Plaire, c'est procurer un agrément, qui peut être purement subjectif ; le beau, lui, prétend à une valeur partageable. « Toujours » durcit la question : elle porte sur une exigence constante, que l'art contemporain semble démentir.
Le plaisir est-il le critère de l'œuvre d'art, ou l'art a-t-il des fins qui autorisent, voire exigent, qu'il déplaise ?
Le plan en trois parties
L'art semble fait pour plaire
- Le beau est ce qui plaît universellement sans concept : le plaisir est bien au cœur du jugement esthétique.Kant, Critique de la faculté de juger
- La tragédie procure un plaisir propre, mêlé de crainte et de pitié, qui justifie la représentation du terrible.Aristote, Poétique
- Sans attrait sensible, une œuvre ne retient personne : elle manque son public.Hegel, Esthétique
Mais l'art peut viser autre chose que l'agrément
- L'art dionysiaque bouleverse au lieu de flatter : il révèle un fond que la belle forme voile.Nietzsche, La Naissance de la tragédie
- L'œuvre peut inquiéter, dénoncer, rendre visible ce que la société préfère ignorer.Benjamin, L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique
- Ce qui plaît au plus grand nombre reflète souvent des habitudes sociales plutôt qu'une valeur artistique.Bourdieu, La Distinction
Un plaisir d'un autre ordre que l'agrément
- Le sublime mêle déplaisir et élévation : il montre qu'une émotion négative peut être esthétique.Kant, Critique de la faculté de juger
- L'œuvre donne à voir le monde autrement : sa réussite est un gain de perception, pas un divertissement.Merleau-Ponty, L'Œil et l'Esprit
- Ce qui dure dans une œuvre, c'est sa capacité à être reprise et discutée, non sa séduction immédiate.Arendt, Condition de l'homme moderne
Une œuvre qui ne trouve aucun public peut-elle encore être dite réussie ?