Le texte décrit d'abord l'emprise insensible de l'habitude, puis montre qu'elle usurpe le visage de la nature, avant d'en tirer une règle de jugement. La thèse est que ce que nous appelons naturel est souvent le produit d'une accoutumance dont nous avons perdu la mémoire.
Nos jugements les plus assurés expriment-ils la raison ou l'habitude ?
Le plan en trois parties
Premier moment : l'habitude agit sans que nous la percevions
- La coutume s'installe par répétition et devient insensible : elle est d'autant plus forte qu'elle est invisible.Montaigne, Essais, I, 23
- Le texte procède par accumulation d'exemples de mœurs étrangères pour dépayser le lecteur.Montaigne, Essais, I, 31
- Ce relativisme n'est pas un scepticisme paresseux : il sert à suspendre le jugement pour mieux l'exercer.Montaigne, Essais, II, 12
Deuxième moment : la coutume se fait passer pour la nature
- Nous appelons barbare ce qui n'est pas de notre usage : le critère du naturel est en réalité local.Montaigne, Essais, I, 31
- L'habitude produit une seconde nature qui recouvre la première et la rend méconnaissable.Montaigne, Essais, I, 23
- Lévi-Strauss reprendra l'argument : le refus de la barbarie est encore un trait de la barbarie.Lévi-Strauss, Race et histoire
Troisième moment : ce que le constat impose au jugement
- Il ne s'agit pas de rejeter la coutume, utile à la vie commune, mais de cesser de lui obéir en croyant obéir à la raison.Montaigne, Essais, I, 23
- Le voyage et la lecture servent d'exercice : frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui.Montaigne, Essais, I, 26
- Descartes tirera de la même méfiance une conclusion plus radicale : la nécessité d'un doute méthodique.Descartes, Méditations métaphysiques, I
Peut-on juger d'une coutume étrangère sans emprunter les critères de la sienne ?