Mesure du chômage, chômage keynésien, classique et structurel, politiques de soutien de la demande, du coût du travail et de flexibilisation (programme de SES de Terminale)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité SES en terminale sur « Comment lutter contre le chômage ? » suit le programme officiel de spécialité SES de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Mesurer le chômage : chômeurs BIT, halo et sous-emploi, Le chômage conjoncturel, un chômage keynésien, Le chômage classique : un coût du travail trop élevé, Le chômage structurel : appariement et salaire d'efficience. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité SES.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Chômage, emploi et halo en France en 2023
L'Insee publie chaque année une photographie du marché du travail tirée de l'enquête Emploi. L'année 2023 se caractérise par un chômage proche de son plus bas niveau depuis 2008 et un taux d'emploi record.
Indicateur
2023
Chômeurs au sens du BIT (15 ans ou plus)
environ 2,3 millions
Taux de chômage au sens du BIT (15 ans ou plus)
7,3 %
Taux d'emploi des 15-64 ans
68,4 %
Personnes dans le halo autour du chômage
environ 1,9 million
À l'aide du document et de vos connaissances, répondez aux questions.
Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée 7,3 %.
À partir des données, calculez l'ordre de grandeur de la population active en 2023.
Comparez le nombre de personnes dans le halo autour du chômage et le nombre de chômeurs.
Montrez que le taux de chômage ne suffit pas à mesurer la sous-utilisation de la main-d'œuvre.
Voir la réponse rédigée
1. Selon l'Insee, en 2023, en France hors Mayotte, 7,3 % des actifs de 15 ans ou plus étaient au chômage au sens du BIT, c'est-à-dire sans emploi, disponibles pour travailler et à la recherche active d'un emploi.
2. Le taux de chômage rapporte les chômeurs à la population active : taux = chômeurs ÷ population active × 100. Donc population active = chômeurs ÷ taux × 100 = 2,3 ÷ 7,3 × 100 ≈ 31,5 millions. Les données étant arrondies, on retient qu'environ 31 millions de personnes étaient actives en France en 2023.
3. 1,9 ÷ 2,3 × 100 ≈ 83 % : les personnes du halo représentent environ les quatre cinquièmes du nombre de chômeurs BIT. Autrement dit, en ajoutant chômeurs et halo, environ 4,2 millions de personnes sans emploi souhaitaient travailler en 2023, soit presque le double du nombre de chômeurs officiellement mesuré.
4. Le taux de chômage ne retient que les personnes qui remplissent les trois critères du BIT. Il laisse de côté le halo : des inactifs qui veulent travailler mais ne sont pas disponibles immédiatement ou ont renoncé à chercher, comme les chômeurs découragés — près de 1,9 million de personnes d'après le document. Il ignore aussi le sous-emploi, c'est-à-dire les personnes en emploi qui travaillent moins qu'elles ne le souhaitent (temps partiel subi, chômage partiel). Enfin, il ne dit rien de la part de la population qui travaille : le taux d'emploi de 68,4 % montre qu'environ un tiers des 15-64 ans n'occupe pas d'emploi (études, retraite, inactivité, chômage). Pour mesurer la sous-utilisation du travail, il faut donc croiser taux de chômage, halo, sous-emploi et taux d'emploi.
Ce que cette analyse apprend — Passer d'un taux à un effectif (et inversement) en revenant à la définition du taux, puis lire un indicateur à la lumière des autres.
Document 2 — Le taux de chômage en France de 2008 à 2023
Moyen
Série chronologique (taux de chômage annuel moyen au sens du BIT) · D'après Insee, enquête Emploi, taux de chômage annuels moyens au sens du BIT, France hors Mayotte, séries publiées en 2024 (valeurs arrondies au dixième)
La période couvre la crise financière de 2008-2009, la crise des dettes souveraines de la zone euro, puis la crise sanitaire de 2020. En 2020, le PIB français recule de plus de 7 %.
Année
2008
2009
2013
2015
2019
2020
2023
Taux de chômage (en % de la population active)
7,4
9,1
10,3
10,4
8,4
8,0
7,3
À l'aide du document et de vos connaissances, répondez aux questions.
Calculez la variation du taux de chômage entre 2008 et 2009, en points puis en pourcentage.
Calculez le taux de variation du taux de chômage entre 2015 et 2023 et rédigez une phrase de lecture.
Montrez que l'évolution de 2008-2009 illustre un chômage conjoncturel de type keynésien.
En 2020, le taux de chômage baisse alors que le PIB chute. Expliquez ce paradoxe.
Voir la réponse rédigée
1. Variation absolue : 9,1 − 7,4 = +1,7 point de pourcentage. Taux de variation : (9,1 − 7,4) ÷ 7,4 × 100 ≈ +23 %. Selon l'Insee, le taux de chômage en France a augmenté de 1,7 point entre 2008 et 2009, soit une hausse d'environ 23 % en un an.
2. (7,3 − 10,4) ÷ 10,4 × 100 ≈ −29,8 %. Selon l'Insee, le taux de chômage a baissé d'environ 30 % entre 2015 et 2023 en France hors Mayotte, passant de 10,4 % à 7,3 % des actifs, soit une baisse de 3,1 points.
3. La hausse de 2009 est brutale et coïncide avec une récession : après la faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008, le crédit se raréfie, l'investissement et les exportations s'effondrent, et le PIB français recule de l'ordre de 3 % en 2009. Les entreprises anticipent moins de débouchés : elles cessent d'embaucher, ne renouvellent pas les CDD et les missions d'intérim, puis licencient. C'est le mécanisme de la demande effective décrit par Keynes (1936) : l'emploi dépend de la production que les entreprises pensent vendre. Ni le coût du travail ni les qualifications des actifs n'ont changé en un an : la cause de la hausse est bien une insuffisance de la demande, donc un chômage conjoncturel de type keynésien. Le maintien du chômage au-dessus de 10 % en 2013-2015 suggère en outre un effet d'hystérèse.
4. La baisse de 2020 (de 8,4 % à 8,0 %) est en trompe-l'œil. D'une part, l'activité partielle a permis de conserver dans l'emploi plus de 8 millions de salariés au printemps 2020 : ils ne sont pas comptés comme chômeurs, mais relèvent du sous-emploi. D'autre part, pendant le confinement, beaucoup de personnes sans emploi ne pouvaient plus chercher activement ni être disponibles : ne remplissant plus les critères du BIT, elles sont passées du chômage vers le halo, donc vers l'inactivité. Le paradoxe montre qu'un taux de chômage doit toujours être lu avec le halo, le sous-emploi et le taux d'emploi.
Ce que cette analyse apprend — Distinguer variation en points et taux de variation, puis relier une évolution chiffrée à un mécanisme du programme et aux limites de l'indicateur.
Document 3 — Difficultés de recrutement et chômage en France
Moyen
Tableau de résultats d'enquête · D'après France Travail (ex-Pôle emploi), enquêtes Besoins en main-d'œuvre (BMO) 2019 et 2023, et Insee, enquête Emploi, 2024 (valeurs arrondies)
L'enquête BMO interroge chaque année les employeurs sur leurs intentions d'embauche et sur les difficultés qu'ils anticipent. Après la crise sanitaire, les « métiers en tension » (soins, transport, bâtiment, hôtellerie-restauration) sont au cœur du débat public.
2019
2023
Projets de recrutement déclarés par les employeurs
environ 2,7 millions
environ 3,0 millions
Part des projets jugés difficiles par les employeurs
environ 50 %
environ 61 %
Taux de chômage au sens du BIT
8,4 %
7,3 %
À l'aide du document et de vos connaissances, répondez aux questions.
Rédigez une phrase donnant la signification de la donnée 61 %.
Calculez le nombre approximatif de projets jugés difficiles en 2019 et en 2023, puis leur évolution en pourcentage.
Montrez que ces données révèlent des problèmes d'appariement sur le marché du travail.
Quelles politiques de lutte contre le chômage ces données appellent-elles ?
Voir la réponse rédigée
1. Selon l'enquête BMO de France Travail, en 2023, les employeurs jugeaient difficiles environ 61 % de leurs projets de recrutement, soit environ six projets sur dix.
2. En 2019 : 0,50 × 2,7 ≈ 1,35 million de projets jugés difficiles. En 2023 : 0,61 × 3,0 ≈ 1,83 million. Taux de variation : (1,83 − 1,35) ÷ 1,35 × 100 ≈ +36 %. Le nombre de projets de recrutement jugés difficiles a donc augmenté d'environ un tiers entre 2019 et 2023, plus vite que le nombre total de projets (environ +11 %).
3. Les difficultés de recrutement progressent alors que le taux de chômage reste supérieur à 7 % : des emplois vacants coexistent avec plus de deux millions de chômeurs. C'est le signe d'un mauvais appariement entre offre et demande de travail, source de chômage structurel. Il peut s'agir d'inadéquations de qualifications (les chômeurs n'ont pas les compétences des métiers recherchés, comme les aides-soignants ou les techniciens du bâtiment), d'inadéquations spatiales (emplois situés loin des chômeurs, logement cher, absence de transport) ou de frictions (temps de recherche, information imparfaite). La courbe de Beveridge décrit cette situation : pour un même taux de chômage, les emplois vacants sont plus nombreux. Il faut toutefois nuancer : un recrutement jugé « difficile » n'est pas un emploi non pourvu, et les difficultés tiennent parfois aux conditions de travail ou aux salaires proposés.
4. Une relance de la demande serait peu efficace : elle augmenterait les besoins des entreprises sans rendre les chômeurs plus employables, au risque de créer de l'inflation. Ces données appellent des politiques structurelles : formation des chômeurs aux métiers en tension, développement de l'apprentissage, aides à la mobilité géographique, meilleur accompagnement par le service public de l'emploi (France Travail, créé le 1er janvier 2024), et amélioration de l'attractivité des métiers concernés.
Ce que cette analyse apprend — Calculer un effectif à partir d'une proportion, puis mobiliser la notion d'appariement pour expliquer la coexistence d'emplois vacants et de chômage.
Document 4 — Chômage total et chômage des jeunes dans quelques pays européens en 2023
Difficile
Tableau de comparaison internationale · D'après Eurostat, enquête sur les forces de travail, taux de chômage annuels 2023, publication 2024 (valeurs arrondies à l'unité)
Eurostat harmonise les enquêtes nationales selon la définition du BIT, ce qui rend les taux comparables. Les pays retenus ont des institutions du marché du travail très différentes (apprentissage, contrats, salaire minimum).
Pays
Taux de chômage des 15-74 ans (en %)
Taux de chômage des 15-24 ans (en %)
Allemagne
3
6
France
7
17
Italie
8
23
Espagne
12
29
Union européenne (27 pays)
6
15
À l'aide du document et de vos connaissances, répondez aux questions.
Calculez, pour chaque pays, le rapport entre le taux de chômage des jeunes et le taux de chômage total. Que constatez-vous ?
Peut-on écrire qu'en Espagne, près de trois jeunes de 15 à 24 ans sur dix sont au chômage ? Justifiez.
Montrez que les institutions du marché du travail peuvent contribuer à expliquer les écarts entre pays.
Présentez les limites d'une comparaison fondée sur ces seuls taux.
Voir la réponse rédigée
1. Allemagne : 6 ÷ 3 = 2 ; France : 17 ÷ 7 ≈ 2,4 ; Italie : 23 ÷ 8 ≈ 2,9 ; Espagne : 29 ÷ 12 ≈ 2,4 ; Union européenne : 15 ÷ 6 = 2,5. Dans tous les pays, les jeunes actifs sont au moins deux fois plus touchés par le chômage que l'ensemble des actifs : en 2023, le taux de chômage des 15-24 ans est 2,5 fois plus élevé que le taux de chômage total dans l'Union européenne. Mais l'écart de niveau entre pays est considérable : le taux de chômage des jeunes est près de cinq fois plus élevé en Espagne qu'en Allemagne (29 ÷ 6 ≈ 4,8).
2. Non. Le taux de chômage rapporte les jeunes chômeurs aux seuls jeunes actifs. Or une grande partie des 15-24 ans poursuit des études et est inactive. Le document indique donc que 29 % des jeunes actifs espagnols sont au chômage ; la part des chômeurs dans l'ensemble des 15-24 ans (actifs et inactifs) est nettement plus faible. Plus les jeunes actifs sont peu nombreux, plus leur taux de chômage peut paraître élevé.
3. L'Allemagne dispose d'un système dual d'apprentissage : une grande partie des jeunes se forme en alternance dans l'entreprise qui les embauchera, ce qui réduit les inadéquations de qualifications et les frictions à l'entrée sur le marché du travail. L'Espagne présente au contraire un fort dualisme : des salariés en CDI protégés (insiders) et des jeunes en contrats temporaires (outsiders), premiers licenciés en cas de ralentissement, comme l'a montré la crise de 2008-2013, où le chômage total y a dépassé 25 %. En France, un salaire minimum élevé par rapport au salaire médian peut rendre coûteuse l'embauche de jeunes peu qualifiés, même si les allègements de cotisations en réduisent l'effet, et les sorties du système scolaire sans diplôme pèsent sur l'insertion. Ces institutions ne sont toutefois qu'une partie de l'explication : la conjoncture, la démographie et la structure productive comptent aussi.
4. Premièrement, les valeurs sont arrondies à l'unité : les rapports calculés ne sont que des ordres de grandeur. Deuxièmement, le taux de chômage des jeunes dépend de la part d'étudiants, qui varie selon les pays ; il faudrait le compléter par le taux d'emploi des jeunes et par la part des jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation. Troisièmement, un taux de chômage bas ne dit rien de la qualité des emplois : en Allemagne, les « mini-jobs » développés par les lois Hartz relèvent parfois du sous-emploi. Enfin, une seule année ne permet pas de distinguer ce qui relève de la conjoncture et ce qui relève du chômage structurel.
Ce que cette analyse apprend — Comparer des taux par des rapports, éviter la confusion taux de chômage / part des chômeurs, et faire la critique d'une comparaison internationale.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.