Méthodologie : l'explication de texte philosophique
Maîtriser l'épreuve de l'explication de texte au baccalauréat de philosophie (Terminale générale)
À propos de cette page
Ce lexique sur « Méthodologie : l'explication de texte philosophique » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : L'épreuve, et le texte fil rouge qui traverse tout le chapitre, Repérer la thèse : ce que le texte dit, et contre qui il le dit, Découper le texte en mouvements : retrouver l'ordre des raisons, L'introduction : thème, thèse, enjeu, annonce des mouvements. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue des philosophes, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de dissertation. Les repères du programme (légal/légitime, en fait/en droit…) sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.
Thèse
L'affirmation que l'auteur soutient en son nom, et qu'il tient pour vraie contre une autre affirmation possible. Elle se formule en une phrase déclarative, jamais en question.
Synonymes
Position — désigne le lieu occupé dans un débat, sans dire encore ce qui la justifie
Doctrine — plus large : un ensemble de thèses liées, celui d'une œuvre entière et non d'un texte
Antonymes
Thème — ce dont on parle, et non ce qu'on en dit : le thème ne se discute pas
Hypothèse — avancée pour être éprouvée, alors que la thèse est assumée
À ne pas confondre
Opinion — l'opinion est reçue sans preuve, la thèse s'expose à la réfutation en donnant ses raisons
Problème — le problème est la question à laquelle la thèse répond ; l'énoncer à la place de la thèse est l'erreur la plus fréquente en introduction
Selon l'époque et le point de vue — Grecs : thesis, la position qu'on défend dans un débat réglé, par opposition à l'endoxon, l'opinion admise · âge classique : Descartes fait de la thèse ce qui doit être établi par ordre à partir d'évidences · Hegel : la thèse est un moment appelé à être nié puis dépassé · aujourd'hui : dans le langage courant, « avoir une thèse » signifie seulement avoir un avis — sens qu'il faut écarter en copie.
Ce que le mot permet d'écrire — Le premier mot utile de votre introduction : « L'auteur soutient que… ». Si vous ne pouvez pas remplir cette phrase sans employer les mots du texte, vous n'avez pas encore compris le texte.
Argument
La raison qui soutient la thèse : ce qui fait qu'on doit l'admettre. Un argument se reconnaît à ce qu'on peut l'introduire par « car » ou le conclure par « donc ».
Synonymes
Raison — mot plus général, qui peut désigner la cause d'un fait et non seulement le soutien d'une thèse
Preuve — plus exigeant : une preuve contraint, un argument peut seulement incliner
Antonymes
Affirmation — pose sans soutenir ; l'affirmation est le squelette dont l'argument est la chair
Illustration — rend visible ce qui est déjà admis, au lieu de l'établir
À ne pas confondre
Exemple — l'exemple est un cas, l'argument une raison ; un seul contre-exemple ruine une thèse universelle, mille exemples ne la prouvent pas
Objection — l'objection travaille contre la thèse, l'argument pour elle
Selon l'époque et le point de vue — Grecs : Aristote distingue dans les Topiques le syllogisme démonstratif, qui part du vrai, et le syllogisme dialectique, qui part du probable · âge classique : la logique de Port-Royal fait de l'argument un enchaînement d'idées claires · XXe siècle : Perelman réhabilite l'argumentation comme technique de l'adhésion, distincte de la démonstration · aujourd'hui : « argument » désigne souvent n'importe quelle raison avancée, même mauvaise.
Ce que le mot permet d'écrire — Permet d'écrire les phrases de justification qui font la différence : « L'auteur a besoin de cette idée ici, car sans elle… ». Cherchez toujours l'argument avant l'exemple.
Mouvement
Unité de découpage d'un texte, définie non par sa longueur mais par le geste que l'auteur y accomplit : rapporter une opinion, la réfuter, distinguer, illustrer, conclure.
Synonymes
Moment — insiste sur la place dans le raisonnement, moins sur l'acte accompli
Étape — suppose une progression linéaire, ce qui n'est pas toujours le cas d'un texte
Antonymes
Paragraphe — unité typographique de l'auteur ou de l'éditeur, qui peut contenir plusieurs mouvements ou n'en former qu'une moitié
À ne pas confondre
Partie — une partie est un élément de VOTRE plan de dissertation ; un mouvement appartient au texte et ne se choisit pas
Ligne — donner des bornes de lignes sans dire ce qui s'y passe n'est pas un découpage
Selon l'époque et le point de vue — Le mot vient de la rhétorique antique, qui découpait le discours en parties fonctionnelles (exorde, narration, confirmation, péroraison) · l'exégèse médiévale y ajoute la divisio textus, art de montrer l'ordre d'un texte avant de le commenter · aujourd'hui : le terme est propre à l'exercice scolaire français de l'explication, et le correcteur y voit le premier signe d'une lecture sérieuse.
Ce que le mot permet d'écrire — Titrez chaque mouvement par un verbe d'action de l'auteur. Lus à la suite, vos titres doivent former un raisonnement : c'est le test qui valide ou invalide votre découpage.
Paraphrase
Reformulation d'un énoncé qui n'ajoute ni définition, ni raison, ni distinction : elle redit la même chose, généralement en plus pauvre. C'est la faute la plus lourde de l'épreuve.
Synonymes
Redite — vise la répétition en général, quand la paraphrase se déguise en explication
Glose — peut être savante et légitime ; la paraphrase, elle, est toujours stérile
Antonymes
Explication — rend nécessaire ce qui était seulement affirmé, en faisant apparaître les raisons
Analyse — décompose en éléments et en montre l'ordre, au lieu de recopier le tout
À ne pas confondre
Reformulation — la reformulation est un geste légitime et nécessaire, mais elle doit s'accompagner d'un apport : une définition, une raison, un test
Citation — la citation assume d'être le texte ; la paraphrase prétend être autre chose
Selon l'époque et le point de vue — Grecs : la paraphrasis est un exercice d'école, utile pour s'approprier un modèle · âge classique : la paraphrase biblique est un genre littéraire honorable · XIXe siècle : l'exégèse historique la disqualifie au profit de l'explication par les causes · aujourd'hui, dans le cadre scolaire, le mot est devenu purement péjoratif.
Ce que le mot permet d'écrire — Test infaillible : rayez toutes vos citations. Si le paragraphe qui reste ne contient plus rien, c'était de la paraphrase.
Élucider
Rendre clair le sens d'un terme en donnant sa définition et, surtout, en écartant le sens voisin qu'il ne prend pas ici. C'est le geste central de l'explication.
Synonymes
Définir — fixe un sens général ; élucider fixe le sens dans CE texte et à CET endroit
Expliciter — fait passer de l'implicite au dit, sans nécessairement trancher entre plusieurs sens
Antonymes
Supposer connu — employer le mot de l'auteur comme s'il allait de soi, ce qui est la porte d'entrée de la paraphrase
À ne pas confondre
Traduire — traduire remplace un mot par un autre ; élucider montre ce que le choix du mot engage
Selon l'époque et le point de vue — Socrate fait de la demande de définition (« qu'est-ce que le courage ? ») le commencement de la philosophie · Descartes exige des idées claires et distinctes, c'est-à-dire séparées de toutes les autres · Wittgenstein déplace l'exigence : élucider un mot, c'est décrire son usage, non chercher son essence · aujourd'hui, c'est ce qu'un correcteur appelle « travailler le texte ».
Ce que le mot permet d'écrire — Une élucidation par paragraphe, au minimum. Choisissez le mot dont dépend la validité de la phrase, pas le mot le plus rare.
Enjeu
Ce qui est en jeu dans la thèse : ce qu'il en coûterait de penser autrement, et ce que la thèse change dans notre manière de vivre, de juger ou de connaître.
Synonymes
Portée — désigne l'extension des conséquences, l'enjeu désigne leur gravité
Intérêt — plus faible et plus subjectif : un texte peut intéresser sans rien engager
Antonymes
Détail — ce dont on peut se passer sans que la thèse change
À ne pas confondre
Problème — le problème est la question ; l'enjeu est ce que la réponse à cette question engage
Actualité — l'enjeu est philosophique, non journalistique : les réseaux sociaux ne rendent pas une thèse plus importante
Selon l'époque et le point de vue — L'idée est ancienne même si le mot est récent : Épicure jugeait une doctrine à ce qu'elle guérit ou non des troubles de l'âme · Kant ramène les intérêts de la raison à trois questions (que puis-je savoir, que dois-je faire, que m'est-il permis d'espérer) · William James évalue une idée à ses effets pratiques · aujourd'hui, le mot désigne dans une copie le paragraphe qui justifie qu'on lise le texte.
Ce que le mot permet d'écrire — Se formule dans l'introduction en nommant l'alternative que le texte refuse : « ou bien… ou bien… », puis en disant le prix de chaque branche.
Problème
La difficulté à laquelle le texte répond : une question à laquelle deux réponses opposées peuvent être données avec de bonnes raisons de part et d'autre.
Synonymes
Difficulté — peut être simplement technique ; un problème philosophique oppose deux légitimités
Aporie — plus radical : l'aporie est un problème dont on tient qu'il n'a pas d'issue
Antonymes
Question — une question peut attendre une information ; un problème attend une décision entre deux thèses
Évidence — ce qui n'appelle aucune recherche, donc aucune philosophie
À ne pas confondre
Sujet — le sujet est donné par l'énoncé, le problème est construit par vous à partir de lui
Thème — le thème se nomme en un mot, le problème se rédige en une question complète
Selon l'époque et le point de vue — Grecs : problêma, ce qu'on jette en avant, l'obstacle et la tâche · Aristote en fait le point de départ de l'examen dialectique · Bachelard : « toute connaissance est réponse à une question », il n'y a de savoir que sur fond de problème posé · aujourd'hui, dans l'usage courant, « problème » signifie ennui, sens qu'il faut soigneusement écarter en philosophie.
Ce que le mot permet d'écrire — En explication, le problème n'est pas à inventer : il faut le reconstruire à partir de la thèse combattue par l'auteur. C'est ce qui donne son enjeu à l'introduction.
Concept
Représentation générale qui rassemble une pluralité de cas sous un même caractère et permet de penser plutôt que de simplement percevoir.
Synonymes
Notion — plus vague et plus scolaire : une notion est un titre de programme, un concept est un instrument défini
Idée — peut être une image ou une opinion, quand le concept suppose une définition réglée
Antonymes
Intuition — rapport immédiat et singulier à son objet, là où le concept est médiat et général
Image — particulière et sensible ; on ne peut pas se représenter le concept de triangle en général
À ne pas confondre
Mot — un même concept peut se dire par plusieurs mots, et un même mot porter plusieurs concepts — c'est pourquoi il faut élucider
Selon l'époque et le point de vue — Platon : le concept renvoie à l'Idée, réalité séparée · Aristote : il est abstrait des choses par l'esprit · querelle médiévale des universaux : le concept est-il une chose, un mot, ou une opération de l'esprit ? · Kant : « des intuitions sans concepts sont aveugles », le concept est la règle qui unifie le divers · Deleuze : philosopher, c'est créer des concepts.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à reformuler sans paraphraser : nommez le concept que le mot du texte met en jeu, et vous cessez de recopier l'auteur.
Distinction
Opération qui sépare, à l'intérieur d'un même mot ou d'un même phénomène, deux réalités que la langue confond. Elle repose toujours sur un critère explicite.
Synonymes
Différenciation — insiste sur le processus, la distinction sur le résultat conceptuel
Discernement — qualité du sujet qui distingue, et non opération logique
Antonymes
Confusion — état de départ que la distinction dissipe
Assimilation — traite comme identique ce qui ne l'est que par le nom
À ne pas confondre
Opposition — deux termes opposés s'excluent ; deux termes distingués peuvent coexister, comme les deux habitudes du texte fil rouge
Classification — range des objets déjà connus ; la distinction fait apparaître un objet qu'on ne voyait pas
Selon l'époque et le point de vue — Grecs : Aristote distingue les sens d'un même mot (« l'être se dit en plusieurs sens ») · scolastique : l'art des distinctiones devient la technique philosophique par excellence · Descartes : distinguer, c'est séparer l'idée de toute autre · Bergson : les vraies distinctions sont des différences de nature, non de degré · aujourd'hui, c'est le geste qui débloque la troisième partie d'une dissertation.
Ce que le mot permet d'écrire — Cherchez le critère de toute distinction que fait l'auteur, et vérifiez qu'il ne contient pas déjà la conclusion. Une distinction sans critère est un mot d'ordre.
Exemple
Cas particulier mobilisé pour établir, illustrer ou réfuter une thèse générale. En philosophie, il a toujours une fonction argumentative, jamais décorative.
Synonymes
Illustration — rend visible ce qui est déjà admis, sans rien prouver
Cas — neutre : un cas devient exemple lorsqu'il est choisi pour ce qu'il montre
Antonymes
Contre-exemple — un seul suffit à ruiner une thèse universelle, alors qu'aucune accumulation d'exemples ne la démontre
Concept — le concept vaut pour tous les cas, l'exemple pour un seul
À ne pas confondre
Preuve — un exemple ne prouve que si la thèse est existentielle (« il existe des habitudes libératrices »)
Anecdote — l'anecdote raconte, l'exemple démontre : un exemple dont on ne peut pas dire ce qu'il établit est une anecdote
Selon l'époque et le point de vue — Aristote classe l'exemple (paradeigma) parmi les preuves rhétoriques, moins contraignant que le syllogisme · Kant : les exemples sont « les chariots roulants du jugement », utiles aux esprits lents mais parfois nuisibles à la rigueur · Wittgenstein en fait à l'inverse le mode d'accès normal à un concept · aujourd'hui : dans une copie, un exemple non expliqué compte pour zéro.
Ce que le mot permet d'écrire — Trois questions à chaque exemple du texte : que doit-il prouver ? par quel détail précis le prouve-t-il ? tient-il encore si je change ce détail ?
Présupposé
Ce que l'auteur admet sans le dire, et sans quoi sa phrase n'aurait pas de sens. Le dégager est l'un des gestes les plus payants de l'explication.
Synonymes
Implicite — terme plus large, qui couvre aussi les sous-entendus rhétoriques
Postulat — assumé et déclaré, alors que le présupposé est tu — parfois à l'insu de l'auteur
Antonymes
Conséquence — vient après l'énoncé, quand le présupposé le précède
Thèse — ce que l'auteur soutient explicitement et entend défendre
À ne pas confondre
Intention — l'intention est psychologique et hors d'atteinte ; le présupposé est logique et se démontre par le texte
Selon l'époque et le point de vue — Kant nomme « conditions de possibilité » ce sans quoi une expérience ne serait pas pensable · Nietzsche et Marx généralisent le soupçon : derrière une thèse, des intérêts et des valeurs non dits · Frege et Strawson en font une notion logique précise · Ricœur parle d'une « école du soupçon » qu'il faut compléter par une herméneutique de la confiance.
Ce que le mot permet d'écrire — Formule utile : « Cette phrase ne tient que si l'on admet que… ». C'est souvent là que s'ouvre la discussion, car un présupposé est plus facile à contester qu'une thèse.
Objection
Argument qui attaque une thèse en un point précis : soit sa vérité, soit sa cohérence, soit ses conséquences. Une objection sans point d'attaque n'en est pas une.
Synonymes
Critique — peut être un examen d'ensemble, quand l'objection vise un point déterminé
Réfutation — plus fort : la réfutation prétend établir la fausseté, l'objection se contente de créer une difficulté
Antonymes
Concession — accorde un point à l'adversaire pour mieux tenir le reste
Adhésion — accepte sans examen, ce qui n'est pas philosopher
À ne pas confondre
Désaccord — le désaccord constate, l'objection argumente : « tout le monde n'est pas d'accord » ne vaut rien
Avis personnel — l'avis engage celui qui parle, l'objection engage une thèse identifiable et un auteur nommé
Selon l'époque et le point de vue — La disputatio médiévale codifie l'exercice : on expose d'abord les objections dans leur force (videtur quod), puis on répond · Descartes fait publier avec ses Méditations les objections de ses adversaires et ses réponses · Popper : une théorie n'est scientifique que si l'on peut dire ce qui la réfuterait.
Ce que le mot permet d'écrire — Trois temps obligatoires : l'objection dans sa force, avec un auteur et une citation ; la réponse que le texte permet ; ce qui reste debout malgré tout.
Discussion
Moment de l'explication où l'on éprouve la thèse une fois qu'on l'a comprise : on cherche son point faible, on formule une objection armée, puis on regarde ce que le texte peut répondre.
Synonymes
Examen critique — formule des consignes officielles, plus neutre et plus exacte que « discussion »
Mise à l'épreuve — insiste sur le fait qu'on teste, non qu'on conteste
Antonymes
Adhésion — répéter la thèse sans la tester, ce qui prouve seulement qu'on l'a copiée
Rejet — écarter la thèse sans l'avoir expliquée, ce qui est hors sujet
À ne pas confondre
Troisième partie — la discussion n'est pas une partie séparée de dissertation : elle s'insère dans le dernier mouvement ou juste avant la conclusion, et reste courte
Polémique — la polémique cherche à vaincre, la discussion à comprendre jusqu'où la thèse tient
Selon l'époque et le point de vue — Platon met en scène le dialogue comme seule forme adéquate à la recherche du vrai · Aristote code la dialectique comme examen des endoxa · Kant fait de la critique un tribunal où la raison se juge elle-même · Habermas : la validité d'une norme se mesure à ce qu'elle peut être justifiée dans une discussion sans contrainte.
Ce que le mot permet d'écrire — Réservez-lui dix à quinze lignes. Une discussion courte et armée vaut mieux que deux pages de réserves polies.
Connecteur logique
Mot qui indique le rapport entre deux énoncés : opposition (mais, cependant), cause (car, puisque), conséquence (donc, ainsi), concession (certes), reformulation (c'est-à-dire).
Synonymes
Articulation — désigne le joint lui-même plutôt que le mot qui le marque
Antonymes
Juxtaposition — pose deux énoncés côte à côte sans dire leur rapport : c'est le défaut des copies faibles
À ne pas confondre
Transition — la transition est un passage rédigé de plusieurs phrases, le connecteur un simple mot
Selon l'époque et le point de vue — Les Stoïciens sont les premiers à étudier pour eux-mêmes les liaisons propositionnelles (si… alors, ou bien) et fondent la logique des propositions · la logique de Port-Royal les rattache au jugement · Frege les formalise · aujourd'hui, ce sont les premiers mots à entourer lors de la lecture d'un texte au baccalauréat.
Ce que le mot permet d'écrire — Entourez-les à la première lecture : ils donnent le squelette du texte et donc, presque toujours, le découpage en mouvements.
Portée
L'étendue de ce qu'une thèse permet d'affirmer : jusqu'où elle vaut, sur quels objets, et à quelles conditions elle cesse de valoir.
Synonymes
Extension — terme logique, qui désigne l'ensemble des cas couverts par un concept
Validité — porte sur le droit d'affirmer, non sur l'étendue du champ
Antonymes
Limite — nomme le point où la portée s'arrête ; les deux notions sont inséparables
À ne pas confondre
Importance — une thèse de faible portée peut être capitale, comme un contre-exemple qui ruine une loi universelle
Selon l'époque et le point de vue — Kant fait de la détermination de la portée de nos facultés le programme même de la Critique : savoir jusqu'où la raison peut aller sans délirer · les sciences expérimentales généralisent l'exigence en indiquant le domaine de validité d'une loi · aujourd'hui, c'est le dernier geste attendu dans un paragraphe de copie.
Ce que le mot permet d'écrire — Fermez chaque paragraphe par une phrase de portée ou de limite : c'est ce qui distingue un paragraphe d'explication d'un paragraphe de résumé.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Expliquer / comprendre
Expliquer, c'est rendre raison d'un phénomène par ses causes ou ses conditions, de l'extérieur ; comprendre, c'est saisir un sens de l'intérieur, en restituant la visée de celui qui parle ou agit. Dilthey réservait le premier aux sciences de la nature, le second aux sciences de l'esprit.
Ce qu'il débloque — Débloque la question même de l'épreuve : que fait-on quand on « explique un texte » ? Sert aussi sur tous les sujets touchant à la connaissance d'autrui, à l'histoire et aux sciences humaines.
Exemple — Sur le texte fil rouge : comprendre le musicien, c'est saisir ce qu'il vise en jouant ; l'expliquer, ce serait décrire les automatismes acquis par son système nerveux. L'auteur s'appuie sur la première voie, ce qui rend son exemple probant — mais aussi contestable pour qui, comme Spinoza, tient que seule vaut l'explication par les causes.
Analyse / synthèse
L'analyse décompose un tout en ses éléments et en montre l'ordre ; la synthèse recompose ces éléments en une unité. Descartes en fait deux règles de méthode : diviser, puis conduire par ordre du plus simple au plus composé.
Ce qu'il débloque — Donne la structure même de l'exercice : vos mouvements sont l'analyse, votre conclusion est la synthèse. Sert sur tous les sujets de méthode, de science et de technique.
Exemple — Sur le texte fil rouge : découper le texte en quatre mouvements, c'est l'analyser ; dire en conclusion que tout a reposé sur un unique geste — substituer une distinction à une alternative —, c'est en faire la synthèse.
Principe / conséquence
Le principe est ce dont une chose procède et qui ne se déduit de rien d'autre ; la conséquence est ce qui s'ensuit nécessairement. Confondre les deux, c'est prendre l'effet pour la cause et rendre tout raisonnement circulaire.
Ce qu'il débloque — Sert à juger la solidité d'un texte : sur quoi repose la thèse, et que produit-elle ? Utile sur les sujets de morale, de droit et de connaissance.
Exemple — Sur le texte fil rouge : le principe est que la valeur d'un instrument tient à son usage ; la distinction des deux habitudes en est la conséquence, et non l'inverse. Une copie qui présente la distinction comme un point de départ manque la structure du texte.
Essentiel / accidentel
Est essentiel ce sans quoi une chose cesserait d'être ce qu'elle est ; accidentel ce qui peut lui appartenir ou non sans l'altérer. Aristote fonde la distinction pour séparer la définition de la simple description.
Ce qu'il débloque — Le repère qui permet de tester un exemple : quel trait y est essentiel à la preuve, quel trait est un ornement ? Sert sur les sujets d'identité, de nature et de technique.
Exemple — Sur le texte fil rouge : que le musicien ait répété « cent fois » est accidentel — vingt suffiraient ; qu'il « ne songe plus à ses doigts » est essentiel, car c'est la libération de l'attention, et elle seule, qui établit la thèse.
En fait / en droit
Le fait constate ce qui est ; le droit établit ce qui doit ou peut légitimement être. D'un fait, aucune norme ne se déduit directement : c'est l'avertissement de Hume contre le passage du est au doit.
Ce qu'il débloque — L'arme contre les objections d'actualité et les arguments statistiques. Sert massivement sur les sujets de politique, de justice et de vérité.
Exemple — Sur le texte fil rouge : constater que la plupart des gens tiennent leurs habitudes pour des servitudes est un fait, qui ne prouve rien contre la thèse. Et en discussion, objecter que « les habitudes sont aujourd'hui plus dangereuses » confond la date d'une thèse avec sa validité.
Genre / espèce / individu
Le genre rassemble plusieurs espèces sous un caractère commun, l'espèce se définit par le genre plus une différence, l'individu est le singulier irréductible. C'est l'ossature de toute définition depuis Aristote et Porphyre.
Ce qu'il débloque — Le repère de la distinction : toute distinction bien faite divise un genre en espèces par un critère unique. Sert sur les notions de nature, d'art, de science et de vivant.
Exemple — Sur le texte fil rouge : l'habitude est le genre ; la servitude et l'habitude libératrice en sont les deux espèces ; la différence spécifique est la destination de l'attention libérée. Formuler ainsi la distinction montre au correcteur qu'on en a vu le critère.
Persuader / convaincre
Persuader, c'est emporter l'adhésion par tous les moyens, y compris les passions ; convaincre, c'est l'obtenir par des raisons que l'interlocuteur peut examiner et reprendre à son compte. Pascal les distingue, l'un relevant de la volonté, l'autre de l'entendement.
Ce qu'il débloque — Permet de juger la stratégie d'un texte : par quoi agit-il sur son lecteur ? Sert sur les sujets de vérité, de langage, d'art et de politique.
Exemple — Sur le texte fil rouge : la formule « Je crains que l'on ne se paye ici de mots » persuade par l'ironie avant de convaincre par l'argument ; mais l'argument suit immédiatement, et c'est lui qui porte. Une copie qui ne relève que l'ironie prend le vêtement pour le corps.
Absolu / relatif
Est absolu ce qui existe ou vaut indépendamment de toute relation ; est relatif ce qui n'existe ou ne vaut que rapporté à autre chose — un point de vue, une condition, un usage.
Ce qu'il débloque — Le repère qui ouvre le plus de troisièmes parties : montrer qu'un terme tenu pour absolu ne vaut que relativement à quelque chose. Sert sur la vérité, la justice, la liberté, l'art.
Exemple — Sur le texte fil rouge : tout le raisonnement consiste à montrer que la valeur de l'habitude n'est pas absolue, mais relative à l'usage qu'en fait la volonté. C'est le repère à nommer si l'on veut dire en un mot le geste de l'auteur.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.