À propos de cette page
Ce cours de spécialité ses en terminale sur « Quels sont les grands équilibres macroéconomiques et le rôle des politiques conjoncturelles ? » suit le programme officiel de spécialité ses de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Les grands équilibres macroéconomiques : l'identité emplois-ressources, Le circuit économique et les déséquilibres conjoncturels, Les objectifs des politiques conjoncturelles : le carré magique, La politique budgétaire et le multiplicateur keynésien. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité ses.
Au programme
1 · Les grands équilibres macroéconomiques : l'identité emplois-ressources
2 · Le circuit économique et les déséquilibres conjoncturels
3 · Les objectifs des politiques conjoncturelles : le carré magique
4 · La politique budgétaire et le multiplicateur keynésien
5 · Les limites de la politique budgétaire
6 · La politique monétaire et ses instruments
7 · Les limites de la politique monétaire
8 · La coordination des politiques économiques en zone euro
1Les grands équilibres macroéconomiques : l'identité emplois-ressources
La macroéconomie étudie l'économie dans son ensemble, en analysant les grands agrégats comme le PIB, le chômage, l'inflation et la balance commerciale. L'un de ses fondements est l'identité comptable emplois-ressources, qui exprime l'équilibre entre ce que produit l'économie (les ressources) et l'usage de cette production (les emplois).
Identité emplois-ressources. À l'échelle d'une économie nationale ouverte :
$$Y + M = C + I + G + X$$
Ou de façon équivalente :
$$Y = C + I + G + (X - M)$$
où $Y$ = PIB, $C$ = consommation des ménages, $I$ = investissement des entreprises, $G$ = dépenses publiques, $X$ = exportations, $M$ = importations, $(X-M)$ = solde commercial.
Cette identité est toujours vérifiée ex post (après les faits), car la variation des stocks permet d'équilibrer les deux membres. Elle ne signifie pas que l'économie est nécessairement en situation de plein emploi.
Exemple. En France en 2022, le PIB était d'environ 2 800 milliards d'euros. La consommation des ménages représentait environ 54 % du PIB, l'investissement brut 25 %, les dépenses publiques 24 %, avec un léger déficit commercial.
L'équilibre macroéconomique ne signifie pas l'absence de problèmes : une économie peut être en équilibre comptable tout en connaissant un chômage élevé ou une inflation importante. C'est pourquoi l'État et la banque centrale disposent d'instruments pour agir sur la conjoncture.
2Le circuit économique et les déséquilibres conjoncturels
Le circuit économique représente les flux de biens, de services et de monnaie entre les agents économiques (ménages, entreprises, État, reste du monde). La conjoncture économique désigne l'état de l'économie à court terme, caractérisé par des phases d'expansion, de récession ou de crise.
Cycle économique. Suite de phases récurrentes de l'activité économique : expansion (croissance forte), ralentissement, récession (deux trimestres consécutifs de baisse du PIB), reprise. Les politiques conjoncturelles visent à lisser ces fluctuations.
Les déséquilibres conjoncturels principaux sont :
- Le chômage : excès d'offre de travail sur la demande de travail.
- L'inflation : hausse générale et durable du niveau des prix, mesurée par l'indice des prix à la consommation (IPC).
- Le déficit extérieur : les importations dépassent les exportations, signalant un manque de compétitivité.
- Le déficit budgétaire : les dépenses publiques excèdent les recettes fiscales.
Attention ! Ne pas confondre la conjoncture (court terme, fluctuations cycliques) et la structure (long terme, facteurs de croissance potentielle). Les politiques conjoncturelles agissent sur la demande à court terme ; les politiques structurelles modifient l'offre à long terme.
3Les objectifs des politiques conjoncturelles : le carré magique
Les politiques conjoncturelles cherchent à atteindre simultanément quatre grands objectifs macroéconomiques, regroupés par Nicholas Kaldor dans le carré magique (ou carré de Kaldor).
Carré magique de Kaldor. Les quatre objectifs sont :
1. Croissance économique : taux de croissance du PIB élevé et stable.
2. Plein emploi : taux de chômage faible (voisin du taux de chômage frictionnel).
3. Stabilité des prix : inflation faible (proche de 2 % pour la BCE).
4. Équilibre extérieur : balance des paiements équilibrée (solde courant voisin de zéro).
Idéalement, le quadrilatère formé par les quatre indicateurs doit être le plus grand possible.
Ces quatre objectifs sont souvent contradictoires à court terme. Par exemple :
- Relancer la croissance peut aggraver l'inflation et le déficit extérieur (effet des importations).
- Lutter contre l'inflation via la hausse des taux peut provoquer du chômage.
- Réduire le déficit budgétaire peut freiner la croissance.
Astuce. Pour retenir les tensions du carré magique, pensez aux arbitrages classiques :
• Croissance ↔ Inflation (courbe de Phillips à court terme)
• Croissance ↔ Équilibre extérieur (la relance augmente les importations)
• Équilibre budgétaire ↔ Croissance (l'austérité freine la demande)
Exemple. En 2021-2022, de nombreux pays développés ont connu une situation de forte croissance post-Covid accompagnée d'une inflation élevée (jusqu'à 8-10 % en zone euro en 2022), illustrant le conflit entre croissance et stabilité des prix.
4La politique budgétaire et le multiplicateur keynésien
La politique budgétaire désigne l'ensemble des décisions de l'État relatives aux dépenses publiques et aux recettes fiscales, dans le but d'influencer l'activité économique. Elle s'inscrit dans le cadre keynésien : l'État peut agir sur la demande globale pour corriger les déséquilibres conjoncturels.
Politique de relance budgétaire. L'État augmente ses dépenses ($\Delta G > 0$) et/ou réduit les impôts ($\Delta T < 0$) pour soutenir la demande globale et réduire le chômage. La politique d'austérité (ou de rigueur) fait l'inverse pour réduire l'inflation ou le déficit.
Le multiplicateur keynésien explique pourquoi une dépense publique initiale a un effet amplifié sur le PIB. Si l'État dépense 100 millions d'euros supplémentaires, les entreprises qui remportent des marchés publics paient des salaires, les ménages consomment une partie de ces revenus, et ainsi de suite.
Multiplicateur keynésien. Le multiplicateur $k$ est défini par :
$$k = \frac{\Delta Y}{\Delta G} = \frac{1}{1 - c(1 - t) + m}$$
où $c$ = propension marginale à consommer, $t$ = taux d'imposition, $m$ = propension marginale à importer.
Si $c = 0{,}8$, $t = 0{,}2$, $m = 0{,}1$ : $k = \frac{1}{1 - 0{,}8 \times 0{,}8 + 0{,}1} = \frac{1}{0{,}46} \approx 2{,}2$
Le multiplicateur est d'autant plus élevé que la propension à consommer est forte et les « fuites » (impôts, importations, épargne) sont faibles. En économie ouverte, le multiplicateur est plus faible car une partie de la demande se reporte vers les importations.
Exemple. Le plan de relance français de 2020 (France Relance) représentait 100 milliards d'euros d'investissements publics. Selon les estimations, le multiplicateur associé était de l'ordre de 1,5 à 2, générant donc une hausse du PIB de 150 à 200 milliards d'euros.
5Les limites de la politique budgétaire
Si la politique budgétaire peut être efficace à court terme, elle se heurte à plusieurs limites théoriques et pratiques.
1. L'effet d'éviction
Effet d'éviction. Lorsque l'État se finance par emprunt (déficit budgétaire), il entre en concurrence avec les entreprises sur le marché des capitaux. Cela peut faire monter les taux d'intérêt et décourager l'investissement privé, réduisant ainsi l'effet expansif de la dépense publique.
2. L'équivalence ricardienne
Équivalence ricardienne (Barro, 1974). Si les agents économiques sont rationnels et ont un horizon de long terme, ils anticipent que la dette publique d'aujourd'hui implique des impôts futurs plus élevés. Ils épargnent donc davantage en prévision de ces hausses fiscales futures, neutralisant l'effet de relance.
3. Les contraintes institutionnelles
En zone euro, le Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC) impose aux États membres de ne pas dépasser un déficit public de 3 % du PIB et une dette publique de 60 % du PIB. Ces règles limitent la marge de manœuvre budgétaire des États.
Attention ! Le multiplicateur budgétaire peut être négatif (effet récessif) si la politique d'austérité se déclenche en période de récession profonde, comme l'ont montré les travaux du FMI sur la crise grecque (2010-2015) : une réduction du déficit de 1 point de PIB peut réduire le PIB de 1,5 à 2 points.
4. Les délais de réaction
La politique budgétaire souffre de plusieurs types de délais : délai de décision (vote du budget), délai de mise en œuvre (passation des marchés) et délai d'effet (propagation dans l'économie). Ces délais peuvent rendre la politique procyclique si la conjoncture a changé entre la décision et l'effet.
Astuce. Les stabilisateurs automatiques (allocations chômage, impôt progressif sur le revenu) atténuent ce problème de délai car ils jouent automatiquement, sans décision discrétionnaire, en amplifiant les revenus en récession et les modérant en expansion.
6La politique monétaire et ses instruments
La politique monétaire est conduite par la banque centrale. Dans la zone euro, c'est la Banque Centrale Européenne (BCE), indépendante des gouvernements, qui en est responsable. Son objectif principal est la stabilité des prix (inflation proche mais inférieure à 2 %).
La banque centrale agit principalement sur la liquidité bancaire et les taux d'intérêt.
Instruments de la politique monétaire.
• Taux directeurs : taux auxquels la BCE prête ou emprunte aux banques commerciales. En les relevant, elle rend le crédit plus cher et freine la demande (politique restrictive) ; en les abaissant, elle stimule le crédit et la demande (politique expansive).
• Réserves obligatoires : fraction des dépôts que les banques doivent immobiliser auprès de la banque centrale. Augmenter ce taux réduit la capacité des banques à créer de la monnaie.
• Opérations d'open market : achat ou vente de titres sur le marché monétaire pour injecter ou retirer des liquidités.
Depuis la crise de 2008, la BCE a eu recours à des politiques monétaires non conventionnelles :
- Quantitative easing (QE) : achat massif d'obligations d'État et d'entreprises pour injecter des liquidités et faire baisser les taux à long terme.
- LTRO / TLTRO : prêts à long terme aux banques à taux très bas (voire négatifs) pour encourager le crédit à l'économie réelle.
- Forward guidance : communication sur les intentions futures de la BCE pour ancrer les anticipations des marchés.
Exemple. Face à l'inflation de 2022, la BCE a relevé ses taux directeurs de 0 % à 4,5 % entre juillet 2022 et septembre 2023, au rythme le plus rapide de son histoire, pour lutter contre une inflation de 8,5 % en 2022.
7Les limites de la politique monétaire
Malgré sa flexibilité, la politique monétaire rencontre elle aussi des limites importantes.
1. La trappe à liquidités
Trappe à liquidités (Keynes). Lorsque les taux d'intérêt sont proches de zéro, la politique monétaire expansive devient inefficace : les agents préfèrent détenir de la monnaie liquide plutôt que d'investir, car ils anticipent une baisse des prix des actifs. Baisser encore les taux ne stimule plus la demande.
Cette situation a été observée au Japon dans les années 1990-2000 et en zone euro après 2015 : malgré des taux nuls ou négatifs et un QE massif, l'inflation est restée sous la cible de 2 % jusqu'en 2021.
2. La séquence de transmission incertaine
La politique monétaire agit sur l'économie réelle via plusieurs canaux de transmission (canal du crédit, canal des prix d'actifs, canal du taux de change) dont les effets sont incertains et longs. L'effet sur l'inflation et la croissance peut prendre 12 à 24 mois.
3. L'indépendance de la BCE et le mandat unique
La BCE a pour mandat principal la stabilité des prix (article 127 du TFUE). Elle ne peut pas prioritairement viser la croissance ou l'emploi, contrairement à la Réserve Fédérale américaine (Fed) qui a un double mandat (prix + emploi). Cette contrainte institutionnelle limite la flexibilité de la politique monétaire en zone euro.
Attention ! Ne pas confondre la politique monétaire conventionnelle (manipulation des taux directeurs) et non conventionnelle (QE, LTRO). Les instruments non conventionnels ont été déployés quand les taux directeurs avaient atteint leur plancher (zero lower bound).
8La coordination des politiques économiques en zone euro
Au sein de la zone euro, la politique monétaire est centralisée (BCE unique) mais la politique budgétaire reste décentralisée (chaque État fixe son propre budget). Cette asymétrie crée des difficultés de coordination.
Policy mix. Combinaison de la politique budgétaire et de la politique monétaire pour atteindre les objectifs macroéconomiques. Un policy mix expansif (relance budgétaire + politique monétaire accommodante) soutient la demande ; un policy mix restrictif (austérité + hausse des taux) freine l'économie pour lutter contre l'inflation.
La coordination pose plusieurs problèmes en zone euro :
- Problème du passager clandestin : un État peut mener une politique de relance dont les bénéfices se diffusent chez ses partenaires (via les exportations) mais dont le coût (dette) reste national.
- Choc asymétrique : la BCE fixe un taux directeur unique pour toute la zone, inadapté si les pays sont dans des situations conjoncturelles divergentes.
- Contraintes du PSC : le Pacte de Stabilité et de Croissance impose des règles budgétaires qui peuvent empêcher les États de mener des politiques contra-cycliques.
Exemple. Lors de la crise de la Covid-19, l'UE a activé la clause dérogatoire générale du PSC en 2020 pour suspendre les règles budgétaires et permettre aux États de financer massivement leurs plans de relance. La BCE a également lancé le PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) de 1 750 milliards d'euros pour stabiliser les marchés de dettes souveraines.
Astuce. Pour le Bac, maîtrisez le tableau suivant pour distinguer rapidement politique budgétaire et politique monétaire :
| Critère | Politique budgétaire | Politique monétaire |
|---|
| Acteur | État (gouvernement) | Banque centrale (BCE) |
| Instrument principal | Dépenses publiques / impôts | Taux directeurs / masse monétaire |
| Objectif premier | Croissance / emploi | Stabilité des prix |
| Contrainte principale | PSC (3% déficit, 60% dette) | Trappe à liquidités / mandat unique |
| Efficacité principale | Court terme (demande) | Moyen terme (inflation) |
★À retenir
En bref :
• L'identité emplois-ressources $Y = C + I + G + (X-M)$ fonde l'équilibre macroéconomique comptable.
• Le carré magique de Kaldor définit quatre objectifs : croissance, plein emploi, stabilité des prix, équilibre extérieur — souvent contradictoires.
• La politique budgétaire agit sur la demande via les dépenses publiques et les impôts ; le multiplicateur keynésien amplifie l'effet initial.
• Les limites de la politique budgétaire : effet d'éviction, équivalence ricardienne, contraintes du PSC, délais.
• La politique monétaire est conduite par la BCE (indépendante) ; ses instruments principaux sont les taux directeurs et les opérations d'open market.
• Les limites de la politique monétaire : trappe à liquidités, délais de transmission, mandat unique de la BCE.
• Le policy mix est la combinaison des deux politiques ; la coordination est complexe en zone euro (politique monétaire unique, budgétaires décentralisées).