« Concevoir » demande si l'idée est pensable sans contradiction, pas si le fait est observable. La question porte donc moins sur la disparition empirique des cultes que sur le statut du religieux : fonction essentielle de tout groupe humain, ou croyance appelée à être dépassée.
La religion est-elle une dimension constitutive de l'humanité, ou une forme historique dont une société adulte pourrait se passer sans se perdre ?
Le plan en trois parties
Toute société connue s'est donné du sacré
- La religion est la manière dont une société se représente et renforce son unité : le sacré, c'est le social divinisé.Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse
- Le besoin religieux naît de la disproportion entre l'infini que l'homme conçoit et la finitude qu'il éprouve.Pascal, Pensées
- Le rite institue un temps commun et des liens que le contrat seul ne produit pas.Rousseau, Du contrat social
Mais la religion peut être expliquée, donc dépassée
- La croyance religieuse est une illusion : un désir tenace, celui d'un père protecteur, pris pour une vérité.Freud, L'Avenir d'une illusion
- L'avenir appartient à l'autonomie de la raison : oser penser par soi-même, c'est sortir de la tutelle.Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?
- Le désenchantement du monde réduit progressivement la part des explications surnaturelles.Weber, Le Savant et le Politique
Une humanité sans religion instituée, non sans question du sens
- Les sociétés sécularisées conservent des rites, des mémoires et des interdits qui remplissent d'anciennes fonctions religieuses.Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse
- La liberté de conscience suppose la séparation des Églises et de l'État, non la disparition de la foi.Locke, Lettre sur la tolérance
- Sans Dieu, l'homme demeure condamné à inventer ses valeurs : la question religieuse se déplace, elle ne s'annule pas.Sartre, L'existentialisme est un humanisme
Ce que nous appelons laïcité est-il l'absence de religion, ou une manière nouvelle d'organiser sa place ?