Les taux de chômage harmonisés par Eurostat varient fortement entre pays européens. Le sujet invite à combiner les causes conjoncturelles, les institutions et les politiques menées, en gardant un regard critique sur la comparaison.
Pourquoi des pays proches par leur niveau de développement connaissent-ils des taux de chômage aussi différents ?
Le plan en trois parties
Des conjonctures et des chocs différents
- Les pays n'ont pas subi les crises avec la même intensité.Espagne : chômage au-dessus de 25 % en 2013 après l'éclatement de la bulle immobilière (Eurostat).
- L'hystérèse prolonge les effets des chocs les plus violents.Blanchard et Summers (1986) ; Espagne encore à environ 12 % en 2023 (Eurostat).
Des institutions du marché du travail différentes
- Un système d'apprentissage dual améliore l'appariement à l'entrée sur le marché du travail.Allemagne : chômage d'environ 3 % et chômage des 15-24 ans d'environ 6 % en 2023 (Eurostat).
- Un marché dual concentre le chômage sur les outsiders.Lindbeck et Snower (1988) ; Espagne : chômage des 15-24 ans d'environ 29 % en 2023 (Eurostat).
- Le niveau du salaire minimum pèse sur l'emploi peu qualifié.SMIC de l'ordre de 60 % du salaire médian au début des années 2020 (OCDE).
Des politiques différentes, à comparer avec prudence
- Les politiques menées ont infléchi les trajectoires nationales.Lois Hartz (2003-2005) et chômage partiel (Kurzarbeit) de 2009 en Allemagne ; flexicurité danoise.
- Un taux bas ne dit rien de la qualité des emplois.Mini-jobs allemands issus des lois Hartz ; taux d'emploi de 68,4 % des 15-64 ans en France en 2023 (Insee).
Dans une zone euro à politique monétaire commune, ces écarts de chômage posent la question de la coordination des politiques économiques européennes.