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Thème 1 — Axe 2 : enjeux diplomatiques et coopérations
Station spatiale internationale, ZEE et convention de Montego Bay, haute mer, la Chine à la conquête de l'espace et des mers (spécialité HGGSP de Tle)
À propos de cette page
Les repères à connaître
16 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 1609Hugo Grotius publie Mare liberumFonde le principe de liberté des mers, encore au cœur du régime de la haute mer.
- 28 septembre 1945Proclamation Truman sur le plateau continentalOuvre la territorialisation des mers : les États côtiers revendiquent les ressources au large.
- 27 janvier 1967Traité de l'espace ouvert à la signaturePose la non-appropriation de l'espace et des corps célestes (article II).
- 17 juillet 1975Amarrage Apollo-SoyouzPremière coopération spatiale habitée américano-soviétique, geste de détente.
- 10 décembre 1982Signature de la convention de Montego BayDéfinit mer territoriale, ZEE de 200 milles, haute mer et patrimoine commun des grands fonds.
- 16 novembre 1994Entrée en vigueur de la conventionAprès l'accord sur la partie XI ; naissance de l'Autorité internationale des fonds marins.
- 29 janvier 1998Accord intergouvernemental sur l'ISS15 États s'engagent ; le module russe Zarya est lancé le 20 novembre suivant.
- 2 novembre 2000Premier équipage à bord de l'ISSDébut d'une présence humaine permanente dans l'espace.
- 15 octobre 2003Yang Liwei, premier taïkonaute (Shenzhou 5)La Chine devient la troisième puissance à envoyer seule un homme dans l'espace.
- 2011Amendement Wolf ; retrait de la navette américaineLa Chine est tenue hors de l'ISS ; les Soyouz deviennent le seul accès à la station jusqu'en 2020.
- 2013Routes de la soie maritimes ; début des îles artificielles aux SpratleysDouble affirmation chinoise : commerciale et territoriale.
- 12 juillet 2016Sentence arbitrale Philippines c. ChineNie toute base juridique aux droits historiques de la ligne en neuf traits ; Pékin la rejette.
- 13 octobre 2020Accords ArtemisLes États-Unis fédèrent des partenaires autour de règles d'exploration de la Lune.
- 29 avril 2021Lancement de Tianhe, module central de TiangongLa Chine se dote de sa propre station, achevée fin 2022.
- 19 juin 2023Adoption de l'accord sur la haute mer (BBNJ)Premier cadre pour des aires marines protégées en haute mer ; en vigueur le 17 janvier 2026.
- vers 2030Fin prévue de l'ISSQuestion de l'après-station : stations privées, station chinoise, coopérations lunaires en blocs.
Mers et espace : deux espaces communs, deux régimes juridiques
Les océans (environ 71 % de la surface du globe) et l'espace extra-atmosphérique ont des traits communs : ce sont des milieux hostiles à l'homme, dont la maîtrise exige des technologies coûteuses, et qui échappent en grande partie à la souveraineté des États. Ils sont donc à la fois des terrains de rivalités et des lieux où la coopération est indispensable.
Sur mer, un droit né de la liberté, puis de l'appropriation. En 1609, le juriste hollandais Hugo Grotius défend dans Mare liberum la liberté des mers pour les navires de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ; l'Anglais John Selden lui oppose Mare clausum en 1635. Pendant trois siècles, la mer territoriale se limite à une bande étroite, souvent 3 milles. Le 28 septembre 1945, la proclamation Truman revendique pour les États-Unis les ressources de leur plateau continental ; le Chili, l'Équateur et le Pérou réclament 200 milles par la déclaration de Santiago (1952). Cette territorialisation des mers aboutit à la convention de Montego Bay (1982).
Dans l'espace, un droit né de la guerre froide. L'ONU crée en 1959 le Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique (COPUOS). Le traité de l'espace, ouvert à la signature le 27 janvier 1967, pose trois principes : l'exploration est « l'apanage de l'humanité tout entière » (article I) ; l'espace et les corps célestes ne peuvent faire l'objet d'« appropriation nationale » (article II) ; aucune arme nucléaire ne peut être placée en orbite (article IV). Suivent les accords sur le sauvetage des astronautes (1968), la responsabilité (1972), l'immatriculation des objets spatiaux (1975) et l'accord sur la Lune (1979), qu'aucune grande puissance spatiale n'a ratifié.
Différence majeure : les mers ont été en partie appropriées par les États côtiers, l'espace reste juridiquement inappropriable.
Coopérer pour la recherche : la naissance de la Station spatiale internationale
La coopération spatiale commence en pleine guerre froide. Le 17 juillet 1975, une capsule Apollo s'amarre à un vaisseau Soyouz : la poignée de main des équipages américain et soviétique est un geste de détente plus qu'un programme scientifique. En 1979, le Canada, la France, les États-Unis et l'URSS lancent COSPAS-SARSAT, système de repérage par satellite des balises de détresse.
De Freedom à l'ISS. Le 25 janvier 1984, Ronald Reagan annonce une station habitée en permanence, baptisée Freedom, ouverte aux alliés : l'Europe, le Japon et le Canada y adhèrent par un accord de 1988. Le projet prend du retard et son coût s'envole. La fin de l'URSS change la donne : en 1993, l'accord Gore-Tchernomyrdine intègre la Russie. Washington y gagne l'expérience russe des vols de longue durée (station Mir) et maintient au travail des ingénieurs qui auraient pu vendre leur savoir-faire balistique ; Moscou y trouve des financements. Le programme navette-Mir (1995-1998) sert de répétition.
Un traité fondateur. Le 29 janvier 1998, à Washington, 15 États signent l'accord intergouvernemental sur la Station spatiale internationale : États-Unis, Russie, Japon, Canada et 11 membres de l'Agence spatiale européenne. Cinq agences la mettent en œuvre (NASA, Roscosmos, ESA, JAXA, Agence spatiale canadienne). Chaque partenaire garde juridiction sur les éléments qu'il fournit et sur ses ressortissants ; les contributions sont compensées par des échanges de services (lancements, temps d'expérience) plutôt que par des paiements.
L'assemblage. Le module russe Zarya est lancé de Baïkonour le 20 novembre 1998, le nœud américain Unity le 4 décembre. Le 2 novembre 2000, le premier équipage (un Américain, deux Russes) s'installe : la station n'a plus jamais été inoccupée depuis. Le laboratoire européen Columbus arrive en 2008, le japonais Kibo entre 2008 et 2009. L'ensemble, d'environ 420 tonnes, tourne à quelque 400 km d'altitude ; son coût total dépasse la centaine de milliards de dollars, selon des estimations qui varient avec les méthodes de calcul.
L'ISS, une coopération fondée sur l'interdépendance, et ses limites
Une interdépendance voulue. Le segment russe assure l'essentiel de la propulsion et des corrections d'orbite ; le segment américain fournit la plus grande part de l'énergie électrique. Aucun partenaire ne peut faire fonctionner seul la station. La dépendance devient flagrante quand la navette américaine est retirée, en juillet 2011 : jusqu'au premier vol opérationnel de la capsule Crew Dragon de SpaceX, en novembre 2020, les Soyouz russes sont le seul moyen d'y envoyer des équipages, à plusieurs dizaines de millions de dollars le siège.
Une coopération qui résiste aux crises, sans en sortir indemne. Après l'annexion de la Crimée (2014), les sanctions épargnent la station. Après l'invasion de l'Ukraine (24 février 2022), l'ESA suspend la mission martienne ExoMars menée avec Roscosmos et les Soyouz quittent Kourou ; mais la station continue, et la NASA et Roscosmos signent en juillet 2022 un accord d'échange de sièges. La Russie annonce la même année son retrait « après 2024 », puis s'engage jusqu'en 2028. La fin de la station est prévue vers 2030 : en 2024, la NASA confie à SpaceX le véhicule chargé de la désorbiter.
Une coopération sélective. La Chine en est exclue : en 2011, l'amendement Wolf interdit à la NASA toute coopération bilatérale avec elle sans l'accord du Congrès. Pékin construit donc sa propre station, Tiangong, dont le module central Tianhe est lancé le 29 avril 2021 ; elle y accueille des expériences étrangères sélectionnées avec le Bureau des affaires spatiales de l'ONU.
D'autres coopérations scientifiques. Le télescope James Webb, associant la NASA, l'ESA et l'Agence spatiale canadienne, est lancé par une Ariane 5 depuis Kourou le 25 décembre 2021. Depuis 2000, la charte internationale « Espace et catastrophes majeures », à l'initiative du CNES et de l'ESA, mobilise gratuitement les satellites de ses membres après un séisme ou une inondation.
Partager les mers : ZEE et convention de Montego Bay
Négociée de 1973 à 1982 lors de la troisième conférence des Nations unies sur le droit de la mer, la convention est signée à Montego Bay (Jamaïque) le 10 décembre 1982 et entre en vigueur le 16 novembre 1994. Elle compte près de 170 parties ; les États-Unis en appliquent l'essentiel comme droit coutumier mais ne l'ont jamais ratifiée, car ils refusaient le régime des grands fonds (partie XI), assoupli par un accord de 1994.
| Espace | Largeur | Droits de l'État côtier |
|---|---|---|
| Mer territoriale | 12 milles marins (22 km) | Souveraineté, sous réserve du passage inoffensif |
| Zone contiguë | 24 milles | Contrôles douaniers, sanitaires, migratoires |
| ZEE | 200 milles (370 km) | Droits souverains sur les ressources ; navigation libre |
| Plateau continental étendu | jusqu'à 350 milles | Ressources du sol et du sous-sol seulement |
| Haute mer | au-delà des ZEE | Aucun : libertés de tous les États |
| « Zone » (grands fonds) | au-delà des plateaux | Patrimoine commun de l'humanité |
Des institutions de coopération. La convention crée le Tribunal international du droit de la mer (Hambourg), l'Autorité internationale des fonds marins (Kingston) et la Commission des limites du plateau continental (New York). En 2012, le Tribunal trace la frontière maritime entre le Bangladesh et la Birmanie : un différend réglé par le droit.
Des ZEE inégales. Les ZEE couvrent un peu plus d'un tiers de la surface océanique. Grâce à ses outre-mer, la France dispose d'environ 10 à 11 millions de km² selon les modes de calcul, au deuxième rang mondial derrière les États-Unis ; l'atoll inhabité de Clipperton lui ouvre à lui seul une vaste ZEE dans le Pacifique. Son programme EXTRAPLAC (depuis 2002) a obtenu des extensions de plateau continental.
Des contentieux persistants. Madagascar revendique les îles Éparses, Maurice Tromelin ; en 2020, la Grèce et la Turquie, non partie à la convention, s'opposent en Méditerranée orientale autour de l'exploration gazière. L'article 121 prive de ZEE les rochers impropres à l'habitation : d'où l'intérêt de transformer des récifs en îles.
Exploiter et préserver : pêche, grands fonds, haute mer
La pêche, ressource commune menacée. Selon la FAO (rapport de 2024), plus d'un tiers des stocks de poissons évalués sont surexploités. La gestion passe par des organisations régionales de gestion des pêches (ORGP), qui fixent des quotas : la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT, 1966) adopte en 2007 un plan de reconstitution du thon rouge, dont les stocks se sont depuis redressés. En juin 2022, l'OMC adopte un accord interdisant les subventions à la pêche illicite et aux stocks surexploités.
Les grands fonds, patrimoine commun convoité. Les nodules polymétalliques (manganèse, nickel, cobalt) de la zone de Clarion-Clipperton, dans le Pacifique, attirent États et entreprises. L'Autorité internationale des fonds marins a attribué une trentaine de contrats d'exploration mais n'a toujours pas adopté de code minier. En 2021, Nauru, associé à une entreprise canadienne, déclenche une procédure pour en forcer l'adoption ; la France plaide depuis 2022 pour l'interdiction de l'exploitation ; en avril 2025, un décret présidentiel de Donald Trump ordonne d'accélérer la délivrance de permis américains, hors du cadre de l'Autorité.
La haute mer, longtemps sans règles de protection. Environ deux tiers de l'océan échappent à toute juridiction nationale. Adopté à l'ONU le 19 juin 2023, l'accord sur la biodiversité marine des zones situées au-delà des juridictions nationales (BBNJ) permet de créer des aires marines protégées en haute mer, impose des études d'impact et organise le partage des bénéfices tirés des ressources génétiques marines. Ayant atteint 60 ratifications en septembre 2025, il est entré en vigueur le 17 janvier 2026. Il sert l'objectif « 30x30 » adopté à Kunming-Montréal (décembre 2022) : protéger 30 % des terres et des mers d'ici 2030.
Objet conclusif : la Chine à la conquête de l'espace, des mers et des océans
Une volonté politique affichée. En novembre 2012, le XVIIIe congrès du Parti communiste fixe l'objectif de faire de la Chine une « puissance maritime » ; Xi Jinping, qui prend la tête du Parti au même moment, inscrit l'espace et la mer dans le « rêve chinois » de renaissance nationale. Les investissements suivent, planifiés sur des décennies.
Dans l'espace, un programme complet et autonome. Yang Liwei devient le premier taïkonaute le 15 octobre 2003 (Shenzhou 5). Chang'e 4 se pose sur la face cachée de la Lune le 3 janvier 2019, une première mondiale ; Chang'e 5 (2020) puis Chang'e 6 (2024, face cachée) rapportent des échantillons ; le rover Zhurong roule sur Mars en 2021. Le système de positionnement Beidou, complet en 2020, concurrence le GPS. Exclue de l'ISS, la Chine achève sa station Tiangong fin 2022 et vise un équipage sur la Lune avant 2030. Depuis 2021, elle propose avec la Russie une Station internationale de recherche lunaire, rivale du programme américain Artemis.
Sur les mers, une puissance navale et commerciale. La marine chinoise est devenue la première du monde par le nombre de bâtiments (plus de 350 selon le Pentagone en 2023) ; elle aligne les porte-avions Liaoning (2012) et Shandong (2019), le Fujian ayant été lancé en 2022. La Chine ouvre à Djibouti sa première base militaire à l'étranger (1er août 2017). Les « routes de la soie » maritimes, annoncées en 2013, s'appuient sur des ports : Le Pirée, contrôlé par l'armateur public COSCO depuis 2016 ; Hambantota, au Sri Lanka, concédé pour 99 ans en 2017.
Des limites. En mer de Chine méridionale, la Chine revendique la plus grande partie de la mer selon la « ligne en neuf traits », transforme depuis 2013 des récifs des Spratleys en îles artificielles et rejette la sentence arbitrale du 12 juillet 2016. Ces revendications inquiètent ses voisins, rapprochent l'Inde, le Japon, l'Australie et les États-Unis au sein du Quad et suscitent l'alliance AUKUS (2021). Sa dépendance au détroit de Malacca, par où transite une grande partie de ses importations de pétrole, reste une vulnérabilité.
Pièges et nuances à maîtriser
• ZEE ≠ territoire. Dans la ZEE, l'État côtier n'a que des « droits souverains » sur les ressources ; les navires et avions étrangers y circulent librement. Écrire que la France est « souveraine » sur 10 millions de km² est un contresens.
• Haute mer ≠ patrimoine commun de l'humanité. Dans la convention de 1982, le patrimoine commun désigne la « Zone », c'est-à-dire les grands fonds et leurs ressources minérales ; la colonne d'eau de haute mer relève, elle, des libertés (article 87).
• Non-appropriation ≠ interdiction d'exploiter. Le traité de 1967 interdit l'appropriation nationale des astres ; il ne dit rien de clair sur les ressources extraites. D'où les lois américaine (2015) et luxembourgeoise (2017).
• ISS ≠ projet de l'ONU. C'est un accord entre 15 États et 5 agences, pas une organisation universelle ; la Chine en est exclue.
• Chine ≠ hors du droit. Elle a ratifié la convention en 1996 ; elle en conteste l'interprétation en invoquant des « droits historiques ».
• Ne pas refaire l'axe 1. La course à l'espace et la dissuasion nucléaire océanique ne servent ici que d'arrière-plan : le cœur du sujet, ce sont les accords, les institutions et leurs limites.
Débats à connaître. Les juristes discutent la portée du « patrimoine commun de l'humanité » (Arvid Pardo, 1967) : principe de partage réel ou formule sans moyens ? Les géographes parlent de territorialisation ou de « fermeture » des mers depuis 1945, tandis que les spécialistes de relations internationales insistent sur une coopération « à géométrie variable » : des clubs (ISS, accords Artemis, ORGP) plutôt qu'un cadre universel. Une bonne copie montre que la coopération est elle-même un outil de puissance.
- Mers et espace sont des espaces communs, mais les mers ont été en partie appropriées (ZEE) alors que l'espace reste inappropriable (traité de 1967).
- L'ISS (accord du 29 janvier 1998, 15 États, occupée depuis le 2 novembre 2000) est une coopération scientifique fondée sur l'interdépendance, qui a résisté aux crises de 2014 et 2022 mais exclut la Chine et doit prendre fin vers 2030.
- La convention de Montego Bay (1982, en vigueur 1994) répartit les mers : 12 milles de souveraineté, 200 milles de droits sur les ressources, haute mer libre, grands fonds patrimoine commun.
- Exploiter et préserver : ORGP et quotas, Autorité des fonds marins sans code minier, accord sur la haute mer (2023, en vigueur en 2026).
- La Chine s'affirme dans l'espace (Tiangong, Chang'e, Beidou) et sur les mers (marine, Djibouti, routes de la soie), mais se heurte au droit (sentence de 2016), à ses voisins et aux alliances américaines.
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