Le texte oppose d'abord ce que le travail devrait être à ce qu'il est devenu, décrit ensuite les formes concrètes de l'aliénation, puis en dégage le renversement final : l'homme ne se sent libre que dans ses fonctions animales. La thèse est que le travail salarié retourne l'activité essentielle de l'homme contre lui.
Le travail réalise-t-il l'homme ou peut-il le dépouiller de lui-même ?
Le plan en trois parties
Premier moment : le travail devrait être l'affirmation de soi
- L'homme se définit par une activité consciente qui transforme la nature : il produit même libéré du besoin.Marx, Manuscrits de 1844
- L'architecte se distingue de l'abeille en ce qu'il construit d'abord son ouvrage dans sa tête.Marx, Le Capital, I
- Le texte reprend ainsi le schéma hégélien de la production de soi, pour mieux en constater l'échec historique.Hegel, Esthétique, introduction
Deuxième moment : les formes concrètes de l'aliénation
- L'ouvrier est étranger au produit, qui lui fait face comme une puissance hostile, et à l'acte même de produire.Marx, Manuscrits de 1844
- Le travail n'est plus la satisfaction d'un besoin mais un simple moyen de survivre : il est extérieur au travailleur.Marx, Manuscrits de 1844
- L'aliénation est structurelle, liée aux rapports de propriété, et non à la pénibilité des tâches.Marx, Manuscrits de 1844
Troisième moment : le renversement de l'humain et de l'animal
- L'homme ne se sent librement actif que dans ses fonctions animales et animal dans ses fonctions humaines.Marx, Manuscrits de 1844
- La formule renverse la hiérarchie classique et mesure la gravité du diagnostic : c'est l'essence humaine qui est perdue.Marx, Manuscrits de 1844
- Arendt objectera que Marx idéalise le travail, activité liée au cycle de la vie, au détriment de l'œuvre et de l'action.Arendt, Condition de l'homme moderne
Suffit-il de changer l'organisation du travail pour que l'homme s'y retrouve, ou faut-il changer ce que nous attendons de lui ?