Le texte sépare deux activités que la langue confond, caractérise le travail par le cycle du besoin et l'œuvre par la durabilité, puis évalue la société moderne à cette aune. La thèse est que la confusion des deux fait perdre le sens du monde commun.
Toute activité productive a-t-elle le même sens pour l'existence humaine ?
Le plan en trois parties
Premier moment : deux activités confondues par l'usage
- Le travail répond aux nécessités biologiques, ses produits sont consommés aussitôt que produits.Arendt, Condition de l'homme moderne
- L'œuvre fabrique des objets durables qui composent un monde stable entre les générations.Arendt, Condition de l'homme moderne
- La distinction est attestée par la langue elle-même, qui garde deux mots là où la pensée n'en voit qu'un.Arendt, Condition de l'homme moderne
Deuxième moment : ce que la durabilité apporte à l'existence humaine
- La table, la maison, le livre survivent à leur usage et offrent un point fixe où l'identité s'appuie.Arendt, Condition de l'homme moderne
- Le monde ainsi construit est ce qui nous sépare et nous relie : il rend possible le partage politique.Arendt, Condition de l'homme moderne
- Hegel avait déjà lié la formation de soi à l'objet durable produit par le travail.Hegel, Esthétique, introduction
Troisième moment : la société de consommation et la perte du monde
- En transformant les objets durables en biens consommables, la modernité étend le règne du cycle vital.Arendt, Condition de l'homme moderne
- Une société de travailleurs sans monde commun perd la troisième activité, l'action politique.Arendt, Condition de l'homme moderne
- L'analyse corrige Marx : ce n'est pas seulement le travail aliéné qui menace, c'est la promotion du travail lui-même.Marx, Manuscrits de 1844
Une société qui ne produit plus que du consommable peut-elle encore se souvenir d'elle-même ?