenses (investissements publics, prestations sociales) ou réduit les impôts pour stimuler la demande. Le multiplicateur keynésien amplifie l'effet initial :
$$\text{Multiplicateur} = \frac{1}{1 - \text{propension marginale à consommer}}$$
Si la propension marginale à consommer est de 0,8, le multiplicateur est $\frac{1}{1-0{,}8} = 5$ : une dépense publique de 1 milliard génère 5 milliards de PIB supplémentaire (en théorie).
La politique monétaire accommodante
La banque centrale peut baisser les taux d'intérêt directeurs pour faciliter le crédit, stimuler l'investissement des entreprises et la consommation des ménages. Depuis 2008, les banques centrales ont eu recours à des politiques de quantitative easing (rachats d'actifs).
- Contrainte extérieure : une relance peut se « fuir » si les ménages achètent des importations.
- Contrainte budgétaire : la hausse des déficits peut inquiéter les marchés financiers et provoquer une hausse des taux d'intérêt.
- Trappe à liquidités : à taux proches de zéro, la politique monétaire devient moins efficace.
Les politiques libérales : flexibilisation et baisse du coût du travail
Les politiques libérales cherchent à améliorer le fonctionnement du marché du travail en réduisant les rigidités et en baissant le coût du travail.
La baisse du coût du travail
Le coût du travail comprend le salaire brut et les cotisations patronales. Pour favoriser l'emploi des travailleurs peu qualifiés :
- Allègements de cotisations sociales sur les bas salaires (ex. : dispositif Fillon en France, puis CICE transformé en allègements pérennes).
- Réduction ou gel du SMIC.
La flexibilisation du marché du travail
Il s'agit de faciliter les embauches et les licenciements, d'assouplir la réglementation du travail, de décentraliser la négociation collective au niveau de l'entreprise (au détriment des branches).
La réforme des allocations chômage
L'approche libérale peut préconiser de réduire la durée ou le montant des allocations chômage pour augmenter l'incitation à la reprise d'emploi (trappe à inactivité). Elle peut aussi instaurer des systèmes de bonus-malus sur les cotisations des entreprises selon leur comportement en matière de recours aux contrats courts.
Les politiques actives de l'emploi
Au-delà des débats macroéconomiques, les politiques actives de l'emploi visent à agir directement sur l'employabilité des chômeurs et l'adéquation entre offre et demande de travail.
- Politiques passives : indemnisation du chômage, préretraites → soutien du revenu sans action sur le retour à l'emploi.
- Politiques actives : formation professionnelle, aide à la recherche d'emploi, emplois aidés, apprentissage → agissent sur l'offre de travail et l'employabilité.
La formation professionnelle
La formation permet de réduire le mismatch entre compétences disponibles et compétences demandées. En France, le Compte Personnel de Formation (CPF) donne à chaque actif des droits à la formation tout au long de la carrière.
L'accompagnement des chômeurs
France Travail (anciennement Pôle emploi) propose un suivi personnalisé et des offres d'emploi. Des études montrent que l'accompagnement intensif réduit la durée du chômage.
Les emplois aidés
L'État subventionne des emplois dans le secteur non marchand (associations, collectivités) pour les publics les plus éloignés de l'emploi (Contrats Initiative Emploi, Contrats d'Insertion dans la Vie Sociale, etc.).
Source : OCDE. Les pays nordiques investissent davantage dans les politiques actives de l'emploi.
La flexicurité : un modèle alternatif ?
La flexicurité est un modèle qui cherche à combiner flexibilité du marché du travail et sécurité des parcours professionnels. Le modèle danois en est l'exemple emblématique.
- Flexibilité : marché du travail peu réglementé, facilité d'embauche et de licenciement.
- Sécurité : allocations chômage généreuses (jusqu'à 90 % du salaire au Danemark) garantissant le revenu.
- Politiques actives : accompagnement intensif, formation obligatoire pour les chômeurs.
Le modèle danois repose sur le triangle d'or : flexibilité + sécurité + activation. Il a maintenu un faible taux de chômage (autour de 5 % en tendance longue) avec une rotation importante des travailleurs entre emplois.
En France, la création du Compte Personnel de Formation (CPF) et du Compte Personnel de Prévention (C2P), ainsi que le renforcement des droits à la formation tout au long de la vie, s'inspirent partiellement de la logique de flexicurité.
- Le chômage est mesuré par le BIT : sans emploi, disponible, en recherche active.
- On distingue chômage frictionnel, conjoncturel et structurel.
- Les néoclassiques préconisent la flexibilité (salaires, marchés) ; les keynésiens recommandent la relance par la demande.
- La théorie insider-outsider explique la persistance du chômage par le pouvoir des salariés en poste.
- Les politiques actives (formation, accompagnement) complètent les politiques macroéconomiques.
- La flexicurité danoise combine facilité de licenciement, allocations généreuses et accompagnement actif.
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