Le texte constate d'abord que la technique moderne a changé d'échelle, montre ensuite que les morales traditionnelles étaient faites pour le proche, puis formule une exigence nouvelle. La thèse est que la puissance technique impose une éthique tournée vers l'avenir.
Nos morales, conçues pour le présent et le prochain, suffisent-elles à régler un pouvoir qui engage l'avenir ?
Le plan en trois parties
Premier moment : le changement de nature de l'agir technique
- L'action technique atteint désormais la biosphère entière et des générations non nées : son échelle est nouvelle.Jonas, Le Principe responsabilité
- Ses effets sont cumulatifs et souvent irréversibles, ce qui interdit de corriger après coup.Jonas, Le Principe responsabilité
- La nature, autrefois tenue pour inépuisable, devient un objet fragile confié à notre garde.Lucrèce, De la nature
Deuxième moment : l'insuffisance des éthiques traditionnelles
- Les morales anciennes réglaient les rapports entre contemporains proches, dans un horizon court.Jonas, Le Principe responsabilité
- La règle kantienne de l'universalisation ne dit rien des êtres à venir, qui ne peuvent ni consentir ni réclamer.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
- Le progrès a longtemps été jugé bon en soi : c'est cette confiance que le texte met en cause.Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion
Troisième moment : l'impératif nouveau et l'heuristique de la peur
- Agir de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine.Jonas, Le Principe responsabilité
- En cas de doute, le pronostic le plus sombre doit primer : la peur devient une méthode de prudence.Jonas, Le Principe responsabilité
- L'objection est politique : une éthique de la peur peut légitimer des pouvoirs d'exception au nom de l'urgence.Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II
Peut-on avoir des devoirs envers des êtres qui n'existent pas encore et ne nous réclameront jamais rien ?