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Quels sont les grands équilibres macroéconomiques et le rôle des politiques conjoncturelles ?
Équilibres macroéconomiques, politique budgétaire et politique monétaire — programme de Spécialité SES Terminale
À propos de cette page
Les grands équilibres macroéconomiques : l'identité emplois-ressources
La macroéconomie étudie l'économie dans son ensemble, en analysant les grands agrégats comme le PIB, le chômage, l'inflation et la balance commerciale. L'un de ses fondements est l'identité comptable emplois-ressources, qui exprime l'équilibre entre ce que produit l'économie (les ressources) et l'usage de cette production (les emplois).
$$Y + M = C + I + G + X$$
Ou de façon équivalente :
$$Y = C + I + G + (X - M)$$
où $Y$ = PIB, $C$ = consommation des ménages, $I$ = investissement des entreprises, $G$ = dépenses publiques, $X$ = exportations, $M$ = importations, $(X-M)$ = solde commercial.
Cette identité est toujours vérifiée ex post (après les faits), car la variation des stocks permet d'équilibrer les deux membres. Elle ne signifie pas que l'économie est nécessairement en situation de plein emploi.
L'équilibre macroéconomique ne signifie pas l'absence de problèmes : une économie peut être en équilibre comptable tout en connaissant un chômage élevé ou une inflation importante. C'est pourquoi l'État et la banque centrale disposent d'instruments pour agir sur la conjoncture.
Le circuit économique et les déséquilibres conjoncturels
Le circuit économique représente les flux de biens, de services et de monnaie entre les agents économiques (ménages, entreprises, État, reste du monde). La conjoncture économique désigne l'état de l'économie à court terme, caractérisé par des phases d'expansion, de récession ou de crise.
Les déséquilibres conjoncturels principaux sont :
- Le chômage : excès d'offre de travail sur la demande de travail.
- L'inflation : hausse générale et durable du niveau des prix, mesurée par l'indice des prix à la consommation (IPC).
- Le déficit extérieur : les importations dépassent les exportations, signalant un manque de compétitivité.
- Le déficit budgétaire : les dépenses publiques excèdent les recettes fiscales.
Les objectifs des politiques conjoncturelles : le carré magique
Les politiques conjoncturelles cherchent à atteindre simultanément quatre grands objectifs macroéconomiques, regroupés par Nicholas Kaldor dans le carré magique (ou carré de Kaldor).
1. Croissance économique : taux de croissance du PIB élevé et stable.
2. Plein emploi : taux de chômage faible (voisin du taux de chômage frictionnel).
3. Stabilité des prix : inflation faible (proche de 2 % pour la BCE).
4. Équilibre extérieur : balance des paiements équilibrée (solde courant voisin de zéro).
Idéalement, le quadrilatère formé par les quatre indicateurs doit être le plus grand possible.
Ces quatre objectifs sont souvent contradictoires à court terme. Par exemple :
- Relancer la croissance peut aggraver l'inflation et le déficit extérieur (effet des importations).
- Lutter contre l'inflation via la hausse des taux peut provoquer du chômage.
- Réduire le déficit budgétaire peut freiner la croissance.
• Croissance ↔ Inflation (courbe de Phillips à court terme)
• Croissance ↔ Équilibre extérieur (la relance augmente les importations)
• Équilibre budgétaire ↔ Croissance (l'austérité freine la demande)
La politique budgétaire et le multiplicateur keynésien
La politique budgétaire désigne l'ensemble des décisions de l'État relatives aux dépenses publiques et aux recettes fiscales, dans le but d'influencer l'activité économique. Elle s'inscrit dans le cadre keynésien : l'État peut agir sur la demande globale pour corriger les déséquilibres conjoncturels.
Le multiplicateur keynésien explique pourquoi une dépense publique initiale a un effet amplifié sur le PIB. Si l'État dépense 100 millions d'euros supplémentaires, les entreprises qui remportent des marchés publics paient des salaires, les ménages consomment une partie de ces revenus, et ainsi de suite.
$$k = \frac{\Delta Y}{\Delta G} = \frac{1}{1 - c(1 - t) + m}$$
où $c$ = propension marginale à consommer, $t$ = taux d'imposition, $m$ = propension marginale à importer.
Si $c = 0{,}8$, $t = 0{,}2$, $m = 0{,}1$ : $k = \frac{1}{1 - 0{,}8 \times 0{,}8 + 0{,}1} = \frac{1}{0{,}46} \approx 2{,}2$
Le multiplicateur est d'autant plus élevé que la propension à consommer est forte et les « fuites » (impôts, importations, épargne) sont faibles. En économie ouverte, le multiplicateur est plus faible car une partie de la demande se reporte vers les importations.
Les limites de la politique budgétaire
Si la politique budgétaire peut être efficace à court terme, elle se heurte à plusieurs limites théoriques et pratiques.
1. L'effet d'éviction
2. L'équivalence ricardienne
3. Les contraintes institutionnelles
En zone euro, le Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC) impose aux États membres de ne pas dépasser un déficit public de 3 % du PIB et une dette publique de 60 % du PIB. Ces règles limitent la marge de manœuvre budgétaire des États.
4. Les délais de réaction
La politique budgétaire souffre de plusieurs types de délais : délai de décision (vote du budget), délai de mise en œuvre (passation des marchés) et délai d'effet (propagation dans l'économie). Ces délais peuvent rendre la politique procyclique si la conjoncture a changé entre la décision et l'effet.
La politique monétaire et ses instruments
La politique monétaire est conduite par la banque centrale. Dans la zone euro, c'est la Banque Centrale Européenne (BCE), indépendante des gouvernements, qui en est responsable. Son objectif principal est la stabilité des prix (inflation proche mais inférieure à 2 %).
La banque centrale agit principalement sur la liquidité bancaire et les taux d'intérêt.
• Taux directeurs : taux auxquels la BCE prête ou emprunte aux banques commerciales. En les relevant, elle rend le crédit plus cher et freine la demande (politique restrictive) ; en les abaissant, elle stimule le crédit et la demande (politique expansive).
• Réserves obligatoires : fraction des dépôts que les banques doivent immobiliser auprès de la banque centrale. Augmenter ce taux réduit la capacité des banques à créer de la monnaie.
• Opérations d'open market : achat ou vente de titres sur le marché monétaire pour injecter ou retirer des liquidités.
Depuis la crise de 2008, la BCE a eu recours à des politiques monétaires non conventionnelles :
- Quantitative easing (QE) : achat massif d'obligations d'État et d'entreprises pour injecter des liquidités et faire baisser les taux à long terme.
- LTRO / TLTRO : prêts à long terme aux banques à taux très bas (voire négatifs) pour encourager le crédit à l'économie réelle.
- Forward guidance : communication sur les intentions futures de la BCE pour ancrer les anticipations des marchés.
Les limites de la politique monétaire
Malgré sa flexibilité, la politique monétaire rencontre elle aussi des limites importantes.
1. La trappe à liquidités
Cette situation a été observée au Japon dans les années 1990-2000 et en zone euro après 2015 : malgré des taux nuls ou négatifs et un QE massif, l'inflation est restée sous la cible de 2 % jusqu'en 2021.
2. La séquence de transmission incertaine
La politique monétaire agit sur l'économie réelle via plusieurs canaux de transmission (canal du crédit, canal des prix d'actifs, canal du taux de change) dont les effets sont incertains et longs. L'effet sur l'inflation et la croissance peut prendre 12 à 24 mois.
3. L'indépendance de la BCE et le mandat unique
La BCE a pour mandat principal la stabilité des prix (article 127 du TFUE). Elle ne peut pas prioritairement viser la croissance ou l'emploi, contrairement à la Réserve Fédérale américaine (Fed) qui a un double mandat (prix + emploi). Cette contrainte institutionnelle limite la flexibilité de la politique monétaire en zone euro.
La coordination des politiques économiques en zone euro
Au sein de la zone euro, la politique monétaire est centralisée (BCE unique) mais la politique budgétaire reste décentralisée (chaque État fixe son propre budget). Cette asymétrie crée des difficultés de coordination.
La coordination pose plusieurs problèmes en zone euro :
- Problème du passager clandestin : un État peut mener une politique de relance dont les bénéfices se diffusent chez ses partenaires (via les exportations) mais dont le coût (dette) reste national.
- Choc asymétrique : la BCE fixe un taux directeur unique pour toute la zone, inadapté si les pays sont dans des situations conjoncturelles divergentes.
- Contraintes du PSC : le Pacte de Stabilité et de Croissance impose des règles budgétaires qui peuvent empêcher les États de mener des politiques contra-cycliques.
| Critère | Politique budgétaire | Politique monétaire |
|---|---|---|
| Acteur | État (gouvernement) | Banque centrale (BCE) |
| Instrument principal | Dépenses publiques / impôts | Taux directeurs / masse monétaire |
| Objectif premier | Croissance / emploi | Stabilité des prix |
| Contrainte principale | PSC (3% déficit, 60% dette) | Trappe à liquidités / mandat unique |
| Efficacité principale | Court terme (demande) | Moyen terme (inflation) |
- L'identité emplois-ressources $Y = C + I + G + (X-M)$ fonde l'équilibre macroéconomique comptable.
- Le carré magique de Kaldor définit quatre objectifs : croissance, plein emploi, stabilité des prix, équilibre extérieur — souvent contradictoires.
- La politique budgétaire agit sur la demande via les dépenses publiques et les impôts ; le multiplicateur keynésien amplifie l'effet initial.
- Les limites de la politique budgétaire : effet d'éviction, équivalence ricardienne, contraintes du PSC, délais.
- La politique monétaire est conduite par la BCE (indépendante) ; ses instruments principaux sont les taux directeurs et les opérations d'open market.
- Les limites de la politique monétaire : trappe à liquidités, délais de transmission, mandat unique de la BCE.
- Le policy mix est la combinaison des deux politiques ; la coordination est complexe en zone euro (politique monétaire unique, budgétaires décentralisées).
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