« Être à sa place » suppose un ordre assignant à chaque être une fonction : la formule est d'abord finaliste. Le sujet met donc en tension une nature ordonnée, où l'homme aurait un rang, et une nature sans finalité, où la place se conquiert.
L'homme occupe-t-il dans la nature une place qui lui serait assignée, ou doit-il inventer la sienne, au risque de la déloger des autres ?
Le plan en trois parties
L'homme semble n'avoir aucune place assignée
- Dépourvu d'instincts spécialisés, il compense par la perfectibilité ce que la nature ne lui a pas donné.Rousseau, Discours sur l'origine de l'inégalité
- L'existence précède l'essence : rien ne prescrit à l'homme ce qu'il doit être.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
- La nature n'agit pour aucune fin : parler de place, c'est y projeter un ordre imaginaire.Spinoza, Éthique
Mais il occupe une place écologique qu'il ne choisit pas
- Nous sommes des vivants soumis à des normes biologiques et à des milieux qui nous conditionnent.Canguilhem, Le Normal et le Pathologique
- Le projet de nous rendre maîtres et possesseurs de la nature a fait de nous une force géologique.Descartes, Discours de la méthode VI
- Nos effets à long terme sur la biosphère créent une obligation inédite.Jonas, Le Principe responsabilité
Une place à construire, donc à justifier
- Les sociétés ne se pensent pas toutes en surplomb du non-humain : notre place est une ontologie parmi d'autres.Descola, Par-delà nature et culture
- Bâtir un monde durable et habitable est la tâche propre de l'homo faber, et elle est politique.Arendt, Condition de l'homme moderne
- Aucune supériorité de fait ne vaut droit : il faut justifier ce que nous nous autorisons sur les autres vivants.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs
Que signifierait, concrètement, faire de la place aux autres vivants ?