À propos de cette page
Ce cours de philosophie en terminale sur « Le bonheur » suit le programme officiel de philosophie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce que le bonheur ? Le problème d'une définition, Le désir : obstacle ou chemin vers le bonheur ?, L'épicurisme : le bonheur comme ataraxie, Le stoïcisme : bonheur et maîtrise de soi. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en philosophie.
Au programme
1 · Qu'est-ce que le bonheur ? Le problème d'une définition
2 · Le désir : obstacle ou chemin vers le bonheur ?
3 · L'épicurisme : le bonheur comme ataraxie
4 · Le stoïcisme : bonheur et maîtrise de soi
5 · Aristote : l'eudémonisme et la vie bonne
6 · Kant : bonheur et morale sont-ils compatibles ?
7 · L'utilitarisme : bonheur collectif et calcul
8 · Peut-on apprendre à être heureux ? Bonheur et liberté
1Qu'est-ce que le bonheur ? Le problème d'une définition
Le mot bonheur vient de l'ancien français bon heur, c'est-à-dire la bonne fortune, le destin favorable. Mais dès lors que la philosophie s'en empare, le bonheur cesse d'être une faveur du hasard pour devenir une question éthique : peut-on le définir, le chercher, l'atteindre ?
Définition. Le bonheur désigne un état de satisfaction global et durable de l'existence, par opposition au plaisir ponctuel ou au simple contentement passager. C'est la vie que l'on juge réussie dans son ensemble.
Trois difficultés surgissent immédiatement :
- Le bonheur est subjectif : ce qui rend heureux varie d'un individu à l'autre.
- Il est difficile à saisir dans le présent : Aristote remarque que l'on ne peut appeler heureux quelqu'un avant la fin de sa vie (Éthique à Nicomaque).
- Le bonheur parfait est peut-être inaccessible : tout désir satisfait en appelle un autre, et la mort met fin à toute expérience.
Attention ! Ne confondez pas bonheur (état durable, total) et plaisir (satisfaction partielle et momentanée), ni bonheur et béatitude (joie parfaite, souvent de nature religieuse).
Carte mentale : le bonheur et ses notions voisines
2Le désir : obstacle ou chemin vers le bonheur ?
Le désir est souvent présenté comme le moteur de l'existence, mais aussi comme la source principale de notre malheur. Schopenhauer voit dans le désir un manque fondamental : désirer, c'est souffrir du manque ; obtenir, c'est ressentir l'ennui ; puis un nouveau désir surgit. L'existence humaine oscille ainsi entre la souffrance et l'ennui.
Repère : en acte / en puissance. Pour Aristote, le désir est un appétit qui pousse vers ce qui est perçu comme bien. Il peut orienter vers le vrai bien (la vertu) ou vers un bien apparent (le plaisir immédiat).
Deux positions s'affrontent :
| Position | Thèse | Auteur |
|---|
| Le désir comme obstacle | Désirer, c'est manquer ; l'assouvissement est provisoire, le cycle de la souffrance est sans fin. | Schopenhauer, Le Monde comme volonté et représentation |
| Le désir comme puissance | Le désir est l'essence de l'homme ; il faut non le supprimer mais l'orienter vers ce qui est véritablement bon. | Spinoza, Éthique |
Exemple. Spinoza écrit : « Le désir est l'essence même de l'homme. » Selon lui, on n'est pas triste parce qu'on désire, mais on désire parce qu'on est triste ou joyeux. Augmenter sa puissance d'agir (la conatus), c'est se rapprocher du bonheur.
3L'épicurisme : le bonheur comme ataraxie
Pour Épicure (341-270 av. J.-C.), le bonheur est possible et il tient en un mot : ataraxie, l'absence de troubles de l'âme, associée à l'aponie (absence de douleur du corps).
Ataraxie. Du grec a-taraxia (sans trouble) : état de tranquillité parfaite de l'âme, libérée des fausses croyances et des désirs vains.
Épicure distingue trois types de désirs :
- Désirs naturels et nécessaires (manger, boire, se réchauffer) → à satisfaire : ils conditionnent la santé et la vie.
- Désirs naturels mais non nécessaires (la gourmandise, l'amour romantique) → à limiter : ils procurent du plaisir mais peuvent créer une dépendance.
- Désirs vains et non naturels (richesse, gloire, immortalité) → à supprimer : ils sont illusoires et ne peuvent être assouvis.
Astuce bac. L'épicurisme n'est PAS une philosophie du plaisir débridé : c'est une philosophie de la sobriété heureuse. Le plaisir visé est le plaisir catastématique (état de repos) et non cinétique (agitation).
Attention ! Épicure condamne aussi les craintes irrationnelles (la mort, les dieux) qui troublent l'âme. La fameuse tétrapharmakos (le quadruple remède) : « N'aie pas peur des dieux ; n'aie pas peur de la mort ; ce qui est bien est facile à obtenir ; ce qui est terrible est facile à supporter. »
4Le stoïcisme : bonheur et maîtrise de soi
Les stoïciens (Zénon, Épictète, Marc Aurèle, Sénèque) proposent une autre voie : le bonheur ne dépend pas de ce qui nous arrive, mais de la manière dont nous y répondons. Tout repose sur la distinction fondamentale entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous.
Le principe stoïcien (Épictète, Manuel, §1). « Parmi les choses qui existent, les unes dépendent de nous, les autres non. De nous dépendent : le jugement, l'impulsion, le désir, l'aversion. » Seule la prohairèsis (notre volonté intérieure) est en notre pouvoir.
Schéma : la chaîne stoïcienne de la sagesse
Le sage stoïcien est imperturbable (apatheia) : il n'est pas affecté par les passions qui perturbent le jugement. La vertu (arétè) est le seul vrai bien, et elle suffit à être heureux.
Exemple. Épictète était un esclave. Sa philosophie enseigne que l'on peut être libre et heureux même enchaîné, pourvu qu'on garde la maîtrise de son jugement intérieur.
Repère : nécessaire / contingent. Pour les stoïciens, ce qui arrive dans le monde suit un ordre nécessaire (le logos universel). Accepter ce qui est nécessaire, c'est vivre conformément à la nature — définition stoïcienne du bonheur.
5Aristote : l'eudémonisme et la vie bonne
Aristote (Éthique à Nicomaque) place le bonheur (eudaimonia) au sommet de toutes les fins humaines. Le bonheur n'est pas un moyen pour autre chose : il est la fin ultime, le souverain bien.
Eudémonisme. Du grec eudaimonia (bonne fortune, vie bonne) : doctrine selon laquelle le bonheur est la fin naturelle de l'homme, atteinte par l'exercice de la vertu et le développement de ses facultés propres.
Pour Aristote, l'homme est un animal politique (zoon politikon) : il ne peut être heureux qu'au sein de la cité, en exerçant ses vertus dans des relations sociales. Le bonheur n'est pas un état intérieur isolé, mais une activité conforme à la vertu (activité de l'âme selon la vertu la plus haute).
Il distingue :
- Les vertus éthiques (courage, justice, tempérance) : dispositions stables acquises par l'habitude (éthos).
- Les vertus dianoétiques (prudence, sagesse) : vertus de l'intelligence, dont la phronèsis (prudence pratique) guide l'action juste.
Exemple. La vertu de courage est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité. La vertu se définit comme un juste milieu (mésotès) entre deux excès.
Attention ! Pour Aristote, le bonheur exige aussi des conditions extérieures : santé, amis, ressources minimales. Contrairement aux stoïciens, le bonheur n'est pas entièrement indépendant du sort.
6Kant : bonheur et morale sont-ils compatibles ?
Kant introduit une rupture radicale : le bonheur et la morale sont deux ordres distincts. La morale ne peut avoir le bonheur pour fondement, car cela reviendrait à agir par intérêt personnel — ce qui ruinerait la valeur morale de l'action.
Le devoir moral selon Kant. La loi morale (impératif catégorique) commande inconditionnellement : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle. » Elle est indépendante de toute visée de bonheur personnel.
Pourtant, Kant ne nie pas le bonheur. Il introduit la notion de souverain bien : idéal où vertu et bonheur coïncident. Dans ce monde, la vertu ne garantit pas le bonheur — mais il serait absurde que la vertu reste à jamais sans récompense. Kant postule donc l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu comme conditions de possibilité du souverain bien.
Attention ! Kant ne dit pas qu'on ne doit pas chercher le bonheur. Il dit seulement que la recherche du bonheur ne peut PAS fonder la morale. On peut et doit chercher le bonheur — mais pas au détriment du devoir.
Exemple. Si j'aide quelqu'un parce que j'espère en tirer un bénéfice ou parce que cela me rend heureux, mon action n'a pas de valeur morale au sens kantien. La valeur morale naît du respect du devoir pour lui-même.
7L'utilitarisme : bonheur collectif et calcul
L'utilitarisme, fondé par Jeremy Bentham (1748-1832) et développé par John Stuart Mill (1806-1873), propose une éthique du bonheur collectif : est juste ce qui produit le plus grand bonheur pour le plus grand nombre (principle of utility).
Utilitarisme. Doctrine éthique selon laquelle la valeur morale d'une action se mesure à ses conséquences : maximiser le plaisir et minimiser la douleur pour l'ensemble des êtres affectés.
Bentham propose un calcul hédoniste : peser les plaisirs et douleurs selon leur intensité, durée, certitude, proximité, fécondité, pureté et étendue.
Mill nuance Bentham en distinguant des plaisirs supérieurs (intellectuels, artistiques) et des plaisirs inférieurs (sensoriels). Sa formule célèbre : « Mieux vaut être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait. »
Enjeu contemporain. L'utilitarisme inspire de nombreux débats actuels en économie du bien-être, en politique de santé publique (choix des vaccinations, des ressources médicales) et en éthique animale (Singer).
Objection classique. L'utilitarisme risque de justifier des injustices au nom du bonheur majoritaire (sacrifier un individu pour le bien du plus grand nombre). Kant et les théories des droits répondent à cette limite.
8Peut-on apprendre à être heureux ? Bonheur et liberté
La question finale est pratique : le bonheur est-il accessible, et par quels moyens ? Deux thèses s'affrontent.
Thèse 1 — Le bonheur s'apprend. Pour les Anciens (Épicure, Aristote), la philosophie est un art de vivre : par l'exercice de la raison, la formation des habitudes vertueuses, et la gestion des désirs, on peut apprendre à être heureux. Le bonheur est le fruit d'un travail sur soi.
Thèse 2 — Le bonheur reste indéterminable. Kant souligne que le bonheur est un idéal de l'imagination : chaque individu se fait une représentation vague et changeante du bonheur. On ne peut donner de règles précises pour atteindre quelque chose d'aussi indéterminé.
Repère : idéal / réel. Le bonheur comme idéal est une norme vers laquelle on tend, sans jamais l'atteindre pleinement. Comme réel, il désigne des états de satisfaction vécus — qui peuvent toujours être perdus.
La liberté joue un rôle essentiel : un bonheur imposé de l'extérieur, sans consentement, n'est pas un vrai bonheur. C'est pourquoi Rousseau distingue l'amour de soi (désir naturel de son bien propre) et l'amour-propre (désir de se distinguer, de se comparer aux autres), source de malheur social.
Pour la dissertation. La tension entre bonheur individuel et bonheur collectif, entre bonheur et devoir moral, entre bonheur et liberté constitue les grands axes problématiques du sujet. Pensez à articuler ces tensions dans votre plan.
★À retenir
À retenir :
• Le bonheur est un état de satisfaction durable et global (≠ plaisir ponctuel).
• Épicure : ataraxie + aponie ; trier les désirs pour atteindre la tranquillité.
• Stoïciens : distinguer ce qui dépend / ne dépend pas de nous ; vertu suffit au bonheur.
• Aristote : eudémonie = activité conforme à la vertu + conditions extérieures + vie en société.
• Kant : bonheur ≠ morale ; le souverain bien est leur coïncidence idéale.
• Utilitarisme (Bentham, Mill) : maximiser le bonheur du plus grand nombre.
• Le bonheur implique la liberté et reste un idéal difficile à déterminer avec exactitude.