Un usage politique est l'emploi du patrimoine par un pouvoir (État, régime, groupe armé) pour légitimer, rassembler, dominer ou influencer. Le sujet s'ouvre au XIXe siècle, quand naissent les politiques patrimoniales nationales, et va jusqu'aux usages diplomatiques contemporains, à toutes les échelles.
Comment et pourquoi les pouvoirs se sont-ils servis du patrimoine, pour construire, détruire ou rayonner, depuis le XIXe siècle ?
Le plan en trois parties
Légitimer et rassembler : le patrimoine au service de la nation
- Les régimes réemploient les lieux du passé pour se légitimer.Musée « À toutes les gloires de la France » à Versailles (10 juin 1837).
- Le patrimoine fonde l'identité des nations nouvelles.Acropole symbole de la Grèce indépendante (1830) ; loi française sur les monuments historiques (1913).
Dominer et effacer : le patrimoine comme cible
- Humilier le vaincu en pillant ou en brûlant son patrimoine.Sac du palais d'Été (octobre 1860) ; proclamation de l'Empire allemand dans la galerie des Glaces (18 janvier 1871).
- Détruire pour effacer une identité.Pont de Mostar (1993) ; Bouddhas de Bamiyan (2001) ; mausolées de Tombouctou (2012).
- Reconquérir un site pour mettre en scène sa victoire.Concert du Mariinsky dans le théâtre de Palmyre (5 mai 2016).
Rayonner et négocier : le patrimoine dans les relations internationales
- Le patrimoine sert de décor et d'outil à la diplomatie.Traité de Versailles (28 juin 1919) ; dîner d'État de Charles III (20 septembre 2023) ; Louvre Abu Dhabi (2017).
- Les inscriptions à l'UNESCO deviennent des enjeux politiques.Preah Vihear (2008) ; Hébron (2017) et retrait des États-Unis et d'Israël.
- Les restitutions deviennent des gestes diplomatiques.Discours de Ouagadougou (2017) ; fragments du Parthénon rendus par le Vatican (2023).
Les communautés locales, désormais reconnues par la Convention de 2003, peuvent-elles soustraire le patrimoine aux seuls usages des États ?