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L'explication de texte philosophique
Maîtriser l’épreuve de l’explication de texte au baccalauréat de philosophie (Terminale générale)
À propos de cette page
L'épreuve, et le texte fil rouge qui traverse tout le chapitre
Ce qu'on attend. L'explication de texte est l'un des trois sujets proposés au choix le jour de l'épreuve (les deux autres sont des sujets de dissertation) : quatre heures, un texte d'une vingtaine de lignes en général, une seule consigne en voie générale — « Expliquer le texte suivant : » (en voie technologique, des questions peuvent guider l'explication). Jusqu'en 2020, les sujets ajoutaient une précision qui vaut toujours d'être méditée : « La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. » Traduisez : on ne vous demande ni votre avis, ni un cours sur la notion, ni la biographie du philosophe. On vous demande de montrer ce que le texte soutient, contre quoi il le soutient, et par quels gestes il l'établit. Tout ce que vous affirmez doit pouvoir être justifié par une expression du texte.
Le procédé — la première lecture, en quatre gestes.
- Lire deux fois sans rien écrire, la seconde fois à voix basse : un raisonnement s'entend avant de se voir.
- Entourer les connecteurs logiques — or, donc, mais, car, ainsi, il faut donc — qui sont le squelette du texte.
- Souligner les couples de mots opposés : c'est là que se logent les distinctions, et les distinctions font le plan.
- Formuler en une phrase, sans le vocabulaire du texte, ce que l'auteur affirme. Si vous n'y arrivez pas, vous n'avez pas encore lu.
Texte d'entraînement composé pour ce chapitre, dans la manière des moralistes classiques : ce n'est pas un extrait authentique, mais il en a la forme, la longueur et les difficultés. Il nous servira à chaque étape, pour que vous voyiez une explication entière se construire du premier mot au dernier.
« On dit communément que l'homme qui suit sa coutume ne fait rien de lui-même, et qu'il n'y a de liberté que dans l'acte qui rompt avec ce qu'on a toujours fait. Je crains que l'on ne se paye ici de mots. Car celui qui rompt avec l'habitude n'agit pas pour autant selon sa raison : il obéit à l'humeur du moment, qui est un maître plus obscur encore que la coutume. Il faut donc distinguer deux sortes d'habitudes. Les unes nous dispensent de penser et s'emparent peu à peu de la conduite entière : on les nomme justement des servitudes. Les autres, au contraire, libèrent la pensée en déchargeant le corps ; le musicien qui a placé cent fois ses doigts ne songe plus à ses doigts, et c'est alors seulement qu'il entend ce qu'il joue. Ainsi l'habitude n'est ni libre ni servile par elle-même : elle est l'instrument d'une liberté ou le masque d'une paresse, selon l'usage que la volonté en fait. Et qui prétendrait s'en passer tout à fait ne serait pas plus libre : il serait seulement plus embarrassé. »
« Ce texte parle de l'habitude. C'est un sujet très actuel, car nous vivons tous dans des routines, et les neurosciences ont montré que le cerveau aime la répétition. L'auteur semble dire que l'habitude a du bon. »
Pourquoi c'est raté : trois phrases, et pas une n'est tirée du texte. « Un sujet très actuel » est une entrée en matière de devoir de français ; les neurosciences sont un savoir extérieur que rien dans le texte n'appelle ; « semble dire que l'habitude a du bon » écrase une thèse précise — l'habitude n'est ni libre ni servile — sous une approbation vague. Un correcteur voit immédiatement que la copie parlera à côté du texte pendant quatre heures.
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Repérer la thèse : ce que le texte dit, et contre qui il le dit
Ce qu'on attend. Une explication qui ne dit pas, dès l'introduction, ce que le texte soutient, est déjà perdue. Attention à ne pas confondre : le thème est ce dont on parle (ici, l'habitude) ; la thèse est ce qu'on en dit, et c'est toujours une affirmation discutable — sinon personne n'aurait eu besoin de l'écrire. Corollaire : tout texte philosophique est écrit contre quelqu'un, et vous ne tenez sa thèse que lorsque vous tenez son adversaire.
Le procédé — quatre gestes.
- Nommer le thème en un mot, puis le préciser en un rapport : non pas « l'habitude », mais « le rapport de l'habitude à la liberté ».
- Chercher la phrase où l'auteur parle en son nom : elle suit presque toujours un donc, un ainsi, un il faut.
- Chercher l'adversaire : il est souvent nommé dès la première ligne, sous les formules « on dit communément », « on croit d'ordinaire », « les hommes s'imaginent ».
- Écrire la thèse en une phrase commençant par « L'auteur soutient que », sans reprendre les mots du texte : c'est le test qui prouve que vous avez compris.
« Le thème du texte est l'habitude, et plus précisément le rapport que l'habitude entretient avec la liberté. L'opinion commune, rappelée dès la première ligne, veut que les deux s'excluent : serait libre le seul acte qui rompt avec ce qu'on a toujours fait. C'est contre cette opinion que l'auteur écrit. Il soutient que l'habitude n'est, prise en elle-même, ni libératrice ni aliénante : elle est un instrument neutre, dont la valeur dépend entièrement de l'usage que la volonté en fait — et que la rejeter en bloc n'affranchit de rien, mais livre seulement la conduite à un maître moins prévisible, l'humeur. »
« Dans ce texte, l'auteur parle de l'habitude. Il se demande si l'habitude est une bonne ou une mauvaise chose, et il donne l'exemple du musicien pour montrer que l'habitude peut être utile. »
Pourquoi c'est raté : on a donné le thème, jamais la thèse. « Il se demande si » transforme un texte qui affirme en texte qui hésite : l'auteur ne se demande rien, il tranche. « Bonne ou mauvaise chose » substitue une évaluation morale à la question posée, qui est celle de la liberté. L'exemple du musicien est cité avant qu'on ait dit ce qu'il doit prouver, donc il ne prouve rien. Et surtout, aucun adversaire n'est nommé : privé de l'opinion qu'il combat, le texte n'a plus de raison d'exister.
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Découper le texte en mouvements : retrouver l'ordre des raisons
Ce qu'on attend. Le plan de votre explication n'est pas à inventer : c'est celui du texte. Découper en mouvements, ce n'est pas tronçonner des lignes, c'est montrer que vous avez vu l'ordre des raisons — pourquoi telle phrase vient après telle autre et n'aurait pas pu venir avant. Un mouvement se reconnaît à un geste de l'auteur, pas à une longueur.
Le procédé — trois gestes.
- Marquer les ruptures logiques : un connecteur d'opposition ou de conclusion, l'apparition d'un exemple, l'introduction d'une distinction, un changement de personne grammaticale (« on dit » → « je crains »).
- Donner à chaque bloc un titre qui soit une action de l'auteur : « il rapporte », « il réfute », « il distingue », « il illustre », « il conclut ». Jamais « il parle de ».
- Lire les titres à la suite : s'ils forment un raisonnement, le découpage est bon ; s'ils forment une liste, il est faux.
| Bornes | Geste de l'auteur |
|---|---|
| « On dit communément… ce qu'on a toujours fait » | Il expose l'opinion commune qu'il va combattre : habitude et liberté s'excluent. |
| « Je crains… plus obscur encore que la coutume » | Il la réfute par l'absurde : rompre avec l'habitude n'est pas se libérer, c'est changer de maître. |
| « Il faut donc distinguer… ce qu'il joue » | Il fonde sa propre réponse sur une distinction entre deux sortes d'habitudes, et l'appuie sur l'exemple du musicien. |
| « Ainsi l'habitude… plus embarrassé » | Il conclut — l'habitude est neutre, la volonté décide — et écarte la position extrême inverse. |
Les titres lus à la suite donnent un raisonnement complet : opinion reçue → réfutation → distinction fondatrice → conclusion et garde-fou.
« Le texte se divise en trois parties. La première va de la ligne 1 à la ligne 4, la deuxième de la ligne 5 à la ligne 9, la troisième de la ligne 10 à la fin. Dans la première, l'auteur introduit son sujet ; dans la deuxième, il développe ; dans la troisième, il conclut. »
Pourquoi c'est raté : un découpage n'est pas un métrage. Rien n'indique pourquoi la coupure tombe à la ligne 4 plutôt qu'à la ligne 3, parce qu'aucun indice textuel n'est cité. « Il introduit, il développe, il conclut » convient à n'importe quel texte de la terre : ces titres ne montrent aucune progression et prouvent seulement qu'on a compté des lignes. Enfin, le mouvement le plus important — la distinction entre deux habitudes, qui est le cœur du texte — est noyé dans un « il développe ».
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L'introduction : thème, thèse, enjeu, annonce des mouvements
Ce qu'on attend. Une vingtaine de lignes, quatre éléments, dans cet ordre strict : le thème formulé comme une question que le texte tranche ; la thèse ; l'enjeu, c'est-à-dire ce que cela change de penser ainsi et le problème auquel le texte répond ; l'annonce des mouvements avec leurs charnières. Trois interdits : pas d'accroche par une citation extérieure (ce n'est pas une dissertation), pas de biographie de l'auteur, pas de jugement anticipé.
Le procédé — quatre gestes.
- Écrire le thème sous forme de question : « Faut-il rompre avec ses habitudes pour être libre ? »
- Écrire la thèse en une phrase, précédée de l'opinion qu'elle vise.
- Dégager l'enjeu en nommant l'alternative que le texte refuse : « ou bien l'habitude asservit, ou bien elle libère » — et dire ce que coûte chacun des deux termes.
- Annoncer les mouvements en indiquant leur fonction, et en citant trois mots de la charnière pour que le correcteur puisse vous suivre.
« Faut-il rompre avec ses habitudes pour être libre ? L'opinion commune le croit, qui identifie la liberté à l'écart et la coutume à la machine. C'est cette opinion que le texte prend pour cible. L'auteur y soutient que l'habitude n'est en elle-même ni libératrice ni aliénante : elle est un instrument dont la valeur tient tout entière à l'usage qu'en fait la volonté, si bien que prétendre s'en passer ne rend pas plus libre, mais seulement plus embarrassé. L'enjeu est considérable : si l'on maintient l'alternative — ou bien l'habitude asservit, ou bien elle libère —, il faut choisir entre une vie de rupture perpétuelle, livrée à l'humeur, et une vie réglée, mais privée d'initiative. Le texte refuse ce choix en déplaçant la question : ce n'est pas l'habitude qu'il faut juger, c'est l'usage. L'auteur rapporte d'abord l'opinion reçue (« On dit communément… »), la réfute ensuite en montrant que la rupture ne délivre d'aucun maître (« Je crains que… »), fonde alors sa réponse sur une distinction entre deux sortes d'habitudes, illustrée par le musicien (« Il faut donc distinguer… »), avant de conclure en écartant la position extrême inverse (« Ainsi l'habitude… »). »
« Comme le disait Aristote, nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. L'habitude est une notion centrale de la philosophie, et de nombreux auteurs s'y sont intéressés, comme Pascal, Hume ou Bergson. Dans ce texte, l'auteur nous montre que l'habitude peut être utile. Nous verrons dans une première partie ce qu'est l'habitude, dans une deuxième partie ses avantages et ses inconvénients, et dans une troisième partie nous donnerons notre avis. »
Pourquoi c'est raté : l'accroche est une citation extérieure — et une citation fausse, cette formule étant de Will Durant résumant Aristote, non d'Aristote. La liste d'auteurs est un étalage : aucun n'est dans le texte, aucun ne sert. « L'auteur nous montre que l'habitude peut être utile » manque la thèse deux fois : l'utilité n'est pas la liberté, et « peut être » efface la neutralité affirmée. Aucun enjeu n'est dégagé. Enfin, l'annonce est un plan de dissertation plaqué sur un texte, qui se termine par le seul mouvement interdit : « nous donnerons notre avis ».
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Expliquer un mouvement : citer, élucider, reformuler, justifier
Ce qu'on attend. Expliquer, ce n'est pas redire : c'est rendre nécessaire ce qui n'était qu'affirmé. À la fin de votre paragraphe, le lecteur doit comprendre non seulement ce que l'auteur dit, mais pourquoi il ne pouvait pas dire autre chose à cet endroit. La règle de sécurité tient en une phrase : un paragraphe d'explication contient toujours quelque chose que le texte ne dit pas — une définition, une distinction, une raison — sans quoi c'est de la paraphrase.
Le procédé — quatre gestes.
- Citer court : trois ou quatre mots entre guillemets, jamais la phrase entière. Une longue citation est un aveu.
- Élucider le mot qui porte le sens : en donner la définition, et surtout dire le sens qu'il écarte.
- Reformuler l'idée dans une langue qui n'est pas celle du texte : c'est la preuve que vous l'avez saisie.
- Justifier : dire à quoi cette idée sert dans le raisonnement, et ce qui s'effondrerait sans elle.
« La réfutation tient dans une image : celui qui brise l'habitude « obéit à l'humeur du moment ». Le verbe est choisi. Obéir, ce n'est pas subir une contrainte extérieure, c'est régler sa conduite sur une instance qu'on ne discute pas ; l'auteur peut donc concéder à son adversaire que l'habitude commande, tout en lui montrant que la rupture commande aussi. Le gain de l'opinion commune est nul : on a changé de maître, non de condition. Reste à mesurer le change, et c'est le rôle de l'adjectif « obscur ». Une coutume est prévisible : elle a une histoire, elle se laisse reconnaître, donc combattre. L'humeur, elle, n'a ni règle ni mémoire ; elle agit sans se laisser voir. Le pire maître n'est donc pas le plus dur, mais le moins visible — car on ne résiste qu'à ce qu'on identifie. Sans cette idée, l'auteur n'aurait pas le droit de passer à sa distinction : il faut d'abord que la solution simple, la rupture, soit ruinée. »
« L'auteur dit ensuite que « celui qui rompt avec l'habitude n'agit pas pour autant selon sa raison : il obéit à l'humeur du moment, qui est un maître plus obscur encore que la coutume ». Autrement dit, quand on arrête ses habitudes, on ne devient pas raisonnable, on suit son humeur, et l'humeur est encore pire que la coutume car elle est plus obscure. »
Pourquoi c'est raté : c'est de la paraphrase à l'état pur. La citation fait deux lignes, la reformulation une ligne et demie, et elle ne fait que traduire le texte en plus pauvre : « plus obscur » devient « plus obscure », mot pour mot. Rien n'est élucidé — ni obéir, ni raison, ni obscur —, donc le lecteur en sait exactement autant qu'avant. Surtout, rien ne dit pourquoi l'auteur a besoin de ce moment-là : le paragraphe pourrait être supprimé sans que l'explication perde quoi que ce soit.
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Les exemples et les distinctions de l'auteur : ce qu'ils prouvent
Ce qu'on attend. Chez un philosophe, un exemple n'est jamais un ornement : il fait une preuve, ou du moins il rend une distinction visible. Expliquer un exemple, ce n'est donc pas le raconter, c'est dire ce qu'il établit et par quel trait précis il l'établit. Même exigence pour une distinction : une distinction se juge à ce qu'elle permet de séparer et au critère qu'elle mobilise.
Le procédé — trois gestes.
- Dire d'abord la fonction de l'exemple : que doit-il prouver, et à quel adversaire répond-il ?
- Isoler le détail qui porte la preuve — pas la scène entière, une ligne de la scène.
- Tester : modifier un élément de l'exemple et regarder si la thèse survit. C'est ainsi qu'on montre que le choix de l'auteur n'est pas arbitraire.
- Pour une distinction : nommer le critère qui la fonde, et vérifier qu'il n'est pas déjà la conclusion qu'on veut établir.
« L'auteur distingue deux habitudes, et le critère n'est pas la fréquence mais la destination : les unes « dispensent de penser », les autres « libèrent la pensée en déchargeant le corps ». C'est ce critère que l'exemple doit rendre sensible. Or ce n'est pas le musicien qui prouve, ni le talent, ni même la répétition : c'est un détail unique, le fait qu'il « ne songe plus à ses doigts ». L'attention est une ressource finie ; ce que l'habitude retire au corps, elle le rend à l'esprit. Et la preuve se joue tout entière dans le « alors seulement » : non pas il joue mieux, mais il entend ce qu'il joue. L'habitude n'a pas amélioré l'exécution, elle a ouvert un acte que le débutant ne pouvait pas accomplir — écouter. L'exemple est donc irremplaçable : mettez à la place un homme qui marche sans y penser, vous montrerez seulement une économie d'effort, jamais l'apparition d'une activité supérieure. C'est bien pourquoi l'auteur avait besoin d'un art, et non d'un simple geste. »
« L'auteur prend l'exemple du musicien qui a placé cent fois ses doigts. On peut penser aussi au sportif qui répète son geste, ou au conducteur qui n'a plus besoin de regarder ses pédales. Cela montre bien que l'habitude est utile dans la vie quotidienne. »
Pourquoi c'est raté : empiler des exemples n'est pas expliquer. Le vôtre ne vaut rien tant que vous n'avez pas dit ce que prouvait le sien, et ici le sien n'est pas même lu : le détail décisif — « il entend ce qu'il joue » — est purement et simplement omis, de sorte que la preuve disparaît. Pire, les exemples ajoutés affaiblissent la thèse : le conducteur illustre une économie d'attention, pas une libération de la pensée, donc il ramène le texte à un banal éloge de l'automatisme. Et la conclusion, « l'habitude est utile », retombe dans l'utilité alors que le texte parle de liberté.
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La discussion : objecter sans quitter le texte
Ce qu'on attend. La discussion n'est pas une partie séparée qu'on ajouterait à la fin : elle se glisse dans le dernier mouvement, ou juste avant la conclusion, et elle est courte. Mais un texte qu'on n'a jamais mis à l'épreuve n'a pas été compris : discuter, c'est chercher le point où la thèse est la plus fragile, puis regarder ce que l'auteur a de quoi répondre. Le correcteur attend une objection précise et armée, pas une réserve polie.
Le procédé — quatre gestes.
- Localiser la fragilité : c'est presque toujours un mot que l'auteur emploie sans le définir.
- Formuler l'objection dans sa force, en l'adossant à un auteur nommé et à une thèse identifiable.
- Chercher la réponse que le texte permet — pas celle que vous souhaiteriez.
- Dire honnêtement ce qui reste : c'est là qu'une copie passe de bonne à très bonne.
« Toute la thèse repose sur un mot que l'auteur n'examine jamais : la « volonté », promue arbitre de l'usage. Or c'est précisément cette instance que Spinoza récuse : « les hommes se trompent en ce qu'ils se croient libres, opinion qui consiste en cela seul qu'ils ont conscience de leurs actions et sont ignorants des causes par où ils sont déterminés » (Éthique, II, proposition 35, scolie). Si la volonté n'est pas une cause première mais l'effet d'un enchaînement qui nous échappe, alors l'habitude n'est plus l'instrument dont elle dispose : elle est l'une des causes qui la produisent, et l'auteur aurait mis le maître à la place du serviteur. La réponse est cependant à sa portée, et le texte la contient en germe : il n'a jamais soutenu que la volonté fût inconditionnée, seulement qu'elle use — et une volonté déterminée peut encore diriger son attention vers un art plutôt que l'abandonner à la routine. Reste une dette : l'auteur ne nous donne aucun critère pour reconnaître, du dedans, si l'on tient l'habitude ou si l'on en est tenu. »
« On peut cependant se demander si l'auteur a vraiment raison. Tout le monde n'est pas d'accord avec cette thèse, et d'autres philosophes comme Rousseau pensent plutôt le contraire. De plus, aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, les habitudes sont devenues beaucoup plus dangereuses qu'à son époque. »
Pourquoi c'est raté : « tout le monde n'est pas d'accord » n'est pas une objection, c'est un constat de sondage ; le désaccord ne réfute rien. Rousseau est convoqué sans thèse, sans œuvre et sans citation : un nom posé là ne pèse pas plus qu'un mot inventé. L'argument des réseaux sociaux quitte le texte pour l'actualité et confond la valeur d'une thèse avec sa date. Enfin, rien n'est cherché du côté de la réponse possible : l'auteur est abandonné après avoir été bousculé, ce qui est le contraire d'une discussion.
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Conclusion, ouverture, et les quatre pièges qui coûtent le plus cher
Ce qu'on attend. Une conclusion d'explication est brève — cinq à huit lignes — et fait exactement trois choses : elle redit la thèse, désormais tenue pour établie ; elle nomme le geste décisif par lequel l'auteur l'a obtenue ; elle ouvre sur une question que le texte rend possible sans la traiter. Une ouverture n'est jamais une formule d'élargissement (« on pourrait se demander si cela vaut pour toute la société ») : c'est une vraie question, née du texte.
Le procédé — trois gestes.
- Reprendre la thèse en une phrase, sans les précautions de l'introduction.
- Nommer le geste : ici, la distinction, qui a permis de sortir de l'alternative au lieu de choisir un de ses termes.
- Ouvrir sur la dette laissée par le texte — souvent le point relevé dans la discussion.
« Le texte établit donc que l'habitude n'a par elle-même aucune valeur morale : servitude quand elle dispense de penser, condition de la liberté quand elle décharge le corps au profit de l'esprit. Ce résultat n'a pas été obtenu en pesant des avantages et des inconvénients, mais par un geste unique : refuser l'alternative reçue et lui substituer une distinction, dont le critère est la destination de l'attention libérée. Une question demeure pourtant ouverte, que l'auteur laisse entière : à quel signe reconnaît-on, en soi-même, qu'une habitude a cessé de servir la pensée pour commencer à la remplacer ? »
| Le piège | Le symptôme dans la copie | Le remède |
|---|---|---|
| La paraphrase | De longues citations suivies de « autrement dit » ; aucune définition. | Imposer une élucidation de terme par paragraphe. |
| La dissertation déguisée | Un plan en trois parties, une accroche par citation, un « nous verrons si ». | Suivre les mouvements du texte et ne jamais annoncer de problématique personnelle. |
| La récitation de cours | Trois auteurs convoqués dès l'introduction, aucun cité dans le texte. | N'appeler un auteur extérieur qu'en discussion, avec une thèse précise. |
| L'avis personnel | « Je pense que l'auteur exagère », « à mon avis c'est vrai aujourd'hui ». | Remplacer l'avis par une objection nommée, puis par la réponse du texte. |
« Pour conclure, nous avons vu que l'habitude a des avantages et des inconvénients. L'auteur a donc raison de dire qu'il faut en user avec modération. On pourrait se demander si l'habitude est la même chose dans les autres cultures. »
Pourquoi c'est raté : « des avantages et des inconvénients » restaure exactement l'alternative que tout le texte s'employait à détruire : la copie rend la thèse au moment de la conclure. « Il faut en user avec modération » prête à l'auteur une sagesse de bon sens qu'il n'a jamais écrite — le texte parle d'usage, pas de dosage. Aucun geste n'est nommé : la distinction, cœur du raisonnement, disparaît. Et l'ouverture est un élargissement géographique sans rapport avec le problème, qui donne l'impression qu'on cherche une phrase pour finir.
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- L'épreuve demande trois choses : ce que le texte soutient, contre qui, et par quels gestes — tout doit être justifié par le texte.
- Thème ≠ thèse : le thème est ce dont on parle, la thèse est ce qu'on en dit, et elle est toujours discutable.
- Le plan ne s'invente pas : on suit les mouvements, titrés par une action de l'auteur (il réfute, il distingue, il illustre, il conclut).
- L'introduction, dans l'ordre : thème en question → thèse → enjeu (l'alternative refusée) → annonce des mouvements avec leurs charnières. Ni accroche extérieure, ni biographie.
- Expliquer = citer court, élucider un mot, reformuler autrement, justifier la place de l'idée. Un paragraphe doit toujours contenir ce que le texte ne dit pas.
- Un exemple prouve : dire ce qu'il établit et par quel détail il l'établit ; le tester en changeant un élément.
- Discuter = une objection précise, adossée à un auteur nommé et cité, puis la réponse que le texte permet, puis ce qui reste.
- Conclusion en trois temps : thèse établie, geste décisif, question laissée ouverte par le texte.
- Les quatre pièges : paraphrase, dissertation déguisée, récitation de cours, avis personnel.
Questions fréquentes
Comment se passe l’explication de texte au bac de philo ?
C’est l’un des trois sujets proposés au choix, à côté de deux sujets de dissertation : quatre heures, un texte d’une vingtaine de lignes en général et, en voie générale, une seule consigne, « Expliquer le texte suivant : » ; en voie technologique, des questions peuvent guider l’explication. On ne demande ni un avis, ni un cours sur la notion, ni la biographie du philosophe. On demande ce que le texte soutient, contre quoi il le soutient et par quels gestes il l’établit.
Quelle est la différence entre thème et thèse dans une explication de texte ?
Le thème est ce dont parle le texte, par exemple le rapport de l’habitude à la liberté ; la thèse est ce que l’auteur en dit, et c’est toujours une affirmation discutable. Tout texte philosophique est écrit contre quelqu’un : on ne tient sa thèse que lorsqu’on tient son adversaire, souvent annoncé par « on dit communément » ou « les hommes s’imaginent ».
Comment découper un texte de philosophie en mouvements ?
Le plan de l’explication n’est pas à inventer : c’est celui du texte. On coupe aux ruptures logiques (connecteur d’opposition ou de conclusion, exemple, distinction, changement de personne) et on titre chaque bloc par une action de l’auteur : il rapporte, il réfute, il distingue, il illustre, il conclut. Lus à la suite, les titres doivent former un raisonnement, pas une liste.
Comment expliquer un texte de philo sans paraphraser ?
On cite court, trois ou quatre mots, on élucide le mot qui porte le sens en disant aussi ce qu’il écarte, on reformule dans une autre langue que celle du texte, puis on justifie la place de l’idée dans le raisonnement. Un paragraphe d’explication contient toujours quelque chose que le texte ne dit pas : une définition, une distinction ou une raison.
Faut-il donner son avis dans une explication de texte ?
Non : « je pense que l’auteur exagère » n’est pas une discussion. Discuter, c’est localiser le point le plus fragile de la thèse, formuler une objection précise adossée à un auteur nommé, chercher la réponse que le texte permet, puis dire ce qui reste. Cette discussion est courte et se place dans le dernier mouvement ou juste avant la conclusion.
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