Le texte examine une expression courante pour en montrer l'absurdité logique, puis distingue la force et le devoir, avant de conclure que seules des conventions peuvent fonder l'autorité. La thèse est que le droit du plus fort est une contradiction dans les termes.
L'obéissance à la force peut-elle jamais devenir un devoir ?
Le plan en trois parties
Premier moment : l'examen d'une formule reçue
- Le texte prend au sérieux une expression admise pour en éprouver la cohérence : c'est un travail sur les mots.Rousseau, Du contrat social, I, 3
- La force est une puissance physique, le droit une relation morale : l'un ne produit pas l'autre.Rousseau, Du contrat social, I, 3
- Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté : au mieux un acte de prudence.Rousseau, Du contrat social, I, 3
Deuxième moment : l'absurdité logique du prétendu droit
- Si la force fait le droit, tout changement de force change le droit : l'obligation disparaît avec la puissance.Rousseau, Du contrat social, I, 3
- Un droit qui périt dès qu'on peut désobéir n'oblige personne : le mot droit n'ajoute rien à la force.Rousseau, Du contrat social, I, 3
- Contre Hobbes, la légitimité ne peut donc dériver de la seule capacité de contraindre.Hobbes, Léviathan, XIII
Troisième moment : la convention comme seule base de l'autorité
- Nul n'ayant d'autorité naturelle sur son semblable, les conventions restent la base de toute autorité légitime.Rousseau, Du contrat social, I, 4
- L'obéissance légitime suppose un engagement, donc une volonté qui reconnaît la loi comme sienne.Rousseau, Du contrat social, I, 6
- Kant retrouvera ce geste dans la morale : n'obéir qu'à la loi que l'on s'est donnée, c'est l'autonomie.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
Une convention peut-elle légitimer n'importe quelle autorité, ou suppose-t-elle elle-même des conditions de justice ?